Physique et métaphysique
Plus j’essaye de comprendre l’Univers, plus je suis émerveillé.
Certes Aristote a raison d’affirmer que cet émerveillement n’est qu’un point de départ pour la philosophie, mais il ajoute que la philosophie renforce et renouvelle cet émerveillement, et je l’approuve totalement.
Bien sûr, il conviendra de dépasser, de problématiser, de critiquer cet émerveillement, mais sans lui, on risque de vite s’essouffler et se décourager, en suivant ce long et rude chemin au sein de la pensée.
Bonne nouvelle, en explorant l’Univers je n’ai pas trouvé une mais quatre raisons de m’émerveiller !
Le premier chemin est celui de l’Infini.
Citons Einstein : « Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. »
Nous avons évoqué la bêtise, revenons à l’Univers.
Près d’un siècle après cette citation, la question du caractère fini ou infini de l’Univers n’est pas réglée (celle de la bêtise si!), mais nous supposerons que l’Univers est infini.
Si l’Univers est infini alors nous saisissons la grande merveille : l’Infini dépasse l’imagination et bouleverse l’entendement. Comme nous l’avons vu, une conséquence logique d’un Univers infini est l’existence de milliards de moi et la quasi-certitude de l’immortalité !
Mais cette première merveille en cache une deuxième : il existe sans doute un infini d’Univers infinis.
Le modèle standard suppose une inflation inimaginable durant une période extrêmement brève, au tout début du big bang : une inflation d’un facteur de 10 puissance 26, entre 10 puissance moins 26 et 10 puissance moins 33 secondes après le Big Bang.
Il est possible de penser que cette inflation est infinie : la majeure partie du volume de l'Univers serait en inflation continuellement et à tout moment. Notre Univers (fini ou infini) serait un univers parmi un nombre infini de multivers.
Face à cela, le concept d’émerveillement serait bien faible.
Ajoutons un troisième chemin bien plus inquiétant : notre univers ne serait pas réel, nous ne serions que des programmes informatiques.
Cette hypothèse terrifiante me semble de plus en plus crédible.
Citons Nina Schick, conseillère et conférencière en IA en 2023 : « Je pense que nous pourrions atteindre 90 % du contenu en ligne généré par l'IA d'ici 2025, donc cette technologie est exponentielle »
Nous ne serons très rapidement qu’une infinitésimale goutte d’eau au sein d’un océan de données générées par IA . Et si nous n’étions déjà qu’une IA parmi tant d’autres ? Le doute est permis !
La quatrième source d’émerveillement occupe actuellement mon esprit.
Nous savons que l’Univers est essentiellement vide.
Mais je commence seulement à comprendre ce que signifie ce terme vide.
Comme tout le monde, je l’identifiais au néant : grossière erreur !
Le vide est Énergie !
Et c’est le Tao qui comprend le mieux ce vide.
Nous joignons des rayons pour en faire une roue
mais c’est le vide du moyeu qui permet au chariot d’avancer.
Nous modelons de l’argile pour en faire un vase,
mais c’est le vide au-dedans qui retient ce que nous y versons.
Nous clouons du bois pour en faire une maison,
mais c’est l’espace intérieur qui la rend habitable.
Nous travaillons avec l’être,
mais c’est du non-être dont nous avons l’usage
Mais ici nous dépassons l’émerveillement, pour passer à l’étape suivante : la méditation métaphysique !
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