18 La piscine
Radieuse, Azalée, d’un pas guilleret, monte prestement les quelques marches du bus scolaire devant les conduire à la piscine. Malgré la cruauté d’Azora, qui a changé sa fiche de choix pour les sports du trimestre pour lui donner l’humiliation d’exposer à la vue de tous son corps immonde en étant en maillot de bain et pour, soupçonne-t-elle, la séparer de Niels et tenter de le lui voler comme elle lui a ravi Clément, les papillons qui volettent dans son ventre demeurent imperturbables.
En effet, depuis la soirée chaotique pendant laquelle Niels, Jacob et elle-même ont surpris les ébats passionnés de Caroline et Roland, la relation entre Niels et elle s’est renforcée. Certes, elle n’a encore jamais eu le courage de l’embrasser sur les lèvres et de lui révéler qu’elle s’est énamourée de lui, mais elle le sent dans ses entrailles, elle ne se fait pas de films : Niels la serre plus souvent contre lui, lui embrasse plus souvent les joues ou le front, les caresses le visage car elle a, paraît-il, un cil. Il s’est servi si souvent de cette excuse que, si elle était vraie, elle n’aurait certainement plus aucun cil !
— Bonjour, Monsieur ! s’exclame-t-elle à l’intention du chauffeur alors que Madame Toucan la pousse dans le dos en la comptant pour qu’elle avance et s’installe.
Même le fait qu’elle doive s’asseoir à côté de Judicaël Fournier car ils sont placés par ordre alphabétique ne saurait amoindrir sa bonne humeur.
L’adolescent la dévisage en prenant plus sur le siège à côté d’elle, ne comprenant pas pourquoi elle lui sourit béatement. Puis il se désintéresse d’elle pour jouer sur son téléphone.
Elle se détourne pour observer l’extérieur par la vitre crasseuse, imaginant Niels jouant au volley-ball, si mignon dans son short rouge et son tee-shirt blanc, avec sa mèche blond platine rebelle.
Au semestre précédent, ils avaient pris ensemble les mêmes sports et, lors d’une séance de hand-ball, elle s’était pris le ballon en pleine face, fascinée qu’elle était par lui. Pourtant, à l’époque, elle n’était pas encore amoureuse de lui. Du moins, elle ne le pensait pas. Il l’intriguait, avec sa gentillesse envers elle, son sourire sincère, son accent à couper au couteau et ses expressions sorties d’elle ne savait pas toujours où.
Malgré son nœud à l’estomac à l’idée de se retrouver en maillot de bain devant tout le monde, elle sourit encore en sortant du bus et en suivant les autres filles dans le vestiaire.
Avec empressement, alors que les autres discutent allègrement en prenant tout leur temps, Azalée se met en maillot, rassurée de constater que personne ne fait attention à elle.
Elle est la première des filles à quitter la piscine pour rejoindre leur professeur. Elle sourit en remarquant que, hormis deux garçons qui patientent déjà, elle est la seule à avoir été aussi rapide à se changer.
Lorsque la séance commence, tout en s’étirant les bras, Azalée inspire longuement pour se donner du courage, décidant d’ignorer les regards étranges des autres sur elle.
Après plusieurs minutes, lorsqu’elle comprend que personne ne compte s’en prendre à elle, elle devient imperturbable, pleinement concentrée sur le cours de natation, oubliant presque qu’elle n’est pas là par choix mais à cause d’un mauvais tour d’Azora et sa bande pour l’humilier et lui en faire voir de toutes les couleurs.
Elle décide de ne pas lui en vouloir : au moins, Azora n’est pas avec elle. Il n’y a que Charlotte, et lorsque celle-ci est seule, elle n’ose pas s’en prendre à elle. De surcroit, et c’est un immense soulagement pour elle, lorsqu’elle a découvert ce qu’Azora avait fait et s’est mise à pleurer, Niels l’a serrée contre lui en lui embrassant le front et l’a rassurée. Au lieu de les éloigner comme c’était son intention, Azora les a rapprochés. C’est elle qui est en sport avec lui, mais c’est Azalée qui possède son cœur !
