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Rozen

Défi
Rozen

FleurbageonslesrhododendrovesGyraientetgygemblaientdanslesvabesOnfrimaitverslespétuniovesEtlesmomerathesengrabes
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Défi
Rozen

Artichaut camus
Entrelacs vert feuilles mauve fleurs
Mon enfance enfuie
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Défi
Rozen
"Le champion du monde de sumo posera problème à quatre fauteuils"... Phrase inspirante générée par le générateur de phrases... j'ai décidé de corser l'affaire en demandant au générateur également une phrase de "sortie". Il n'a pas hésité une seconde et m'a pondu cette dernière... " tout le monde gardait l'œil sur des remèdes à la croisée des chemins..." Facile !!! je n'ai plus eu qu'à remplir le blanc entre les 2 !!! MDR
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Défi
Rozen

A peine la commande du grec arrivée sur la table, José lança :
- « Tu en penses quoi toi de la proposition de Leblanc ? »
Alix eut une moue dubitative et haussa les épaules
- « Rien. Je pense qu’il nous manipule et nous utilisera tant que nous servirons ses intérêts ou plutôt les intérêts de ses employeurs. Il nous jettera ensuite sans aucun état d’âme. »
- « Je le pense aussi » répliqua José en avalant une portion de mézzé et de pain pita. « Que dirais-tu de l’utiliser à notre tour pour faire tomber Holan et reprendre une place à l’Assemblée ? »
Alix cessa de mastiquer et le regarda d’un air curieux : mi goguenard mi affligé.
- « Dis toujours... »
- « Je me disais que nous pourrions utiliser les moyens que Leblanc met à notre disposition pour tendre un joli piège bien pourri à ce faux-cul de Holan. Tu m’as raconté la tendance de ce triste sire à user du « droit de cuissage » sur ses collègues, sous-fifres et même, dans ton cas, ses supérieures. Je propose que nous le punissions par où il aime pécher. »
Le regard d’Alix se fit plus attentif. José sentit qu’elle attendait la suite mais était déjà partante.
- « Et tu comptes t’y prendre comment ? »
José avala une gorgée de son demi avant de répondre.
- « Lorsque je faisais le coursier pour toi et tes petits copains, j’ai remarqué à plusieurs reprises qu’il draguait sur des sites de rencontres en ligne. J’ai réussi à connaître son ou plutôt ses pseudos. Il suffit de créer un faux profil auquel il ne pourra pas résister: une jeune femme, très belle, brillante professionnellement mais un peu timide, sans famille et bien sûr fleur bleue à la recherche du Grand Amour ! Il faut dans un premier temps le ferrer, comme à la pêche au gros. Dans un second temps, lorsqu’il aura bien mordu à l’hameçon, nous le déstabiliserons en ne nous laissant pas séduire. Ça devrait bien blesser son ego et l’amener à faire quelques bêtises dont nous nous servirons pour le balayer de notre route à tout jamais. »
Alix eut une grimace de doute.
- « Tu crois qu’il se laissera berner si facilement ? C’est un sale con mais il est méfiant et très intelligent. Il a aussi les moyens de vérifier et découvrir un faux profil. Il ne se gênera pas pour le faire. »
- « Ne t’inquiète pas pour ça. J’ai une amie qui sera le profil idéal et elle est bien réelle ! Elle a vraiment tout pour lui plaire : une femme magnifique, toubib de son état, avec un réseau d’amis mais sans famille. Elle a longtemps fait du théâtre d’impro. C’est d’ailleurs là que je l’ai rencontrée.
