Ⅰ
Le secret d'une bonne douche c'est de varier la température ; Fanny, qui était testeuse de douche, le savait parfaitement.
Cependant, on (c'était quelque client qui souhaitait des commentaires sur sa douche à l'italienne) lui demanda un jour quel était l'amplitude de cette recommandée variation : bien sûr qu'elle l'avait apprise à l'école des testeurs de douche ! Mais elle eut comme l'ombre d'un doute. Une leçon qui s'était mal imprimée dans sa mémoire et comme une odeur de javel dans sa cuvette mnémonique refirent surface et lui crièrent d'aller consulter son ancien Professeur de douche. Elle planta donc le client en proclamant que sa douche était très bien comme ça, puis elle prit la route de l'homme qui avait toutes les réponses à ses questions.
Il s'appelait Jean Michaud et habitait dans une grande maison très éclairée par le soleil d'hiver (il y avait beaucoup de fenêtres et elles étaient très bien nettoyées à flots de vinaigre blanc.) Fanny sonna au haut portail ferrugineux et l'interphone grésilla comme une cigale sous cocaïne.
"Qui est-ce ?" demanda la cigale lorsqu'elle eut retrouvé sa voix.
"C'est Fanny", dit Fanny.
"Je ne connais aucune Fanny", dit la cigale.
"Ah, oui. Excusez-moi, monsieur Michaud, il s'agit de Fanny Freddino. Votre ancienne élève."
"Freddino... Mais bien sûr, Freddino ! Promotion 1997, si je me souviens bien."
"C'est cela même, monsieur Michaud. J'ai une question à vous poser. Vous me laisseriez entrer ?"
La cigale se tut. Le portail se mut dans un grésillement rauque comme pour rivaliser avec l'insecte de l'interphone. Fanny pénétra.
Il y avait un joli jardin qui couvrait tout le terrain devant la maison de monsieur Michaud. Plusieurs arbres y avaient crû pendant de longues et paisibles années, jetant des ombres de coton bienveillant sur les pavés mousseux où s'extirpaient quelques brins d'herbe sauvage ; le soleil, à cette heure de l'après-midi, descendait doucement et finissait de gaver l'espace d'une hortensine et bienvenue aménité tandis que les buissons resplendissaient de couleur avec de gros pétales de roses rouges et de tulipes fort jaunes. Tout se prélassait de paix.
La porte d'entrée parut vite et vivement. Du fer forgé de belle manière se contorsionnait sur le vitrail moucheté de bleu et de jaune et le bouton était fait d'un cuivre appétissant. Fanny frappa.
On lui ouvrit en la personne d'une femme de ménage avec un seau de vinaigre qui pendouillait à main gauche ; dans l'autre, un chiffon dégoulinait de propreté qui pue et un bandeau contenait des crêpes de mèches en cheveux bruns mat.
"Vous êtes Fanny ? Monsieur Michaud vous attend dans son bureau. Montez, c'est tout en face."
L'entrée était de belle et chère facture. Fanny piétina un tapis tout doux avec ses chaussures à talon, puis elle emprunta l'escalier qui se trouvait devant elle. Les rambardes étaient cirées.
Elle enfila un couloir qui s'offrit tout de suite à elle, avec au fond le bureau de monsieur Michaud. Elle poussa la porte qui était entr'ouverte dès que le professeur émit un petit son accueillant.
"Fanny ! Quel plaisir de vous revoir."
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Quelque part, quelque temps plus tard.
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