Souriant de toute ses dents, car il n’est rien survenu de fâcheux de tout le cours de natation, Azalée se déshabille lentement et entre sous la douche.
Elle hait les douches communes qu’elles doivent prendre à l’issue de chaque séance, et c’est en partie pour cela qu’elle avait choisi d’autres sports. À côté de toutes les autres, elle sait pertinemment qu’elle a le corps de Bouddha réincarné et qu’on la nomme Azaléeléphant pour une excellente raison.
Pourtant, actuellement, elle n’en a cure. Elle ignore si l’absence d’Anaïs et Azora y est pour quelque chose, mais le groupe semble avoir pris en maturité. À sa droite, Lisa frotte le corps consciencieusement. À sa gauche, Ophélie tente avec des gestes énergiques de débarrasser ses cheveux de l’odeur du chlore, les paupières closes. Personne ne s’occupe d’elle et de son physique hideux à faire fuir le plus tolérant des hommes.
Elle commence à chanter en se lavant soigneusement, occultant ce qui l’entoure.
It might seem crazy what I am about to say
Sunshine she's here, you can take a break
I'm a hot air balloon that could go to space
With the air, like I don't care baby by the way
Because I'm happy
Clap along if you feel like a room without a roof
Because I'm happy
Clap along if you feel like happiness is the truth
Because I'm happy
Clap along if you know what happiness is to you
Because I'm happy
Clap along if you feel like that's what you wanna do
Here come bad news talking this and that
Yeah,but give me all you got, don't hold back
Yeah, well I should probably warn you I'll be just fine
Yeah, no offense to you don't waste your time
Here's why:
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like a room without a roof
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like happiness is the truth
(Because I'm happy)
Clap along if you know what happiness is to you
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like that's what you wanna do
Happy, bring me down can’t nothing
Happy, bring me down your love is too high
Happy, bring me down can’t nothing
Happy bring me down I said (let me tell you now)
Bring me down can’t nothing (happy happy happy)
Bring me down your love is too high (happy happy happy)
Bring me down can’t nothing (happy happy happy)
Bring me down (happy happy happy)
I said:
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like a room without a roof
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like happiness is the truth
(Because I'm happy)
Clap along if you know what happiness is to you
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like that's what you wanna do
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like a room without a roof
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like happiness is the truth
(Because I'm happy)
Clap along if you know what happiness is to you
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like that's what you wanna do
Bring me down can’t nothing (happy happy happy)
Bring me down your love is too high (happy happy happy)
Bring me down can’t nothing (happy happy happy)
Bring me down (happy happy happy)
I said:
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like a room without a roof
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like happiness is the truth
(Because I'm happy)
Clap along if you know what happiness is to you
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like that's what you wanna do
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like a room without a roof
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like happiness is the truth
(Because I'm happy)
Clap along if you know what happiness is to you
(Because I'm happy)
Clap along if you feel like that's what you wanna do
Come on!
Lorsqu’elle sort de la douche pour se recouvrir de sa serviette, elle tombe des nues : son sac, avec toutes ses affaires, a disparu ! son drap de bain, ses vêtements… absolument tout !
— Que… Quelqu’un m’explique ? demande Azalée, les yeux embués de larmes.
C’est les sempiternelle même rengaine. Elle croit dur comme fer que rien ne saurait ternir sa merveilleuse journée et patatra… Elle n’est jamais tombée d’aussi haut. Elle n’avait jamais été aussi persuadée que rien de mal ne lui arriverait. L’absence d’Anaïs et Azora la confortait dans cette idée.
Visiblement, elle ont du pouvoir et de l’influence sur les autres même à distance… ou bien tous la haïssent bien plus qu’elle ne l’imaginait et agissent de leur propre chef pour la détruire.
