Chapitre 2 : 1/2.

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Cela faisait une bonne dizaine de minutes qu’Emily marchait hâtivement dans les rues de la ville, grelottante de froid et inquiète. Dans son départ précipité de la maison, elle avait oublié de porter son manteau et se retrouvait à se geler le cul en cette nuit glaciale. Pressant le pas sur un trottoir humide, elle snobait les sifflements émis par les quelques clochards qui squattaient la rue, trop soucieuse de perdre son travail.

Pestant intérieurement, elle s’en voulut de s’être assoupie après son retour de l’université. Ce petit moment de repos qu’elle s’était permis risquait de la faire renvoyer. Pourtant, elle n’avait jamais été en retard depuis qu’elle avait eu ce job. Doux seigneur, que pourra-t-elle bien faire si Adam la mettait à la porte ? Trouver un boulot à temps partiel et mieux rémunéré ne courait pas les rues. À son âge, il était hors de question qu’elle dépende de ses parents, qui eux-mêmes avaient du mal à joindre les deux bouts. Un soupir lui échappa et elle accéléra la cadence.

Après avoir parcouru des rues et des ruelles à pas de courses, elle s’arrêta devant un établissement ouvert et dont la façade en briques rouges laissait voir l’intérieur grâce à deux énormes baies vitrées. Inspirant profondément, elle entra à l’intérieur et fut aussitôt prise d’un agréable frisson qui lui traversa le corps. Contrairement à l’extérieur, l’intérieur dégageait une douce chaleur mêlée à l’odeur enivrante de l’alcool. Se remettant de cette agréable sensation, elle se dirigea vers le comptoir tout en balayant la salle du regard à la recherche d’un quelconque Adam, mais ne trouva que quelques habitués du lieu qu’elle salua poliment.

_ Salut ! Brad, salua-t-elle le barman en s’accoudant au comptoir.

Donnant dos à la jeune femme, le concerné, un jeune homme brun à la musculature impressionnante et aux cheveux parfaitement soignés, ne daigna pas répondre et continua de ranger les bouteilles vides.

N’ayant pas eu de réponse, elle reprit après un profond soupir :

_ Tu as tous les droits de te mettre en colère. Je devais être là depuis une heure déjà pour assurer le service, mais je me suis endormi après les cours. Je suis vraiment désolé. Ça n’arrivera plus, promis, s’excusa-t-elle en imitant un air de chien battu, espérant arracher un sourire au jeune homme.

Le brun qui l’avait suivi du regard pouffa de rire en remuant légèrement la tête. Cette jeune femme savait toujours comment s’y prendre pour le faire sourire, et ça même lorsqu’il n’était pas d’humeur. Il se retourna et lui fit face d’un air sérieux, ce qui effraya Emily. Adam était-il déjà passé ? Se demanda-t-elle inquiète.

_ Écoute, je ne suis pas fâché à cause de ton retard, OK ! Mais tu imagines une minute, si Adam était passé faire les comptes et qu’il ne te voyait pas à ton poste, que crois-tu qu’il fera. Cet homme n’est intéressé que par son argent et tu risques de perdre ce job si tu ne fais pas attention. Tu m’as dit que tes parents étaient en difficulté et si tu veux les aider, alors tâche de toujours être à l’heure, renchérit-il.

Exaspérée par les remarques du brun, elle roula des yeux. Si ce vieux grincheux ne pouvait comprendre à quel point elle faisait l’effort pour arriver à l’heure malgré ses journées épuisantes de cours universitaires, alors qu’il aille au diable.

_ Je sais et crois-moi, cela n’arrivera plus, répondit-elle.

_ Allez, aide-moi à ranger un peu, dit le brun.

Elle se leva et débarrassa les tables non occupées des bouteilles et des verres vides. Peu de temps après, le brun lui fit une bise sur la joue, récupéra ses affaires et s’en alla, la laissant à la charge du bar.

Il ne fallut pas plus de vingt minutes pour que le bar se retrouve plein d’alcooliques éméchés, recouvrant de leurs bavardages incessants la douce musique qui jouait.


Debout derrière le comptoir, elle n’avait plus une seule seconde de répit, et ça, depuis l’arrivée d’une équipe de foot de la région. Ces derniers, ayant remporté un match, avaient décidé de s’amuser un peu avant de rentrer. Et comme tout jeune, ils buvaient sans arrêt et la brune se retrouva très vite épuisée par le service.

Apportant des boissons pour la énième fois au groupe de jeunes installés au fond du bar, elle sentit une main s’enrouler autour de sa hanche et sursauta, manquant de renverser les contenus des verres. Arrêté entre deux tables, un jeune blond à l’odeur désagréable, ivre et moche s’était emparé d’elle et essaya de l’embrasser sous le regard amusé de ses amis.

Surprise et choquée par un tel comportement, elle se débâtit de toutes ses forces en ordonnant au blondinet de la relâcher, laissant involontairement tomber le plateau qu’elle tenait. Depuis qu’elle travaillait au bar, jamais un homme n’avait osé la toucher et voilà qu’elle se faisait agresser par un individu des plus malodorants. Ne faisant pas le poids, elle voulut crier afin d’appeler de l’aide, mais malheureusement pour elle, il n’y avait personne d’autre, excepté la bande d’amis du blondinet.

_ Aller, ma belle, laisse-toi faire, dit-il en collant la brune à son torse dégoulinant de sueur.

Ne voyant personne lui venir en aide, elle lui donna une gifle qui retentit tellement fort, qu’elle-même en fut étonnée. Ébahis par le geste de la jeune femme, tous restèrent figés, laissant entendre la musique jusque-là inaudible.

Le jeune homme, qui avait à présent la joue rouge comme une tomate, contracta la mâchoire et émit un grognement qui fit battre le cœur d'Emily. Doux seigneur, qu’avait-elle fait ? Se demanda-t-elle, effrayée.

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