Chapitre 12 :

7 minutes de lecture

Hyde Park, Boston, Massachusetts

Avril 2 020

Fox :

Affalé sur le canapé du salon, j'observe le ciel noir et les trombes d'eau qui s'abattent violemment. L'orage gronde, si puissamment que je frémis à chaque coup de tonnerre. Ce n'est pas que je suis effrayé par les dérives du temps, mais l'angoisse m'engloutit dans une pièce sombre et barricadée. J'ignore pourquoi je me mure dans le silence, je pourrais appeler mon frère ou lui envoyer un texto mais je ne parviens pas à m'y résoudre. Je suis en colère, fou de rage contre lui et son caractère de merde. Comment peut-il me laisser dans l'ignorance alors que je suis là, seul chaque soir à attendre qu'il rentre.

C'est assez rare que Wolf et moi nous disputons, mais lorsque ça arrive, c'est souvent explosif et irréversible. Je l'aime, mais depuis quelques temps, je peine à le reconnaître. Son comportement change, il est souvent taciturne est épuisé lorsqu'il rentre du garage. Je le connais, je sais pertinemment qu'il me cache quelque chose mais le fait qu'il se taise me rend malade.

Un éclair illumine la pièce au moment où la porte s'ouvre. Un soupir de soulagement m'échappe alors que je me dresse afin de le rejoindre dans l'entrée.

— Putain ! Il est deux heures du matin ! Qu'est-ce que tu...

Je me tais lorsque le regard de Wolf croise le mien. Les yeux exorbités, les muscles tendus à l'extrême, je le fixe sans savoir quoi dire. Son arcade sourcilière est entaillée, sa lèvre est blessée et du sang macule ses vêtements ainsi que sa peau. Étonné et désormais inquiet, je me précipite vers lui pour englober son visage de mes mains tremblantes.

— Aïe ! Vas-y doucement, Foxy, c'est douloureux, geint-il en grimaçant.

Sa peau blafarde me fait froncer les sourcils, mon cœur s'emballe et semble ensuite s'arrêter. Si brusquement que ma poitrine me fait souffrir.

— Mais qu'est-ce que t'as foutu ? Regarde ta tête ! T'as du sang partout ! Tu es blessé ailleurs ? Laisse-moi voir !

Je détaille son visage puis fait un pas en arrière pour tâter ses bras, son torse et ses cuisses, à la recherche d'une douleur qu'il me dissimule probablement.

— Merde, laisse tomber, Fox. Je suis fatigué, c'est pas grave, je vais pas mourir.

Il me repousse afin d'évoluer dans le salon. Sans prendre la peine d'éclairer la pièce que j'ai laissé volontairement dans l'obscurité, il tombe sur le sofa en grognant.

— Non mais tu rigoles ! Le garage est censé fermer à vingt et une heure, t'as branlé quoi pendant tout ce temps ? braillé-je en le rejoignant.

— Ce que je fais de mon temps ne te regarde pas, petit frère.

— Comment ça ? Bien sûr que si ! Si tu rentres défiguré à la maison avec des heures de retard et sans me donner de nouvelles, alors oui, ça me regarde !

— Fox, merde, arrête de hurler. J'ai mal au crâne.

— Mais j'en ai rien à foutre ! Tu comptes te comporter comme un connard pendant combien de temps encore ? Ça fait des semaines que tu rentres complètement rincé, que tu ne prononces quasiment aucun mot et que tu sors à chaque fois que tu reçois un putain de coup de téléphone ! Qu'est-ce que tu me caches ?

— Rien qui semble intéressant. J'ai quelques clients un peu relous au garage, c'est tout.

— Arrête de me prendre pour un con ! C'est ton client qui t'a frappé ? Ça m'étonnerait que tu te laisses impressionner par des trous du cul !

— Putain, mais ferme-la ! Il n'y a rien à dire, je me suis pris la tête avec Kyle, on s'est échangé deux-trois coups de poings dans la gueule puis on a éclaté de rire et tout est revenu à la normal.

— Kyle ? J'y crois même pas une seconde ! Vous êtes comme cul et chemise !

— Ouais, bah ça arrive de se prendre la tête. Cherche pas à comprendre.

Il pose ses pieds sur la table basse en s'étirant puis passe une main lasse sur son visage tuméfié. La lumière de l'entrée m'offre suffisamment de clarté pour distinguer la fatigue qui tire ses traits.

— J'en ai marre que tu me prennes pour un débile profond ! Si tu t'es mis dans la merde, tu peux m'en parler !

— Je n'ai rien à te dire, Fox ! Ça ne te regarde pas, occupe-toi du connard que tu sautes en ce moment ou de ton taffe au journal et arrête de t'immiscer dans des histoires qui te concernes pas ! Maintenant, arrête de me casser les couilles et va te coucher.

