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Elle se gare devant la maison en briques rouges de la famille Gerdin, un couple avec cinq ou six enfants, elle hésite – eux aussi d’ailleurs.
Pas besoin de chercher les clés, la maison est toujours ouverte, quel cambrioleur s’y oserait ? Il faut enjamber des montagnes d’habits, serviettes, jouets, pour approcher d’une montagne de vaisselle sale qu’elle n’aura pas le temps de toucher. Le désordre est absolu, radical. L’odeur est épouvantable. C’est marrant, c’est désespérant. Elle ne comprend pas ces gens : la mère se met à pleurer dès qu’elle la voit, les gosses se chamaillent et veulent des bisous, le mari essaye de lui toucher le cul sans aucun complexe. Ils la font rire, parfois. Cela la change de tous ces petits vieux esseulés.
Elle entre. Les deux labradors sont allongés sur les divans. Le chat dort sur la table au milieu d’un bol de corn-flakes renversés. Le lait a coulé sur le sol. La télévision est allumée. La litière déborde. D’un seul coup, ce qui la faisait vaguement sourire l’emmerde. Grave.
Aussi brutale avait été sa décision précédente, quitter la ville du jour au lendemain et accepter un nouveau boulot, servile et anodin, aussi soudaine est la nouvelle résolution qu’elle prend à cet instant : il faut qu’elle arrête, maintenant. C’est stop. Elle est guérie, elle peut arrêter de ramasser les crasses des autres. Ce soir, elle appellera sa patronne, elle démissionne.
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