Ce forger à nouveau
Je commence à me muscler à nouveau et c’est Tymothee qui s’en charge. Il est devenu calme et fort. Il ne ressemble plus au garçon frêle de la cage. Je suis ses conseils. Je reprends des formes et la confiance revient. J’aimerais me battre à nouveau, redevenir la femme forte et puissante que j’étais ou que je pensais être. Je vois Galahad assister à mes entraînements. Son visage est détendu et serein. Un soir, alors qu’il est assis sur un banc d’entraînement, je lui demande s’il veut bien m’apprendre à nouveau à me battre. Il se mord la lèvre hésitant. Je le comprends, il a sûrement de me faire du mal. Mais cette fois, je n’ai plus de raison de partir. Je veux me construire, je veux devenir plus forte, plus intelligente et aider les autres à le devenir.
- Cette fois, j’écouterais. Je sais maintenant que tu ne me veux aucun mal.
Je lui souris en plongeant mes yeux dans les siens. Il me regarde comme surpris et se lève.
- S’il …
Il me coupe la parole et détourne mon regard.
- D’accord, mais arrête tes entraînements avec Tymothee, je ne veux pas que tu te fatigues trop.
Je hoche la tête et mon sourire s'élargit.
- Merci… merci beaucoup.
Il tourne sa tête vers moi en me regardant à nouveau, mais son visage est tendu. J’arrête de sourire et regarde mes doigts que je triture.
- Demain, 10h à la salle de combat, ça te va ?
Je hoche la tête et ses paroles résonnent en moi : “ Elena, parle-moi !”
- Oui, parfait !
Il sort et je pars manger.
La nuit est courte. Je suis tout excitée à l’idée d’apprendre à me battre à nouveau. J’arrive 5 min avant. Je suis tendue et mon cœur bat à 100 à l’heure.
- Tu es prête ?
Galahad est derrière moi et me tend un jeu de mitaine de combat. Je les prends et les enfile. Je souris, enfin, je vais être plus forte.
- Oui, je suis prête.
Son visage est dur, il est concentré. Il ouvre la porte et nous rentrons dans la salle. Il n’y a aucune arme sur les tables. Je souris légèrement. Galahad se place au centre de la pièce. Il a les pieds légèrement écartés, il ajuste ses mitaines et fait tourner ses épaules. Il n’est pas beaucoup plus grand que moi, mais à cet instant, il ressemble à un mur. Son visage fermé me montrant bien que ce n’est pas un jeu pour lui. Il est bien plus fort que n’importe qui ici et il le sait. Le Mouvement est un combat pour la survie et tous les moyens sont bons. Je commence à avoir une boule dans la gorge. Comment est-ce possible que je n’aie pas eu peur de lui, lors de notre précédent combat ?
- Approche Elena, on va fixer quelques règles.
Je m’avance devant lui, mais il semble que l’écart qui nous sépare est trop important pour lui. Il se rapproche et me domine de toute sa hauteur. Je suis obligée de lever la tête pour le regarder dans les yeux. J’ai l’impression qu’il va me manger tout cru. J’ai la bouche sèche et j’essaye d’avaler ma salive.
- Nous sommes là pour nous ENTRAÎNER, pas pour nous entre-tuer, d’accord ?
Il tourne autour de moi, comme si j’étais sa proie. Je hoche la tête et murmure un “oui”. Je sens son souffle sur mon épaule droite.
- Je n’ai pas entendu.
Je n’ai pas à avoir peur, il ne me fera aucun mal. Je me racle la gorge.
- Oui… oui.
Ma voix déraille au début, mais semble plus stable après.
- Lorsque je dis stop, on s’arrête, c’est compris ?
- Oui.
Il se plante devant moi et baisse sa tête pour capter mon regard.
- Et si tu ne te sens pas bien ou si tu as mal. Dis-le-moi. Je ne suis pas là pour te faire souffrir.
Sa voix est douce comme de la soie. Je regarde d’abord son œil droit, puis son œil gauche, je fais plusieurs aller-retour avant de poser mes yeux sur sa bouche.
- C’est compris.
Il se redresse. La séance commence. Il me montre différents mouvements, replace mes jambes et mes bras quand il le faut. À chaque fois que ses doigts touchent ma peau, une vague de chaleur me réchauffe. Après une heure, il se place en face de moi et me demande de répéter les mouvements sur lui. Je frappe avec le plat de ma main sur son oreille pour le désorienter, bien sûr, il le bloque avec son bras, j'essaye d’atteindre son entrejambe avec mon pied qu’il repousse. Je prends de l’élan pour que mon genou vienne cogner sa joue, mais je glisse et commence à tomber. Il rattrape ma tête avec sa main avant qu’elle choque le sol. Je suis étendue en dessous de lui, avec une de ses mains sous ma tête et l’autre retenant le poids de son corps pour ne pas qu’il m’écrase. Il positionne ses genoux de chaque côté de mes hanches pour maintenir sa position.
- Est-ce que ça va ?
Son visage est à quelques centimètres du mien. Je vois son regard inquiet et ma main se pose sur sa joue. Je le caresse avec mon pouce sous son œil gauche. Sa peau diffuse une douce chaleur sur ma main. Je suis avec mes doigts la ligne de sa mâchoire. Mon annulaire et mon auriculaire touchent son cou. Je sens son cœur battre de plus en plus fort et sa pomme d’Adam bouger. La chaleur qui traverse mes doigts m’enveloppe et m’apaise. Ma main descend jusqu’à son menton et je pose mon pouce sur ses lèvres. Elles sont légèrement humides et je sens son souffle qui rafraîchit ma peau. Ses yeux ne sont plus inquiets, maintenant il y a une étincelle dans son regard qui ressemble à celle de Louis, mais plus douce. Il souffre et retient son souffle.
- Elena…
Sa voix est un murmure, il tremble. Est-ce que je lui fais peur ?
- Je… je ne veux pas te faire de mal.
Il pose délicatement ma tête sur le sol et repousse ma main de son visage. Dès que mes doigts quittent son menton. Je sens comme une décharge qui me ramène à la réalité. Il m’aide à me relever et va chercher une serviette qu’il me donne. Il semble en colère. J’ai fait quelque chose de mal ; je n’aurais pas dû le toucher. Je regarde mes pieds.
- Galahad, je suis…
- On s’arrête pour aujourd’hui. Tu devrais te reposer et manger.
Il se dirige vers la porte. J’aimerais le retenir, mais pour quoi faire ? Pourquoi j’avais tellement besoin de le toucher ? Pourquoi ses lèvres me captivaient-elles autant ? La porte se referme. Je m’accroupis et pose ma tête sur ses genoux. Je ne comprends pas pourquoi j’ai fait ça. Il faut que je voie M.Amne.
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