Voix
Il paraît qu’il y a des contrées, là-bas, où les fleurs sont bleues,
Où le ciel balance entre l’éclat du rose et le blanc des nuages,
Dans ce pays d’azur, les forêts semblent en vie et poussent dans la roche,
Si du haut des larges sommets noirs un cailloux roule dans la plaine
Quand il atteint le sol de mousse verte, il se transforme en eau.
Les larmes des cieux se brisent dans l’herbe fraîche
Et surgissent alors en gerbes de vie des fleurs étincelantes.
C’est un monde de lumière, où la pénombre se cache,
Si tu cherches suffisamment longtemps, soulevant chaque pierre,
Relevant chaque feuille et fouillant entièrement l’humus humide et sombre,
Tu les verras, dans ces contrées là-bas, les pas du monde.
On dit que qui les voit devient aveugle.
Les arbres chantent et pleurent quand vient mourir le soir
Et les cimes, de roche et de bois, dansent dans l’aube naissante.
Le soleil coule et chuchote à la nuit de revenir bientôt,
Les fleuves sont profonds, et les poissons se noient en récitant des vers.
C’est un monde de silence, et si tu écoutes bien, suffisamment longtemps,
Tu entendras, derrière le silence, le chant du monde.
C’est comme un murmure qui briserait le roc, c’est un cri qui caresse.
On dit que qui l’entend en devient sourd.
Celui qui ne voit plus, celui qui n’entend plus, alors s’assoit
Et parle avec sa véritable voix, celle qu’il ressent en lui,
Sans voir, du monde, ses reflets et sans en entendre le fracas.
On dit qu’il parle de paix.
J’aimerais te parler de paix.
Mais je vois, et j’entends, et je ne sais parler.
Je ne sais si c’est vrai.
Mais si tu veux, va, je t’y emmènerai. Et même si c’est faux, laisse-moi t’y conduire.
J’aimerais tant que tu me parles de paix.
Annotations
Versions