Charlotte, qui est l’effacée de la bande, agite son sac dans les airs pour lui faire la nique. Les filles éclatent de rire. Même Lisa et Ophélie, qui n’étaient pourtant pas dans le coup, puisqu’elle sont sorties des douches juste avant elle. Elle sent que le rire d’Ophélie est forcé, et Lisa n’ose pas la regarder, fixant un point quelque part derrière elle.
— Charlotte, s’il te plaît, rends-moi mon sac… Pourquoi tu fais ça ‽
La voix d’Azalée s’enraille. Charlotte semble hésiter, puis elle croise les regards de Barbara et Mathilde, ses cousines démoniaques de seconde D.
— Viens le chercher, si te le veux !
Azalée se précipite pour saisir ses affaires des bras de Charlotte, mais elle glisse sur le sol mouillé, ce qui la ralentit et donne le temps à Charlotte de lancer le sac à Barbara.
Plusieurs minutes, bien trop courtes pour la bande mais éternelles pour Azalée, elles s’amusent à se lancer le sac pendant qu’Azalée saute pour tenter de l’attraper.
Puis, avec un sourire sadique, Barbara, qui se lasse, verse une grosse quantité de gel douche dans le sac le balance sous un jet de douche et ouvre l’eau.
— Comme ça tes affaires seront plus propres que ta chatte poilue qui grouille de morpions, crasseuse ! s’exclame-t-elle en riant. Venez, on s’arrahce !
Les filles quittent toutes le vestiaire sous l’ordre de Barbara. À l’exception de Lisa, qui sourit tristement, et d’Ophélie, qui a remarqué que sa meilleure amie ne la suivait pas et a fait demi-tour.
Sans un mot, elles l’aident à essorer du mieux possible ses vêtements, puis la laissent seule. En pleurant, elle renfile difficilement ses habits trempés et tout froissés. Elle retient ses larmes, souhaitant à tout prix rester digne, bombe le buste et rejoint les autres devant le bus.
Le professeur la sermonne sur son retard et lui donne quatre de retenu pour avoir joué sous les douches et être revenu dans cet état déplorable, alors que tous les autres élèves sans exception ont su se tenir et faire honneur à leur lycée. Le chauffeur la dévisage, désapprobateur, lorsqu’elle monte les marches et s’installe à côté de Judicaël, qui se serre contre la vitre comme si elle avait la peste.
Elle soupire en se renfonçant dans son siège et ferme les yeux dans une tentative d’échapper à sa vie au moins le temps du retour au lycée.
Elle n’en peut plus de patienter lorsque le bus scolaire se gare enfin sur le parking du lycée et que le professeur les fait sortir un par un, par ordre alphabétique inversé. Enfin, il prononce son nom. Dans sa hâte de s’extraire de ce maudit bus et de leur échapper à tous, elle ne remarque pas le pied que tend Mathilde pour la faire trébucher.
Elle s’étale de tout son long dans l’allée. Les rires fusent alors qu’elle se fait de nouveau réprimander et traiter d’empotée par le professeur.
Enfin, elle se retrouve à l’air libre, prenant une grande inspiration. La sonnerie d’intercours retentit , mettant fin à son calvaire. Elle s’empresse de rejoindre son casier pour récupérer son cartable.
À l’instant même où elle s’en saisit, son téléphone sonne à l’intérieur. Elle fronce les sourcils : elle était certaine de l’avoir mis sur silencieux, comme à son habitude.
Elle l’ouvre pour activer le mode discret, quand elle remarque qu’elle a un nombre impressionnant de messages. Surprise, elle en ouvre un :
Fais un régime, gros tas
Puis un deuxième :
Rase-toi la touffe, salope à morpions
Puis un troisième :
T’est laides, vas mourir
Puis un quatrième…
Puis un cinquième…
Puis un dixième…
Son téléphone s’écrase sur le sol à ses pieds, en même temps que son cœur fracassé.
