La vengeance est un plat qui se mange froid
Vêtue d’une robe fourreau rouille choisie avec soin, Éva ouvre la porte. À la vue de son ancien camarade de classe, elle ricane tout bas ; ce crétin a mordu à l’hameçon. Il n’a pas fait le lien entre la svelte quadragénaire au visage impeccable et la grassouillette lycéenne défigurée par un bec-de-lièvre. À sa décharge, il faut reconnaître que les régimes draconiens, les séances de sport, sans oublier la chirurgie réparatrice, ont accompli des merveilles. Durant des années, Éva n’a pas ménagé ses efforts. Elle a sué, pleuré, failli abandonner. Toutefois, portée par sa soif de vengeance, elle a persévéré. Aujourd’hui, elle se réjouit du résultat obtenu.
Sourire ensorceleur aux lèvres, la jeune femme prie son invité d’entrer. Puis, d’une démarche chaloupée, le précède dans le couloir. Le regard subjugué, Jeff se laisse guider. Il s’estime chanceux d’avoir suscité l’intérêt de cette sublime créature sur le site de rencontres et imagine déjà le déroulement de la soirée.
Éva, elle, savoure par avance le châtiment qu’elle se dispose à infliger à son bourreau d’autrefois. Dans la maison isolée, personne ne l’entendra hurler. À coup sûr, il demandera grâce. Bien entendu, Éva refusera de l’épargner. Elle attendra le moment propice pour asséner le coup fatal. Ensuite, elle entrera en contact avec les autres membres de la bande dont, lycéenne, elle a été le souffre-douleur et, un par un, leur réservera le même sort. Désormais, Éva n’est plus une victime.
©Jocelyne B.
19 septembre 2021
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