Aujourd’hui elle est aussi thérapeute et intervient, sans l’afficher, auprès d’hommes et de femmes victimes de relations toxiques. Elle connaît tout du fonctionnement d’un pervers narcissique comme notre ami et ne se laissera pas embobiner par lui. Je suis sûr qu’elle acceptera de jouer le jeu pour le piéger. Si c’est ok pour toi je l’appelle et on lance l’illusion. »
- « C’est parti si elle est d’accord mais à une condition : nous devons être également destinataires de tous leurs échanges. Il est impératif que nous gardions la main sur cette histoire. De plus cela garantira un peu plus de sécurité pour ta copine que si elle est seule face à lui. »

Deux jours plus tard l’annonce suivante fut publiée sur trois des sites que Holan fréquentait le plus assidûment :
« Célibataire sans enfant ni famille, je m’investis depuis de nombreuses années en tant que médecin. C’est peut être pour cela que je n’ai pas encore fondé de famille. J'ai 31 ans et une grande quantité d'amour à offrir à l'Homme qui rentrera dans ma vie... Il me faut un peu de temps pour me laisser découvrir, ouvrir, fleurir, mais ensuite je le ferai Grandir, Épanouir... Il pensera revenir avec plaisir à la maison, il se réveillera sans plus avoir peur de vieillir, il se sentira important et plus jamais seul. Peut être est ce vous qui me lisez ?
Angélique".
Holan mit trois semaines avant de la remarquer et d’envoyer un message.
Alix et José avaient mis à profit ce laps de temps pour créer une existence réelle, au moins au niveau administratif, à la belle Angélique.
Aidés de Laurie, l’assistante de Leblanc, et de toute la logistique de la DGSI, ce fût un jeu d’enfant de donner vie à cette illusion.
Holan pourrait explorer en long, en large et en carré la vie d’Angélique, il ne trouverait rien qui lui permette de deviner qu’elle n’était qu’un mirage.
Elle apparaissait sur les photos d’école et de FAC sur le site « copains d’avant ». Des articles de journaux racontaient la disparition tragique de toute sa famille lors un naufrage dans les mers du sud et elle apparaissait dans les organigrammes de différents hôpitaux.
Angélique, Alix et José se voyaient régulièrement pour préparer la suite du piège. Il fallait aller vite car le climat social se dégradait rapidement en France. Les manifestations s’enchaînaient, de plus en plus violentes. Il fallait qu’Alix et José puissent rapidement noyauter l’Assemblée des députés et remplir la mission que leur avait donné Leblanc.
Le premier échange sur le site, entre Angélique et Holan fut d’une grande banalité.
- Lui « Je sais bien qu’on te l’a trop dit... »
- Elle « Quoi donc ? »
- Lui « Que vous êtes belle à ravir mais ce qui m’a le plus séduit dans votre annonce, c’est votre langage imagé, plein de délicatesse et de poésie. Le chanteur du groupe "Il était une fois" disait de la charmante Joëlle, sa partenaire "Elle n'est pas vraiment belle, mais elle est faite pour moi!"
Vous savez moi, non plus je ne suis pas Brad Pitt mais je compte bien vous charmer ! Pensez à Gainsbourg : il était moche, mais il a eu les + belles femmes de son époque. Tout n'est qu'une question de charme ! »
- Elle « On dirait que vous êtes un beau parleur ! Comme je le disais dans mon annonce je ne cherche pas une relation d’un soir mais un homme qui comme moi souhaite fonder une famille. »
- Lui « Je partage avec vous les questions sur la fragilité des relations aujourd’hui mais il me plait à croire que la notre sera solide et pleine d’authenticité. J’ai envie de vous découvrir, de me livrer, de vous faire rire, de parler de la vie, de l’amour, des lendemains qui pourront chanter, ensembles... »
Les jours suivants, l’échange se poursuivit. Angélique était une séductrice née, entre oie blanche et allumeuse inconsciente. Cet exercice d’improvisation l’amusait énormément. Très vite, Holan mit tout en place pour rencontrer physiquement Angélique mais cette dernière trouvait toujours une habile échappatoire pour différer ce rendez vous.
Ce jeu de l’anguille devait plaire au bellâtre car il commença à écrire plusieurs fois par jour. Il insista pour qu’ils échangent leur 06. Elle finit par accepter après s’être fait beaucoup prier.