Les larmes qu’elle retenait depuis la piscine sortent à torrents alors qu’elle court sans réfléchir, sans se soucier de ses vêtements mouillés qui la gênent dans ses mouvements.
Ses jambes la mènent à l’endroit qu’elle redoute le plus : le toit.
Elle comprend que c’est en train d’arriver. Le moment qui l’effraie tant. Son point de rupture est juste là. Elle n’a plus qu’à sauter, et elle l’embrassera pour l’éternité.
Ses pleurs redoublent d’intensité tandis qu’elle s’approche du bord.
Malgré son vertige, elle regarde en bas. C’est trop haut pour que la ratée qu’elle est manque son coup. À coup sûr, elle va périr. Ce sera rapide et efficace. Elle ne souffrira pas. Pour la première fois de son existence de souffrances cumulées…
Elle soupire longuement, pour profiter de ses derniers instants dans ce monde qui la hait, pour dire adieu à ceux qu’elle aime. Et à ceux qui ont osé l’aimer sans craindre les jugements d’autrui et de subir pour avoir commis l’odieux crime de l’aimer. Axelle, Niels et Caroline. Sur cette planète, ils ne sont que trois à l’aimer en sachant tout ça. Elle pense aussi à Papi Alain et Mamie Agapée, à Tante Alicia, Oncle Igor et Adélie, à Alizée, qui l’aiment en ignorant ce qu’est sa vie et qu’elle va décevoir.
Elle n’a pas conscience qu’elle n’a plus le temps et que c’est maintenant ou jamais qu’elle doit faire le saut de l’ange, car Niels et Azora, qui discutaient en se rendant à leurs casiers, ont trouvé son téléphone au sol et on lu le SMS sur lequel elle était quand elle l’a échappé.
Tu sert à rien. Rend nous services et suicide toi nullardes
Un photo d’Azalée nue accompagne ces mots cruels, sur laquelle est dessiné un pénis qui pleure et où il est écrit dans une bulle de BD « je peux pas bander elle est trop grosse et moche »
Niels sait déjà que la situation est grave, mais quand il constate qu’Azora ne rit pas et est aussi choquée que lui, il en est encore plus convaincu.
Son cerveau carbure à toute vitesse. Il doit la trouver, immédiatement ! Il court dans les toilettes des filles et désespère de ne pas l’y trouver.
Dans le couloir bondé, il attrape Azora, qui l’a suivi, par les épaules et la secoue.
— Si tu as une idée d’où elle est, dis-le maintenant, putain !
Son cri alerte la foule, au moment où Anaïs, Juliette et Charlotte, mais aussi Caroline, Mademoiselle Brunnen et Monsieur Fort, le surveillant, passaient.
— Il se passe quoi ici ‽ Laforêt, lâchez sur le champ Fontaine ! intervient Monsieur Fort.
— Dis-moi où elle est, putain ! continue de hurler Niels en secouant plus fort Azora.
Monsieur Fort le maîtrise facilement. Niels pleure et sa voix par dans les aigus :
— Lâchez-moi, Azalée è’va s’tuer si on la trouve pas !
Anaïs pouffe. Malgré Monsieur Fort qui le tient en étau, Niels tante de se jeter sur Anaïs en grogant de rage et en l’insultant.
— Elle fait son cinéma et tu es le seul trop con pour y croire, Laforêt !
À la surprise générale, Azora gifle Anaïs, qui écarquille les yeux.
— Si elle meurt, je te tue ! J’ai tué ma sœur à petit feu à cause de toi, pour que tu m’aimes et me fasse pas endurer ce que tu lui fais. Je suis sortie puis j’ai couché avec Clément pour la faire souffrir alors que je suis amoureuse de toi pour que tu me voies. Mais je comprends enfin que tu n’aimeras jamais personne que toi-même et que tu n’as aucun véritable ami car tu fais peur aux gens, alors maintenant c’est fini, dis-moi où elle est puis ne m’adresse plus jamais la parole !
