Chap 6: il suffit parfois de changer de point de vue

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Liam, Août 2021

Depuis combien de temps est-il là ? Liam n'en sait rien. Peut-être des heures, peut-être des jours. Tout ce qu'il sait, c'est que l'obscurité l'a avalé, le privant de tout repère. Le silence est devenu son unique compagnon, pesant, omniprésent, parfois interrompu par des bruits diffus qu'il n'arrive pas à identifier : un craquement, un souffle, ou peut-être simplement son imagination.

Quand une lumière grésille soudainement au-dessus de lui, il cligne des yeux, ébloui. Elle est faible, vacillante, mais suffisante pour arracher les ténèbres et révéler l'horreur qui l'entoure.

Il est allongé sur le ventre, ses membres ankylosés, ses bras ligotés dans son dos. La position est si inconfortable qu'il peine à respirer. Le sol est froid et rugueux sous sa joue, et il distingue l'odeur âcre de sa propre sueur mêlée à celle de l'urine, du sang séché, et d'un parfum métallique qu'il ne préfère pas identifier.

Il tente de bouger, mais ses poignets sont pris dans des liens qui mordent sa peau à chaque mouvement. Il grogne de douleur et d'effort, mais la corde résiste. La frustration monte en lui, se transforme en une colère sourde.

Il s'efforce de respirer, profondément, pour calmer l'emballement de son cœur. Il se souvient vaguement d'un livre de relaxation qu'il avait feuilleté dans une bibliothèque, il y a des années. "Respire. Inspire lentement. Concentre-toi." Ces mots résonnent dans son esprit comme une lueur d'espoir. Il ferme les yeux et se force à suivre le rythme.

Une fois son souffle stabilisé, il essaie de comprendre où il se trouve. La lumière vacillante de l'ampoule qui pend du plafond dévoile un espace étroit, une cave aux murs de pierre brute. Les fissures des murs suintent d'humidité, et il entend, quelque part au loin, un goutte-à-goutte régulier.

Près de lui, un tas de bûches est soigneusement empilé dans un coin, comme si quelqu'un avait l'intention d'allumer un feu ici, malgré l'atmosphère glaciale et moite. Non loin, un établi encombré attire son regard. Des outils y sont posés : des pinces, des scies, des couteaux. Les lames reflètent la lumière d'une manière presque inquiétante.

Mais ce qui capte son attention, c'est l'escalier en bois qui mène à l'étage. Il est vieux, abîmé. Une marche est manquante, et les autres semblent prêtes à céder sous le poids de quiconque oserait les emprunter.

Liam ferme les yeux un instant, se concentre. "Je dois sortir d'ici."

Il bouge ses poignets, teste les cordes. Le frottement contre sa peau lui arrache une grimace, mais il ne s'arrête pas. Soudain, il sent un léger jeu. Il tire, pousse, force. Ses poignets brûlent, mais il continue. Une secousse plus forte, et un craquement retentit.

Il est libre.

Il ramène ses bras devant lui, grimaçant de douleur. Ses poignets sont marqués de profondes entailles rouges, mais il les ignore. Tout ce qui compte, c'est partir.

Il se relève lentement, chaque mouvement un effort colossal. Ses jambes tremblent sous son poids, engourdies par des heures d'immobilité. Il s'appuie contre le mur pour reprendre son équilibre, puis avance à pas feutrés vers l'escalier.

C'est à ce moment-là qu'il l'entend.

TOC. TOC. TOC.

Un bruit sourd. Quelqu'un frappe. Pas à une porte, mais au plafond, juste au-dessus de lui. Il lève les yeux, pétrifié. La poussière tombe en fines particules autour de lui, dansant à la lumière vacillante.

Il reste figé, retenant son souffle. Les coups cessent. Le silence revient, mais il est encore plus oppressant qu'avant. Liam sent son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine.

Il s'approche de l'escalier, enjambant la marche cassée avec précaution. Chaque pas sur le bois grince, et il se crispe, s'attendant à voir surgir quelqu'un ou quelque chose à chaque instant. Mais rien ne se passe.

En haut de l'escalier, une porte se dresse devant lui. La poignée, métallique, est usée par le temps. Il hésite, pose sa main dessus, puis se ravise. Il tend l'oreille, espérant capter un son, un signe. Mais tout reste désespérément silencieux.

Prenant son courage à deux mains, il tourne la poignée.

La porte s'ouvre sur une petite cuisine. Les murs, peints en vert terne, sont jaunis par les années. Une odeur familière de moisissure flotte dans l'air. Liam avance prudemment, inspectant chaque recoin.

Un évier en inox attire son attention. Il s'en approche, attiré par une simple idée : boire. Sa gorge est sèche, brûlante. Il ouvre le robinet, mais rien ne sort. Pas une goutte. Il grogne de frustration et appuie sur ses tempes, tentant de repousser la migraine qui le menace.

Avant qu'il ne puisse réfléchir davantage, un bruit retentit derrière lui.

Une porte claque violemment.

Liam sursaute, se retourne, mais ne voit rien. Ses instincts se mettent en alerte, et il recule instinctivement jusqu'à heurter le plan de travail. Sa main glisse sur la surface lisse et rencontre quelque chose de froid et métallique.

Un couteau.

Il le saisit, ses doigts se refermant sur le manche avec une force qu'il ne pensait plus posséder.

Des pas résonnent maintenant. Lents, lourds, implacables. Ils approchent.

Liam se glisse derrière un comptoir, s'efforçant de contrôler sa respiration. Il serre le couteau, prêt à se défendre. Les pas s'arrêtent. Une respiration rauque brise le silence.

Il jette un regard furtif par-dessus le comptoir. Une silhouette immense bloque l'entrée. L'homme est grand, massif, vêtu de noir. Son visage est dissimulé dans l'ombre, mais ses yeux brillent, reflétant une lumière presque inhumaine.

Pas mal, hein ?

Liam sursaute, décontenancé par la voix. Elle est grave, presque joviale, comme si l'homme se moquait de lui.

L'homme fait un pas en avant, et Liam lève le couteau, prêt à frapper. Mais l'autre éclate de rire.

Du calme, mec. C'est terminé.

Terminé ? balbutie Liam, toujours sur la défensive.

L'homme tend une main vers lui, et pour la première fois, Liam remarque un badge accroché à sa veste. Une inscription y brille sous la lumière : "STAFF."

Lentement, la réalité frappe Liam.

Ce n'était qu'un test. Une simulation. Une expérience.

Il laisse tomber le couteau, son souffle court.

Alors ? demande l'homme avec un sourire. Ça t'a plu ?

Liam, encore sous le choc, passe une main tremblante dans ses cheveux. Il éclate d'un rire nerveux.

Horrifique, murmure-t-il. Absolument horrifique.

Et tout s'éclaire : cette cave sordide, ces bruits, cette mise en scène. Tout n'était qu'un décor savamment orchestré. Une attraction macabre pour amateurs de sensations fortes.

Mais pour Liam, ce n'est pas qu'un jeu. C'est une idée. Une opportunité.

Un empire à construire. Happy Horror.

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