Réécriture-test du premier encart - 2ème round

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La brume était bien en place, à présent. La lumière pâlie, les bruits du monde étouffés. Ne restait qu’un peu de vent qui se débattait avec les particules fines, faisait bouger son fil de traîne et emportait son chant, mais elle s’en moquait. Bientôt, le vent mourrait, lui aussi.

Deux heures qu’elle se balançait ainsi, tête en bas, corps offert aux bourrasques agonisantes. Elle n’aimait pas beaucoup attendre, mais il le fallait. Sans cela, l’issue de son projet n’aurait pas la même saveur. Elle avait appris à se languir de la Mort, à se repaître de la détresse du condamné avant de l’achever. Elle savait aussi que précipitation valait parfois punition. Elle était payée pour le savoir.

Un grondement sourd. Elle cessa de chantonner et tendit son Sens tout entier vers l’origine de ce bruit. Goût pourri, odeur moisie. Du bout de son orteil, l’enfant fit pivoter son fil et guetta l’autre bord de l’horizon, ou ce qu’il en restait. Rien en vue, a priori, mais pas pour elle.

Quelque part dans ce nuage gris, un monstre avait surgi des eaux sombres du lac. Un monstre prodigieux. Son corps long et noir, érissé d’épines et d’écailles, s’arquait dans la poussière qu’il venait de soulever, prêt à replonger, avalant tout sur son passage. Il ne pouvait la voir, elle, ombre chétive pendue dans le vide, mais elle lui sourit tout de même. Comme à un ami. Et tout à ce salut, reprit sa chanson discordante :

Las, pour satisfaire leur demande,

Nous avons ouvert notre Non-Monde.

Eux, tout petits, les voilà géants

Mais oublieux des lois du néant.

Le vent exhala un dernier soupir dans ses boucles blondes. Un bruit de moteur lui parvint. Elle pivota encore et aperçut l’aéronef qui approchait dans son dos. Son sourire s’élargit. Enfin ! Alors, elle se redressa, attrapa son fil et se hissa jusqu’à la coque du vaisseau d’où elle pendait. Il ne lui restait plus beaucoup de temps pour préparer son entrée.

A bord, elle se glissa par une écoutille, se faufila dans les coursives et les cabines, entre les fils de soies écarlates et les cadavres aux yeux hagards. Parfums de sang et de putréfaction, silence de mort. Une mise en scène, rien de plus, mais elle s’y était appliquée.

Elle passa devant un hublot et aperçut encore ce second vaisseau qu’elle s’apprêtait à faire sombrer. Le Machaon se jetait dans sa toile, aveuglément. Avant-goût de triomphe. Elle s’en fut en riant. L’heure était venue de régler les comptes.

***

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