Pour la première fois depuis de nombreuse année, Anaïs semble intimidée et peu sûre d’elle. Sa voix n’est qu’un murmure quand elle avoue :
— Elle est sur le toit, les gens dans la cour l’encouragent à sauter pour rigoler.
Le chaos se déchaîne. Monsieur Fort, qui a lâché Niels sous la surprise de la gifle, se précipite dans la cour pour gérer les élèves en ordonnant sèchement à Anaïs d’appeler les pompiers. Azora, Niels, Caroline et Mademoiselle Brunnen courent jusqu’au toit.
— Azalée ! Ma merveille, saute pas !
— Azalée, trésor, recule !
— Azalée, fais pas ça, je t’aime !
— Azalée, non !
Niels, Caroline, Azora et Mademoiselle Brunnen s’écrient simultanément. Fébrile, Azalée, se retourne pour les dévisager tour à tour.
Niels esquisse en mouvement pour la rejoindre. Elle recule d’un pas et bute contre la bordure, manquant tomber. Tandis que tous hurlent de stupeur, n’osant plus bouger, elle ricane.
ؙ— Tout le monde me haït, et subitement vous êtes quatre à m’aimer pour m’empêcher de mourir ? Azora, après tout ce que tu m’as fait, tu te payes vraiment ma tête !
— Je t’aime trop ! J’étais jalouse de ta perfection, et j’étais amoureuse d’Anaïs donc je voulais tout faire pour lui plaire ! Je suis désolée, je préférais que tu souffres à ma place par peur et parce que tu as tout pour toi alors que je n’ai rien ! Tu es belle, talentueuse, gentille, drôle, intelligente… Tu as tout. Tu as le poids idéale alors qu’il me manque quelques kilos, tu sais chanter et partout ou tu es on ne remarque que toi tellement tu es brillante et belle. Moi, je suis superficielle et je n’intéresse personne, je suis toujours dans ton ombre. Je suis la triplette foirée à la conception. Je suis désolée Azalée, s’il te plaît, éloigne toi du bord. Viens, je t’aime, Azalée !
Azora tend la main pour inviter Azalée à la rejoindre. Bien qu’elle ne recule pas davantage, Azalée refuse avec une moue de répugnance pure.
— Me fais pas la nique, Azora ! Tu as lu dans mes journaux intimes que je pense être la triplette ratée à la conception et tu joues avec. C’est toi la triplette parfaite. Je suis une baleine hideuse, je n’ai aucun talent et je suis encore plus bête que mes pieds, et Dieu sait qu’ils sont vraiment vraiment sots ! Tu joues avec moi une dernière fois avant mon jeu de l’ange car tu pourras plus le faire, mais tu souhaites depuis des années que ce moment arrive ! Tu mentais pas quand tu m’as dit que ma place est au cimetière.
Azora ouvre de grands yeux ahuris.
— Tu ne te souviens pas ? Laisse-moi te rafraîchir la mémoire, dans ce cas !
Pour poursuivre, Azalée prends la voix suffisante d’Azora le fameux soir en question.
— Ça te suffit pas, de te faire sauter par Niels ? Tu veux te faire prendre par Léo et Tim en même temps ? Je vais te détruire. Je vais te voler Niels. Je vais te voler quiconque osera t’aimer. Je vais te voler Léo et Tim. Comme je t’ai volé Clément. Il ne t’a jamais aimée. Je lui ai fait comprendre que ce qu’il aimait en toi, c’était moi. Je vais faire pareil avec tous les autres. Tu n’es rien, Azalée. Tu aurais dû crever dans le ventre de maman. Je n’aurais eu qu’Alizée comme jumelle et notre existence à tous aurait été parfaite sans toi. Fais plaisir à tout le monde et va crever dans une ruelle sombre. Personne ne t’aime. Tu es un boulet à nos pieds. Maman t’a virée de la maison exactement pour ça. Et c’est parce que tu existes que papa n’a jamais épousé maman et s’est barré en Allemagne sans jamais avoir cherché à vivre avec nous. Il te hait. On te hait tous. Tu es laide. Tu es nulle. Tu es inutile. Tu vas payer pour être venue à cette fête, Azalée. Tu vas payer pour être venue au monde. Ta place est au cimetière et je te le rappellerai bien assez tôt. Éclate-toi ce soir !
