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Virginie Galindo

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Virginie Galindo
Poèmes et pensées
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Virginie Galindo


Bonsoir, je suis Ingrid. Votre nouvelle voisine. Je viens d'emménager. Au rez-de-chaussée. Oui, j'aime bien les rez-de-chaussée. A cause des valises. Je suis une spécialiste des valises. J'en ai plusieurs. Pas sous les yeux. Ha, ha ! Je parle des valises remplies de trucs qu'on se traîne. Les trucs, genre les incidents de la vie, quoi. Qu'on empile, qu'on entasse. Façon pile de crêpes. Ça grandit vite. La pile monte. Tour de Babel. Les incidents de la vie, à chaque fois, c'est rien. Enfin, c'est ce qu'on nous dit. Vous voyez, ce ton pétri de bienveillance, le sourire plaqué sur les dents et les étoiles de pacotille dans les yeux - et les doigts croisés dans le dos pour que ça soit pas contagieux. "C'est bon, tu vas pas rester bloquée là-dessus, c'est rien !" Ou alors "C'est rien, ça passera avec le temps". J'aurais pu collectionner les sabliers plutôt que les valises. Mais les valises, j'aime bien. Tu prends ton truc, tu le jettes dedans, c'est bien calé, vite oublié. Après tout, comment, ils font les autres ? Voilà, tous les trucs trop salés, un peu piquant, ça part dedans. Et puis un jour... ça ferme pas. On ouvre en grand la valise. On regarde ce qui bloque. Fermeture éclair coincée dans les fils de son plus beau souvenir brisé. Genre un truc qui fait bien mal. Putain. On essaie de débloquer avec délicatesse, et puis on s'impatiente. On tire. Ya tout qui vient. Nous voilà bon pour tout entasser à nouveau. Plusieurs techniques pour ranger. Par saison. Amour, feuilles qui tombent, froid glacial. Par réaction. Épidermique, gorge nouée, torrent de larmes. Par catégorie. Caprice d'enfant gâtée, rêve brisé en 4, ou en 1000. Et comme on ne peut pas passer sa journée à ranger, on finit par trouver une logique, on jette les derniers trucs inclassables en vrac, par dessus, bien à plat. On ferme. On s'assoit dessus. On sangle. Deux fois. Quel sport.
Un jour, après un grand rangement, je me suis récompensée. Je suis allée festoyer, chez des amis. D'un pas léger, mais pas trop, je suis rentrée dans leur bel appartement. Tiens, t'as un truc derrière toi, ils me disent. Je me retourne. La putain de valise qui m'avait suivie. Caniche encombrant. J'en ai pris mon parti. Une valise, en soirée, c'est pratique. On peut reposer ses fesses dessus, oublier son verre, glisser ses peaux de saucisson dans les petites poches. Et puis, j'ai croisé une fille. Elle riait fort, elle parlait de bonheur, de force, de détermination. Pouf, ma valise a sursauté, elle s'est ouverte en deux, éventrée. Son contenu étalé autour. J'ai tout rangé vite fait, tout fourré dedans. Un peu fébrile. Je crois que j'ai même embarqué le bordel des autres, les yeux rivés sur le sol. Un peu honteuse. Je suis repartie. Je ne rentrais plus dans l'ascenseur. J'ai pris les escaliers, je me suis cassée la gueule plusieurs fois. Voilà. Du coups j'ai déménagé. J'habite au rez-de-chaussée. Mais rassurez-vous. Je sais comment mettre fin à tout ça. Je cherche une autre valise sur internet, en ce moment. Avec des motifs à fleurs. Plus grande aussi. A code, et avec un cadenas. Ce sera plus pratique pour mes soirées au bar. Je ne vous retiens pas plus longtemps. Bonne soirée. A demain, sûrement.
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Virginie Galindo


Sur la table.

La madeleine en paille de fer, saveur rouille.

Je prends mon ticket.

Coupe-file pour un retour vers no-futur. Fast lane.

Le monde se fige, les visages s'estompent, les angles sont droits et tranchés, le bleu est guède.

Le temps a enfermé, dans un coffre à courroux, orné de verroterie, cette sidération.
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Défi
Virginie Galindo



