4 ans plus tard (Partie 1 Fin)
Le soir de la discussion entre Chris et Mickael, Chris prit la direction de son ancienne maison, pourtant interdite d'accès par les forces de l'ordre. Il s’approcha discrètement, il était tard et tous les policiers avaient quitté les lieux. Il ouvrit la porte grâce à la clé qu'il avait réussi à garder, elle se trouvait dans le jean qu'il portait le jour du drame.
Une fois à l’intérieur, il pénétra dans la chambre de sa sœur, peinant à retenir ses larmes. Le parfum de Jelena était encore bien présent. Une douce odeur de vanille fort agréable lui ravivait pléthore de souvenirs. Il avança vers le lit et tâtonna le parquet tout doucement. Soudain, il sentit un meuble un peu plus haut que les autres et tira dessus pour l’ouvrir.
Dans le fond, était caché ce qui ressemblait à un journal, celui de sa sœur, qu’elle avait commencé à tenir alors qu’ils n’étaient que des enfants. Chris en avait connaissance et savait où elle le dissimulait.
Une fois rentré chez ses voisins, il alla se laver, mangea, se brossa les dents, puis s’allongea sur son lit pour lire.
« Aujourd'hui, nous sommes partis à la piscine tous ensemble ! John ne savait pas nager, c'était trop drôle, il n’arrêtait pas de pleurer, car il ne pouvait pas nous suivre ! »
« Ce matin, je me suis fait mal en courant, je n'arrêtais pas de pleurer, mais Chris a appelé maman pour me soigner ! »
Dans son journal, Jelena notait toutes ses journées, tous les moments qu’ils passaient tous ensemble étaient couchés sur le papier, ses phrases transpiraient le bonheur. Malheureusement, celui-ci fut de courte durée.
« Aujourd'hui, papa a encore frappé Chris. Il dit qu'il n’arrête pas de faire des bêtises, mais c'est faux, papa est trop méchant ! »
« J'ai cassé une assiette aujourd'hui, j'avais peur que papa me frappe, mais Chris a dit que c'était lui, alors papa l'a frappé et mis au placard. Je n'ai rien dit. Pardon, Chris, pardon. »
« Papa m'a encore touchée aujourd'hui. Il me demande de me mettre nue et de m'asseoir sur lui… ça me gêne, mais au moins, maintenant, il est gentil avec moi. »
Plus loin, il tomba sur une page qui avait l'air d'avoir été mouillée, sûrement par des larmes.
« J'en ai marre, je me sens si sale, ce gros porc a osé me salir. J'ai… si mal, je n'arrête pas de saigner, je me lave, mais je suis toujours aussi sale. »
« J'ai demandé à maman qui est mon vrai père. Je pense que je n'aurais jamais dû, pauvre maman, tu as tellement souffert. »
Sur chaque feuille quasiment, Jelena parlait des harcèlements et agressions sexuels commis par son père. L’un des passages retint particulièrement l'attention du jeune garçon.
« Aujourd'hui, il a encore abusé de moi. J'ai voulu lui tenir tête, mais ce porc criait que je devais faire ce qu'il me disait, car j'étais sa fille. Je suis née d'un viol, c’est dur, mais j'étais si heureuse de pouvoir me dire qu'il n'était pas mon vrai père... J'étais si heureuse, mais... ce gros porc m'a dit que c'était lui qui avait violé maman. »
Chris fut choqué en faisant cette découverte. Jelena ne pouvait pas connaître la vérité sur l'identité de son père, ne pouvait pas être sa demi-sœur.
« Je suis terrifiée, je n'en peux plus, je ne suis qu'une enfant sale jusque dans mes gènes, mais je ne peux pas le dire à maman, je ne peux pas lui dévoiler ça... Je suis désolée, maman, je suis désolée, Chris. »
Chris lut le journal entièrement, dévoré par la tristesse. Le lendemain, on l’emmena dans un centre d'accueil tandis que sa mère fut internée dans un hôpital psychiatrique. Après tant d’années de souffrances et ce terrible drame, elle était devenue complètement passive et était certains soirs sujette à des crises de folie des plus sévères.
Le jeudi et le vendredi suivants, Chris passa son examen du brevet dans son établissement, mais dans une salle à part. Il ne croisa aucun autre élève pendant ces deux jours-là. Sur son testament, le père de Chris avait mis son fils comme héritier, comme les lois de sa famille l'y obligeaient. Durant les grandes vacances, il réalisa quelques démarches pour faire valoir ses droits, se disant que cet héritage lui permettrait de payer l'hôpital de sa mère et l'école où son professeur de technologie l'avait recommandé.
Les mois passèrent. Chris rendit visite à sa mère à de nombreuses reprises. Leur relation allait en s’améliorant. Si Lumna était toujours dans un état de grande passivité, elle aimait quand son fils venait, c'était son moment préféré. Un jour, il reçut une lettre à l’internat.
« Cher Chris,
Toutes ces années, j'ai voué une haine incommensurable envers celui avec qui j’ai dû partager ma vie. Il abusait de moi, me frappait, me faisait souffrir par tous les moyens. Malgré tous les bons moments passés avec toi et ta sœur, ma faiblesse et ma peur ont pris le dessus. Ne pouvant faire subir à cet homme ce qu'il me faisait, je déversais ma haine sur celui qui se rapprochait le plus de lui.
Dès que je le pouvais, je te faisais vivre d'affreuses choses, tout ça parce que tu étais son portrait craché. Je te vouais une haine immense, sans excuse valable. Malgré tout, ce soir-là, tu as dit que je serais toujours ta mère à tes yeux, quels que soient mes actes… Chris, ce que tu as dit m'a tellement rendue heureuse, mais en même temps, la culpabilité me ronge. Aujourd'hui, tu es toujours là pour moi, les moments passés avec toi me rendent tellement heureuse, je suis si contente d’être ta mère. Malheureusement, je n'ai pas pu être une bonne maman et encore aujourd'hui, tout ça me hante. Cette soirée tourne en boucle dans ma tête, je n'arrive même plus à dormir, tellement je suis remplie de remords. Il faut que je mette un terme à tout ça et que je me fasse pardonner.
Dis-moi, Chris, pourras-tu un jour m'accorder le droit de t'appeler mon fils ? »
Le jour même, Lumna mit fin à ses jours dans sa chambre. Mickael et Chris n’avaient pas repris contact, car ce dernier était parti très loin de la ville où il avait grandi et n'avait pas de téléphone ni même de réseau social. Mickael avait lui aussi déménagé et poursuivait des études en littérature.
Quatre ans plus tard, alors qu’ils pensaient que toutes ces histoires étaient loin derrière eux, qu’ils se disaient que tout était fini, tout ne faisait en réalité que commencer…
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