— Je mentais, Azalée. Je t’aime, tu es ma triplette !
— Arrête ! Tais-toi
Azalée manque perdre l’équilibre en hurlant. Elle détourne brièvement le regard d’Azora pour regarder en bas et déglutit en voyant Monsieur Fort qui tente de calmer ceux qui lui crient de sauter.
— Personne m’aime. Laissez-moi sauter !
— Merveille, j’t’ai aimée à la s’conde où qu’j’ai failli finir cul nu dans l’couloir pour entamer mon pr’mier jou’. C’pas pou’ rien qu’j’arrête pas d’te d’mander d’êt’ ma blonde. T’m’as barré la po’te d’ton cœu’ mais j’peux pas m’empêcher d’t’aimer, tabarnak ! avoue Niels.
— Tais-toi ! C’est pas possible, personne m’aime !
— Moi aussi, je t’aime poussin, intervient Caroline. Tu es gentille et intelligente et polie. Je t’ai tout de suite trouvée parfaite pour mon Niels. On peut encore tout arranger, s’il te plaît, éloigne-toi du bord, ma tourterelle…
— Taisez-vous et partez ! C’est faux, vous mentez tous ! Personne ne m’aime ! Fichez le camp ou je saute ! se bute Azalée en se retournant pour faire face au vide !
— Non ! panique Mademoiselle Brunnen. Toutes les personnes sur ce toit t’aiment. Moi aussi je t’aime, Azalée. Je t’aime plus que tout au monde. Je me suis fait embaucher ici pour apprendre à te connaître. J’apprécie tout ce que j’ai découvert de toi. Je veux profiter encore de très nombreuses années avec toi. Je suis ta sœur aînée, Alexis Fontaine. Maman se disait trop jeune pour m’élever mais papa refusait de m’abandonner. S’il te plaît, ne saute pas.
Azalée, sent se retourner, se tient la tête entre les mains, couvrant ses oreilles. Azora dévisage Mademoiselle Brunnen mais n’ose pas parler de crainte qu’Azalée mette sa menace à exécution et saute.
— Merveille, si tu veux pas t’éloigner du bord, laisse-moi approcher, s’il te plaît. Je te promets que je te laisserai le choix de sauter ou pas. Je veux juste être près de toi quand tu décideras.
Azalée tourne la tête pour l’observer, en pleine réflexion, puis, après quelques secondes, opine.
Caroline tente de retenir Niels par le poignet, son cœur menaçant d’exploser. Il se place derrière Azalée et l’entourne de ses bras, reniflant longuement ses cheveux, se foutant éperdument des vêtements mouillés d’Azalée rendus glacés par le vent.
Ni Niels ni Azalée, ni les trois autres d’ailleurs, n’est capable de dire s’ils restent ainsi quelques secondes, quelques minutes, quelques heures… ou bien quelques éternités.
Toujours est-il que Niels finit par demander doucement à l’oreille d’Azalée :
— T’espère obtenir quoi en sautant, Merveille ?
La réponse qu’elle lui souffle le hantera pour le reste de sa vie, mais pas autant que la façon dont elle le prend par surprise pour se défaire de son emprise et sauter, lui faisant perdre l’équilibre alors que les autres hurlent en courant vers eux.
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VERSION BROUILLON : j'attends l'avis de quelqu'un qui a bossé en milieu scolaire pour développer et améliorer certains passages. D'ailleurs n'hésitez pas :)
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