Au fil des deux semaines qui suivirent, Holan devint complètement accro à Angélique. Il voulait lui parler sans cesse, de jour comme de nuit. Il se mettait dans des colères folles lorsqu’elle ne lui répondait pas assez vite. Il la suppliait de le rencontrer.
Le « gros » était ferré comme disait si bien José.
C’était le moment de fermer la nasse !
Tandis que nos deux tourtereaux roucoulaient sur le site, José avait acheté, au nom de Holan, dans plusieurs magasins en ligne, du ciment, une bêche, une houe ainsi que deux sacs de 10 kg de chaux.
Le 4 avril, Angélique asséna le coup de grâce en lui envoyant ce message :
- «Je sais que tu te demandes pourquoi je n'appelle pas depuis avant hier. Je cogite ou plutôt je végète en réfléchissant sur ma vie ou tout du moins sur ce qu'il en reste ! Tu as eu un aperçu de ma vie au travers de nos échanges ces dernières semaines. Boulot, dodo, plus aucune énergie pour faire quoi que ce soit d'autre ! Je démarre le lundi matin en attendant la fin de la semaine même pas avec le projet de passer un we extra durant lequel je vais sortir, faire la fête, me balader, m'épanouir, non, juste ...ne rien faire ! Dormir pour récupérer assez de vie pour recommencer la semaine prochaine. J'ai beau voir l'absurdité d'une telle existence, tourner dans tous les sens pour trouver une issue rien à faire il n'y en a pas dans l'immédiat ou si il y en a une je n'ai pas l'énergie de la mettre en œuvre. Chacun a envie de vivre de manière épanouie, avec des ami(e)s, des activités, un amour, je le souhaite aussi mais n'ai pas d'espace pour cela aujourd'hui. Ce n'est pas lié à toi, d'aucune façon. Tu es un homme adorable et c'est bien pour cela qu'il faut te trouver quelqu'une qui puisse vraiment vivre une histoire de tendresse, de partage avec toi. Je me suis bercée de cette illusion quelques jours mais je sais que je n'arriverai pas à répondre à tes attentes. Plus de place pour le désir, le quotidien ou l'exceptionnel dans ma vie actuelle juste envie de me poser quand je le peux pour récupérer. Je souhaite que tu trouves très vite la bonne personne pour te chouchouter et me permets de t'embrasser. bonne route à toi »
Holan l’appela vingt fois de suite sans qu’elle répondit. Les jours qui suivirent il renouvela ses appels incessants sans bien sûr obtenir de réponse. Il lança ses limiers en chasse pour trouver son adresse… en vain ! Angélique avait disparu de sa vie et Holan ne le supportait pas !
Un jour il fut appelé par une femme lui disant qu’elle était la meilleure amie d’Angélique et qu’elle s’inquiétait de sa disparition inexpliquée.
Il répondit que lui aussi était inquiet mais ne comprenait pas ce qui se passait.
La femme rappela quelques jours plus tard, le menaçant de porter plainte auprès de la police si il ne lui disait pas ce qu’il avait fait d’Angélique.
Le 10 avril à 7h du matin, il fut sorti de son sommeil par le tintement insistant de sa porte d’entrée. Il ouvrit et se retrouva face à 5 policiers qui l’embarquèrent au commissariat pour l’interroger sur la disparition d’Angélique Martin. Une de ses amies avait signalé sa disparition en précisant qu’elle avait peur de lui car il l’avait menacée à plusieurs reprises lorsqu’elle avait décidé de ne pas poursuivre plus loin leur relation.
Il ne comprenait rien à ce qui lui arrivait.
Comme de bien entendu Angélique ne fût jamais retrouvée. Les achats en ligne du kit du parfait petit assassin le desservirent tant au moment du procès qu’il fût condamné à 20 ans de réclusion sans possibilité de remise de peine.
