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La place Grenette, la place emblématique des grenoblois s'il en est. Les lyonnais ont la place Bellecour les niçois celle à Masséna, les grenoblois ont Grenette . Il faut voir l'alignement des tables de bistrot et le brouhaha coloré qui y régne le dimanche aprés midi. combien de couples clandestins ou pas sont nés, soit ici, soit dans le Parc de ville, juste à coté.

C'était d'une des chambres de la maison de son grand pére qu'Henry enfant voyait les exécutions publiques sur cette mythique place. Grace à ce brave docteur Guillottin, les malheureux souffraient moins, enfin c'est ce qu'il se dit. Avant ça on pendait, du temps de Lesdiguiéres et de François de Bonne.

C' est là où à fut exécuté Antoine Berthet en 1824, comme Julien Sorel il tenta de tuer sa maitresse, la mére de ses éléves. avant de tenter de se suicider lui aussi... son voeux fut exaucé quelques mois plus tard sur cette mythique place où je traine mes semelles en ce mardi aprés midi.

La peine de mort à été abolie depuis Belle lurette fort heureusement. Les pavés ont été lavés par la pluie depuis, le discret lichen à remplacé la mandragore et le coquelicot.

Ah non, l'aprés midi est ensoleillée, je veux pouvoir en profiter avant que le pire n'arrives. Je chasse mes idées noires, pourquoi ais-je des pensées lugubres comme cela ?

D'où je suis, il ne peux pas encore me voir, mais moi je l'apperçois, il fait les cents pas... tant que je ne franchis pas l'ombre dans laquelle je me suis réfugié, je ne suis pas fautive. A tout moment je peux retourner en arriére, me cloitrer dans l' appartement prison ou mon homme roupille. Je sais que j'irais le rejoindre, celui qui est encore l'inconnu de la Chartreuse de Parme et celà, même si nos lêvres se sont briévement rencontrées. Je ne sais encore rien de lui, à part le fait que je lui ai bousillé un polo couleur Parme et le fait qu'il ai les yeux magnétiques d'un acteur de cinéma.

Je n'ai pas pu parler à Mario à midi, c'est mieux comme ça. quand je suis arrivée il avait déjà déjeuné, il someillait sur le canapé. Je ne l'avais jamais vu faire la siéste jusqu'à présent. je l'ai briévement embrassé, sur le front, il était chaud, oh non ça n'était pas le baiser d'une amoureuse, mais celui d'une mére, d'une soeur. Je l'ai couvert d'un plaid, je ne voulais pas qu'il eut froid

Je ne voulais pas manger, je n'avais pas faim, je savais que j'irais grignoter des saletés plus tard. Aprés m'être changée, j'ai troquée la jupe tulipe de ce matin... oui, j'ai emprisonnées mes fesses dans une minuscule culotte de dentelle et j'ai enfilée un jean, on se sent plus libre engoncée dans un pantalon de toile de Nime. Surtout, ce dernier met mieux en valeur notre postérieur à nous les femmes qu'une vulgaire jupe en tweed.

J'ai troqué le petit sac à main que j'avais ce matin, contre un sac à dos, on met plus de chose sans un sac à dos... le Désigual allait trés bien avec ma veste demi saison et mon chemisier fleuri...

Torse nu, car le chemisier n'était finalement pas assorti à la veste fushia, j'hésitais longuement, soutiens gorge, ou pas. Ma petite poitrine menue... pas si petite que ça somme toute n'avait aucunement besoin d'être comprimée ou soutenue. Mais les femmes le savent bien, un soutiens gorge s'il peut cacher, il peut aussi suggérer.

Lorsque je sortis enfin de la chambre, il dormait toujours, c'était mieux comme ça, pour ce que j'avais à faire, mieux valait que je ne croise pas son regard. Oh je sais bien, Mario ne m'aurait pas jugée, il ne juge jamais les gens. Mario, il est parfait, c'est un amour de mari, simplement aujourd'hui, j'avais envie de me sentir jeune, désirée.

Cet homme que j'ai rencontrée ce matin, il n'a rien de plus que ce qu' à mon Mario, il a trente ans de moins c'est tout. Si ça se trouves, et je pense que c'est le cas, il est plus jeune que moi.

Je le regarde dormir encore un peu, j'aimerais qu'il se réveille, dans ce cas là j'irais me changer, je lui proposerais de fermer le magasin cet aprés-midi et nous irons flaner dans les rues. Je pense qu'a son bras j'aurais même l'audace de raser l'inconnu de ce matin, juste pour le narguer, pour lui dire, regarde comme je suis fiére au bras de mon mari !

Mais il ne se réveillat pas. Dehors le soleil; l'amour, la vie m'attendait !

Doucement je fermais la porte derriére moi, je me sentais triste et joyeuse en même temps. alors que je descendais les escaliers, l'envie me prenait de remonter et de le réveiller.

Je ne le fit pas !

comme un tourbillon je bondis dans le soleil... l'instant d'aprés je me lovais dans ses bras, l'envie irrépréssible de gouter à ses lêvres me prit encore.

Alors qu'il voulait aller balader à travers les rues de la ville, aller au cinéma, manger une gauffre...

je le coupais

  • Trouvons un hotel plutot !

J'avais trop peur, s'il m'en laissais le choix de m'évanouir dans la nature, de retourner dans mon appartement prison où l'homme de ma vie, un vieillard malade dormait sur un canapé.

Je sais, je peux sembler cruelle, j'avais trente cinq ans, j'avais envie de vivre.

Et s'il me prenait pour une femme de petite vertu, une gourgandine, je m'en fichait complétement.

De peur qu'il n'ait pas compris je répétais

  • Allons à l'hotel, maintenant que je suis là .

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