Fou de rage, je lui hurle à la tronche d'aller se faire foutre. Sa façon d'agir me fait vriller, elle me blesse et m'emmerde. Je ne sais pas ce qu'il lui prend ces derniers temps mais je ne crois absolument pas à son explication bancale. Jamais Kyle ne lèverai la main sur lui. Je ne suis pas complètement naïf au point de gober un tel bobard.

D'un pas dur, je me dirige vers la cuisine, récupère une poche de glace dans le congélateur et lui jette dessus. Elle atterrit sur ses cuisses alors qu'il fixe le plafond d'un regard visiblement mort.

— Fous ça sur ta tronche cabossée et nettoie tes plaies, pauvre con !

Je m'éloigne en vociférant des propos inintelligibles tandis que Wolf soupire longuement.

— Foxy ! m'interpelle-t-il d'une voix faible. Ne t'inquiète pas pour moi, tout va bien.

Hyde Park, Boston, Massachusetts

Juillet 2 023

Le cœur battant, je repousse Adone de toutes mes forces. Je vacille, manque de tomber alors qu'il me maintient par le bras pour me rattraper.

— Fais attention, Volpe, tu vas te blesser.

— Tu peux répéter ce que tu viens de dire ? halluciné-je.

Je respire difficilement, ma poitrine me fait souffrir. J'ignore pourquoi ce souvenir a ressurgi si brusquement mais désormais, une douleur écœurante me brûle tout entier. Wolf m'avait demandé de ne pas m'inquiéter, pourtant, quelques mois plus tard il a été retrouvé mort mutilé. Mes craintes étaient légitimes mais il a tout fait pour les annihiler. C'est probablement pour ça que notre dispute de ce soir-là s'est terrée dans mon esprit jusqu'à ce que je l'oublie. Pourquoi est-elle revenue alors que j'embrassais mon John Doe pour la première fois et que mon plaisir était plus grand encore que lorsque je me fais baiser.

— De quoi tu parles ? s'enquiert-il en haussant un sourcil. Je n'ai pas parlé.

— Bien sûr que si ! Tu as dit que mon frère n'était pas mort pour rien !

— Ton frère ?

— C'est ce que tu as dit ! explosé-je en massant mes tempes.

Une migraine m'assaille, mon corps tremble au point que mes jambes peinent à me soutenir. Je fais quelques pas en arrière, comme perdu dans un désespoir qui m'étouffe. Ma vision se brouille, des sueurs froides longent ma colonne vertébrale alors que ma tête tourne atrocement. La pièce tangue autour de moi, je n'arrive plus à inspirer convenablement. Un pic brutal me transperce la poitrine tandis que je me sens chuter.

Bellezza, mais que me fais-tu faire ? soupire Adone.

Je sens ses bras m'enlacer, puis me soulever. Son souffle m'effleure mais je ne parviens plus à parler. J'aimerais riposter, le repousser, pourtant mes membres m'en empêchent. Je suis vide et à la fois trop plein de peines et de souffrances. Je ne suis pas fou, j'ai parfaitement entendu ce qu'il a dit. Je ne l'ai ni imaginé ni même mal compris. Il connaissait mon frère et semble savoir pourquoi il m'a été si sauvagement assassiné. Suis-je malade de le désirer, cet homme qui devrais tant m'effrayer ?

Il me guide jusqu'à la salle de bain après avoir ouvert toutes les portes afin de la trouver. Je suis là sans y être, comme emmuré dans mon esprit. Il me déshabille, ôte mes vêtements un à un sans paraître intéressé par ce qu'il voit. Dans d'autres circonstances, je l'aurais supplié de me pénétrer mais l'angoisse me tiraille. Qui est-il et comment peut-il lâcher une telle bombe pour finalement faire comme si rien n'avait été dit ?

— Reste docile, murmure Adone, je vais prendre soin de toi.

Il me pousse jusqu'à la cabine de douche, je suis trop épuisé pour m'en plaindre. La douleur est telle que je ne parviens plus à pleurer, pourtant j'aimerais fondre en larmes pour m'apaiser.

Le jet d'eau chaude ruisselle sur moi alors qu'Adone me savonne lentement. Je devrais être gêné, qui est-il pour se permettre de me dévêtir et me laver ? Pourtant, bien que ses propos m'ont enfermé dans une geôle glacée, sa présence me rassure.

— Qui es-tu ? articulé-je en un soupir.

— Tu le sauras bientôt.

Une fois séché, il me soulève une fois de plus, totalement nu, puis m'emporte dans ma chambre. Il m'étend sur le lit, alors que mon regard vide croise le sien. Doucement, sans se presser, il s'incline et dépose un baiser sur mon front, un second sur mes lèvres et mon cœur mort semble se réanimer.

— Tu es éreinté, Volpe. Repose-toi, je reviendrai demain.

Sans un mot de plus, il quitte la pièce, me laissant seul, perdu dans l'ombre et l'incompréhension.

Que vient-il de se passer ?

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