Dans quelques mois un vice de procédure permettrait sa remise en liberté mais trop tard pour lui: sa carrière politique s'arrêtait là.
Première partie de la mission réussie : exit Holan !

« Presque tous les hommes, frappés par l’attrait d’un faux bien ou d’une vaine gloire, se laissent séduire, volontairement ou par ignorance, à l’éclat trompeur de ceux qui méritent le mépris plutôt que la louange. Gouverner c’est faire croire ! » (Nicolas Machiavel)
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Défi
Rozen

« C’est l’heure mon fils ... »
Younes ag Okha ouvrit les yeux. Il étira ses muscles et déplia son 1m85 de son corps longiligne. C’était un enfant du désert, du peuple Kel tamajeq que les européens appelaient « hommes bleus » ou « touaregs ». Descendant de la lignée même de Tin-Hinan, la mère fondatrice de la tribu, il en avait hérité la peau dorée et les yeux couleur de l’azur du matin. Il enfila un boubou noir sur son pantalon blanc et noua adroitement les cinq m du taguelmoust bleu foncé autour de sa tête.
Shemama ult Bay, sa mère, lui tendit un sac contenant quelques effets de rechange, des dattes, un taguella à peine sorti du four, du fromage, un peu de viande de chèvre froide ainsi qu’une outre d’eau fraîche.
L’heure des adieux était venue. La gorge nouée il embrassa sa mère. Il ne savait pas s’il la reverrait un jour mais pria le ciel afin qu’il la protège et la garde loin des génies malfaisants du désert et des maladies.
Il monta sur le toit, emprunta l’allée couverte qui permettait de se déplacer d’une maison à l’autre dans le Ksar. Il rejoignit ainsi Abahag ag Bay, son oncle.
« Presse toi » lui dit ce dernier, « Il faut que nous ayons quitté Ghadames avant le lever du jour et la montée de la chaleur. La route est longue jusque Zarzis, le désert empli d’embûches et de dangers. »
De toit en toit ils traversèrent la ville sans être aperçus de quiconque. Au cœur de la nuit tous dormaient. Seuls quelques chiens faméliques erraient dans les rues, rasant les murs coursant chats et rats afin de se nourrir.
A la porte est de la ville fortifiée, une moto les attendait. Elle n’était pas de première jeunesse et semblait même avoir été assemblée, de bric et de broc, avec des pièces émanant de différentes machines. Arriverait elle à bon port ? Rien ne l’assurait mais ils n’avaient pas le choix : c’était le seul moyen de locomotion qu’ils avaient pu trouver. Younes enfourcha l’engin, y attacha sac et outre. Abahag s’installa en passager.
Leurs regards se posèrent une ultime fois sur Ghadames la si belle, l’oasis si bien nommée « la perle du désert », nimbée de la lumière du jour naissant. Leurs cœurs se déchiraient de la quitter mais il fallait qu’ils trouvent ailleurs le moyen de survivre et de faire vivre leurs familles. Aujourd’hui leur terre, leur désert ne pouvait plus y suffire. Younes se pencha pour prendre une poignée de sable qu’il enferma avec émotion dans un petit sac de cuir : ainsi sa terre ne le quitterait pas vraiment et l’accompagnerait où qu’il aille.
Il embrassa cette nouvelle amulette qui rejoignit celles, protectrices, déjà autour de son cou.
Il se couvrit la bouche du coin de son voile et lança la moto sur la piste.
« Fuis Younes ! Fuis ! Surtout ne te retourne pas … Abahag est mort, tu ne peux plus rien pour lui, Sauve ta vie ! » La rage au ventre et le cœur déchiré, Younes courut vers les grottes qu’il avait aperçu à la faible lueur de la lune.
Il ne savait pas comment il avait pu échapper à la horde sauvage qui leur était tombé dessus quelques heures à peine après leur départ de Ghadames. Les razzias des pillards du désert se faisaient de plus en plus fréquentes. Elles augmentaient en même temps que la pauvreté et la faim, que le manque d’eau et de nourriture se faisait prégnant.