Maëlis rentre chez elle, dans son studio de la rue du Bel Ormeau. Enfin. Les muscles de son corps sont tendus, ses épaules crispées. La cage d’escalier, insalubre, lui semble un havre de paix après cette après-midi de brouhaha et d’agitation. Elle et ses camarades, se sont menottés aux grilles du palais du Luxembourg, sous la banderole « Où es-tu ? ». Ils y ont passé l’après-midi. Les lettres peintes en rouge sur un drap blanc étaient visibles de loin. Ils se sont installés vers 13h, sous une température presque clémente. Au bout d’une heure d’exposition, le froid et la grisaille, avaient entamé son engagement. La position coincée contre les grilles du parc n’était pas confortable. Ses bras s’ankylosaient. Le regard des passants, lorsqu’ils prenaient la peine de jeter un coup d’œil était méprisant.
Un instant, Maëlis avait cédé. Ha quoi bon, avait-elle pensé. Cette cause était juste. Leur cause était juste. L’assassinat de la langue française ne pouvait plus continuer. Chacun, chacune, ici présent, attaché à cette grille en était persuadé. Le monde avance, à marche forcée. Un bâton entre les mains des technologistes du monde entier pour battre la mesure. Qu’y pouvons-nous ? avait-elle pensé dans son découragement. Elle avait pensé à ces milliers de claviers, produits à la chaîne et vendus en magasin. Version simplifiée, annonçaient les affiches. Version simplifiée, mon cul, songeait-elle. Version sans la lettre ù. Les fabricants de clavier AZERTY avaient décidé de manière unilatérale de retirer la lettre ù des claviers. Cette nouvelle version coupait la chique à des milliers de questions. Chaton, où vas-tu ? Loup, où te caches-tu ? t où férot ? Maman où est mon kimono ?
Décidemment, non. Les technologistes ne pouvaient conduire le monde, sous prétexte d’économiser une touche de clavier. La lettre ù n’est utilisée en France que pour un seul mot ‘où’. C’est économiquement peu rentable, si on compare, par exemple au sigle & ou %, bien plus utilisé, prétendaient les fabriquants dans leurs communiqués de presse, forts de leurs chiffres. Chiffres sortis d’où, d’ailleurs ?
Depuis des mois, Maëlis et ses amis de la fac de français rameutaient les écrivains francophones. Le prix Nobel, italien, cette année, Martino Piùtantino, avait particulièrement aidé à donner de la visibilité au mouvement. Il avait été nommé parrain. Puis, les écrivains écossais avaient rejoint la lutte. « Càite a bheil thu ? » apparaissait sur les murs de la ville d’Edimbourg. Gùnter, professeur de langue française à la faculté de Nantes, investi depuis toujours dans l’association PPELF (Pour la Préservation et l’Evolution de la Langue Française) s’était imposé comme coordinateur du mouvement international. Trois semaines plus tôt, dans un amphithéâtre de la Sorbonne, ils avaient tenu une assemblée générale réunissant pas moins de 2500 auteurs, incluant des délégations de pays européens et de bretons. Ils avaient décrété une grève des écrivains.
Ensemble, un à un, ils avaient signé une lettre adressée aux ministres de la culture et de l’éducation des pays européens indiquant que plus aucun d’entre eux n’écrirait une ligne tant que l’élimination du ù sur les claviers d’ordinateurs serait une option commerciale. Ils avaient jeté leur stylo dans une urne en bronze, allumé un feu, failli s’asphyxier avec les fumées de plastique brulé. Ils avaient ensuite passé de longues heures à définir ce que voulait dire la grève, avaient statué que l’utilisation des stylos et claviers de tous type tombait dans la définition, scellant l’essor de la mode des vocaux chez les lettrés, qui soutenaient le mouvement.
Maëlis avait tous ces moments de solidarité et de fraternité en tête, alors que le découragement la saisissait sur ce trottoir de devant le Palais du Luxembourg. Mais vers 18h, elle avait repris espoir. Günter, un bras en l’air, poignet accroché à la grille, et l’autre brandissant son téléphone, lui avait chuchoté avec une articulation exagérée ‘Le ministre de l’éducation’. Elle était soulagée. Putain. Le Ministre de l’Education. La rumeur avait parcouru les rangs des menottés. Où, où, demandaient-ils en tournant la tête de droite à gauche. Au téléphone. L’atmosphère s’était détendue. On se souriait. Gùnter hochait la tête régulièrement, conscient que ses camarades de lutte le fixaient. Oui, Monsieur le Minsitre. Où. Quand. D’accord. Ou bien les deux ? Non, d’accord. Très bien. Merci Monsieur le Ministre. Merci.
Gunter avait raccroché avec le bout de son nez, puis souri. On a gagné ! avait-il crié. On a gagné ! les militants du ù se tapaient dans la main, tirant un peu sur leurs menottes pour atteindre leur voisin ou voisine. Il avait fallu plusieurs heures pour les libérer de leur mur des luttes. Les clés des menottes ayant été mélangées. Finalement, avec patience et méthodologie, chacun avait retrouvé l’usage de ses deux mains, se frottant les poignets un peu rougis par la marque du métal. Gùnter avait pris le temps de résumer son coup de fil avec le Ministre de l’Education. Leur sauveur avait trouvé un accord avec les fabricants de clavier. Le ù était de retour. Nous avons obtenu gain de cause répétait-il à chacun, chacune.
Maëlis rentrait chez elle, donc. Heureuse. Heureuse que ces semaines de mobilisation aient permis de faire plier les fabricants de clavier, essentiellement chinois et américains. Heureuse de pouvoir se remettre à sa table d’écrivain. Heureuse de ne plus avoir à faire de vocaux pour communiquer avec ses amis. Heureuse de pouvoir recommencer à écrire, des SMS, du micro-blogging, des articles de journaux, des nouvelles. Elle songeait à la rubrique qu’elle pourrait écrire dans le fanzine de la fac, lorsqu’elle reçut un SMS de Peter, son ami écrivain anglais. « Mobilisation internationale, solidarité d’écrivains, les nouveaux claviers européens n’auront plus de guillemets anglais, ceux-ci étant remplacés par le ù. Rendez-vous dès demain à la Sorbonne pour un mouvement de protestation ».
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Virginie Galindo
Tania,

Merci de prendre le temps une fois par jour de poster une chose à propos de vous, ceci dans l’intérêt de votre suivi psychologique. Nous en discuterons ensuite au cours de nos séances. Merci.

— Faustine S, psychologue
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