Requiem Des Chrysanthèmes
Le ciel est obscur, j'ai perdu ma flamme. Peut-être que je ne l'ai jamais trouvée, mon cœur s'est brisé il y a des années. J'ai tenté de résister, de pardonner, mais les plaies ne guérissent jamais. L'âme affolée, j'ai essayé de la dompter, de l'apaiser avec un tendre baiser, pourtant, la peine est bien trop grande et le pansement si étroit sur mon esprit harassé.
Les lendemains ne sont que de tristes souvenirs, enterrés dans un jardin de roses fanées. J'ai voulu m'envoler, mes ailes se sont fêlées. Je n'ai pas su décoller alors j'ai chuté bien après. J'ai souri, puis j'ai hurlé, mais les secrets restent muets même lorsque les lèvres se descellent pour crier d'atroces vérités. Dans un monde silencieux, je grave mes desseins au fusain. Je n'ai pas l'art de mon père, ce ne sont pas de beaux tableaux que je peins. Je trace les mots de mes maux, les hurlements de mes espoirs assassinés, de ma vie colorée – si tragiquement effacée. J'ai lutté, sûrement à mes dépens, j'ai bien trop résisté.
Envahie par les regrets, je me terre dans un sol poussiéreux, parfois boueux, là où les fleurs se ternissent avant même d'éclore sous un rayon de soleil chaleureux. Brûlées sont mes envies passionnées, j'ai soufflé le chaud puis le froid sur un sentier dénué d'harmonie, de symphonie. Le chant des oiseaux s'élance, si doux, si enchanté, comme les réminiscences d'une enfant oubliée.
Je quitterai ce monde telle une reine ensanglantée qui ne désire qu'un unique instant de paix. Les casseroles que je traîne font un vacarme qui me prive de liberté. J'ai déployé mes ailes sans jamais parvenir à m'envoler. Encore une fois, les voix brisent le calme de mon esprit, j'ai pourtant cessé de les écouter. Elles persistent et m'entraînent, entêtantes compagnies qui comblent mes longues insomnies.
Sous un ciel éteint, mes idées voyagent d'étoile en étoile fatiguée. Elles dansent sur la mélodie de mes remords et souvenirs maculés de douleurs insensées. Mes récits perdent la saveur d'un dérivatif désiré. Les lettres se suivent en de jolies arabesques sur une feuille chiffonnée, comme mon cœur froissé par la cruauté. J'ai les sentiments en ébullition, j'ai aimé trop fort, probablement trop longtemps. Mais les images, indélébiles, s'étalent sous mes pieds à mesure que j'évolue dans un univers qui périt au rythme de mes folies.
Ainsi s'achève la mélopée d'une âme que le temps a condamnée ; requiem des chrysanthèmes.
Dans les noires ténèbres, je naviguerai parmi les Écorchés, ces esprits saturés, maudits, que j'ai revendiqués.
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