Il atteignit enfin le refuge et se laissa tomber épuisé, sur le sable et les pierres qui constituaient le sol de l’abri rocheux. Une douleur fulgurante lui coupa le souffle. Son flanc était poisseux, Il avait été traversé par une balle et la plaie saignait abondamment. Il déchira un morceau de son turban pour éponger la plaie et tenter d’arrêter le flux sanguin. Il savait qu’il devrait rapidement trouver de l’aide afin de retirer le projectile et assainir la plaie. Pour le moment sa priorité était de boire. L’outre était restée sur la moto, quelque part dans le désert. Ses assaillants devaient avoir récupéré l’une et l’autre. Comment allait il survivre sans eau et blessé dans le désert, surtout lorsque le jour et la chaleur se lèveraient ?
Il but les dernières gouttes d’eau que contenait la gourde de sa ceinture. Épuisé, en proie à une fièvre grandissante, il perdit conscience.
Une langue râpeuse et humide sur son visage lui fit reprendre conscience. La soif le taraudait. Il lui semblait que sa langue emplissait sa bouche. Il voulût se lever mais son corps ne répondait plus. Il brûlait de fièvre, ne savait plus où il se trouvait, si c’était le jour ou la nuit. Il se sentit sombrer à nouveau dans le néant…
Le slowgli aboyât .
« Qu’as tu trouvé là Ehan ? Eh bien, ce n’est pas notre chevreau égaré … bien que cet homme semble encore plus fragile ! Donnons lui à boire dans un premier temps ! »
La femme souleva délicatement la tête de Younes et versa quelques gouttes d’eau fraîche entre ses lèvres. L’homme toussa, cracha et gémit. Il était brûlant de fièvre.
Kella ult Louen ramassa un fagot et quelques morceaux de bois laissés dans la grotte par une méharé de passage et démarra rapidement un feu au milieu de la grotte. Elle y mit à bouillir de l’eau. Après avoir nettoyé la plaie, elle passa la lame de son couteau à la flamme afin de cautériser le flanc de Younes. Elle confectionna un cataplasme d’argile qu’elle enveloppa dans un morceau de voile propre avant de le poser sur la plaie.
L’homme s’agita et gémit une nouvelle fois .
Dans l’eau bouillante qui restait sur le feu, Kella jeta une poignée de millet pilé, des dattes hachées, du lait, un peu de fromage de chèvre et du sucre . Elle fouetta le tout afin d’obtenir l’éghajira, la boisson réconfortante du désert qui allait redonner quelques forces à l’inconnu allongé devant elle. Après l’avoir laissé infuser quelques minutes, elle entreprit de la lui faire avaler.
Elle le veilla deux jours, renouvelant son emplâtre et les potions, avant que la fièvre ne le quittât.
« Où suis-je ? Qui es-tu femme ? » demanda t il enfin le troisième jour, en reprenant connaissance.
« Je suis Kella, fille de Louen du ksar voisin. Je t’ai trouvé ou plutôt mon chien t’a trouvé dans cette grotte, alors que nous cherchions un chevreau égaré. Tu étais bien mal en point et j’ai bien cru que les djinns du désert allaient te ravir ! »
Après l’avoir rassasié d’une chorba épaisse et parfumée, d’un peu de fromage et d’une poignée de dattes, elle l’aida à monter sur l’âne qui les attendait à l’entrée de la grotte et le ramena au village.
Malgré sa robuste constitution, il fallut plusieurs semaines à Younes pour retrouver ses forces.
Chaque jour Kella s’occupait de sa blessure et lui prodiguait ses soins. Chaque soir, elle chantait avec les autres femmes Berbères en s'accompagnant d'Imzad et de tambours. Plus il la découvrait, plus Younes admirait cette femme magnifique et libre. Sa force dans les travaux du quotidien, sa douceur pour s’occuper des enfants et des aînés, son attention à ce qui l’entourait, tout en elle l’enchantait. Il pensait avec appréhension au moment où leurs chemins devraient se séparer.
