Bleu comme tes yeux
Ce ciel bleu apaise ma rage. Tout va toujours mieux lorsque le ciel est bleu. Bleu comme tes yeux. Cette trouée vers la liberté éclaire l'obscurité de ma geôle. Noire. Noire comme mon coeur, noire comme ma haine. J'aimerais m'envoler vers ce halo de lumière. Vers toi. Au lieu de cela, je suis enchainé dans ces ténèbres. Épaisses. Étouffantes.
Je les maudis. Les Hommes. Je les exècre. Fourmis répugnantes. Ils se gargarisent de leur succès, de leur capture. Il détiennent scellé le roi des démons. Moi. Asmodée. Ces insectes infâmes se sont crus assez malins pour me tenir enfermé dans cette jarre. C'est moi le malin !
Je lève les yeux vers le ciel bleu. Je me radoucis. Bleu comme tes yeux. Les hommes ne savent pas aimer. Chérir. Protéger. Ils ne savent que craindre. Persécuter. Ma bien aimée. Pourquoi t'être dévouée à ces créatures insignifiantes ? Tu leur as tout donné et pourtant, ces ingrats, t'ont châtiée. Je les ai vu te trouer de leurs flèches. T'abattre sans merci. La douleur de ta perte est encore trop vive.
Je m'escrime depuis si longtemps à sortir. Je suis fatigué. Mon corps est las. Je n'ai plus que ma colère. Sourde. Elle attend une étincelle. La bouffée d'oxygène de ma libération. Et l'Homme subira l'étendue de cette colère qu'il a nourrie. Cultivée.
Une liane se décrocha du plafond envahi par la verdure. Dans sa chute, elle déchira un rectangle de papier jauni. L'inscription fut fendue en deux. La dernière clef de la prison d'Asmodée était brisée.
La jarre explosa. Dans un souffle de noirceur, l'immensité du démon se révéla. Son corps monstrueux semblait engloutir la lumière. Le feu de l'enfer brûlait dans ses yeux. Asmodée était libre.
Asmodée était seul. Le temple était vide. Non. Abandonné, en ruine. La nature l'avait réinvesti. Le démon s'envola. Il fut saisi par le paysage qui s'étalait devant lui. Le reste du monde était à l'image du temple. Vide. Déserté. Il n'y avait pas âme qui vive. Asmodée était seul. L'Homme avait disparu
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