Pour remercier Laouen, le père de Kella de son accueil, il l’aida à préparer les ballots pour l’azalaï, la caravane bisannuelle qui traversait le désert. Elle leur permettait de vendre une grande partie des productions du village : dattes, fromage, et viande séchée de chèvres. Les croix d’argent, boucles d’oreilles ciselées d’or et d’argent ainsi que les épées somptueuses forgées par les artisans partaient, elles, vers la côte et les plages du nord où les femmes et les riches touristes se les arrachaient.
C’est à Kella et ses frères que revenait la charge de convoyer et vendre au meilleur prix ces bijoux et objets précieux. Pour cela, deux fois dans l’année, ils partaient en convoi, à dos de dromadaires, rejoindre la côte de Tunisie.
Il fût convenu que Younes se joindrait à eux afin de poursuivre son voyage jusqu’à Zarzis.
Ils quittèrent Ksar Tafrout pour rejoindre Tataouine, puis Zarzis. Younes et ses compagnons de méharée se laissaient bercer par le pas chaloupé des dromadaires : La paix du désert les enveloppait. Tout était émerveillement : les dunes à l’infini que le vent sculptait, une trace de scarabée ou de vipère cornue sur l’ocre du sable, une touffe d’herbe en fleur , le chant improbable d’un oiseau … Le rituel du bivouac chaque soir : délester les bêtes, les abreuver et les nourrir, monter la khaïma, aller chercher du bois et faire du feu. Préparer le repas et le savourer en regardant le soleil couchant embraser l’horizon, boire le dernier thé en écoutant Kella chanter puis dormir… Reprendre la route le lendemain après avoir avalé le pain de sable et le lait de chamelle.
Ils firent plusieurs étapes aux marchés de Ramada puis de Tataouine afin de vendre une partie de leurs marchandises et se ravitailler. Plus le terme du voyage approchait et plus Younes sentait son cœur se déchirer. Partir vers le nord de l’Italie pour y trouver du travail et ainsi faire vivre sa famille restée à Ghadames était la seule solution. Pourtant quitter le désert et la femme que le destin avait mis sur sa route était une souffrance chaque jour un peu plus grande.
Ils arrivèrent aux faubourgs de Zarzis, Younes voyait la mer pour la première fois . Cette immensité liquide était à la fois fascinante et terrifiante pour cet enfant du désert. Il se demanda si le courage ne s’envolerait pas au moment d’y naviguer.
« Heureux de te retrouver, Younes, mon cousin. Nous traverserons dans quelques jours, le temps de finir d’installer les deux moteurs et le GPS sur le pneumatique.»
Elwafil ag Ilou était un « harraga », un « brûleur de frontières ».
Par quatre fois déjà, il avait tenté de se rendre sur l’île italienne de Lampedusa, située juste en face de sa ville. C’était le cinquième voyage qu’il préparait aujourd’hui : son bateau de 5 mètres avait coûté 16 000 dinars. Son père y avait investi les économies de toute sa vie et Elwafil avait gagné le reste en travaillant la nuit sur un bateau de pêche et le jour dans un restaurant à touristes.
Younes retourna au campement de Kella et ses frères pour y faire ses adieux. Il voulait y passer sa dernière nuit et parler à la jeune femme, dire ses sentiments avant le départ.
« Kella ult Laouen tu as ravi mon cœur. Je pars mais je promets qu’un jour prochain je reviendrai avec suffisamment d’argent pour pouvoir verser la dot que tu mérites à ton père. M’attendras-tu fleur du désert ? »
« Younes ag Okha, tu es celui que mes vœux appelaient depuis toujours. Je sais que tu réussiras et me reviendras.
Va confiant, Je t’attendrai. »
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