018 - à en perdre haleine
Debout face à la baie vitrée de notre maison blanche, je regarde l’océan, étrangement calme en réfléchissant à nos perspectives. Oublier la Bible est une chose, fuir la civilisation en est une autre. Sans ce refuge ici aux Suburbs, ce serait impossible. Ici, même les monolithes ne fonctionnent pas, on est vraiment coupées des activités de l’Humanité. Pauline passe nous voir et je lui expose une idée :
- Tu devrais plus ouvrir l’accès des Suburbs, ça ferait du bien à pas mal de personnes de venir décrocher un peu ici de leur propre histoire aliénante de l’ère 4.
- En fait, j’autorise seulement celles qui sont assez fortes pour en repartir. C’est pour ça qu’il y a si peu de monde. Je ne veux pas que les Suburbs deviennent une prison ou une nouvelle société de l’ère 5. Les Suburbs existent pour le bien de notre civilisation.
J’ai vécu avec Pauline, j’ai même travaillé à l’Ambassade mais il y a beaucoup de choses que je n’avais pas comprise. J’en suis gênée. Elle le voit, elle me ressent, surtout quand elle pose sa main sur la mienne.
- Je m’en doutais. C’était trop beau pour être vrai. Il faut que je retourne me faire une place dans le scénario de la fin de l’ère 4, c’est ça ?
- Une fin éternelle qui ne peut pas non plus se passer de Marie. Elle est GC34, entre autres, elle est un atout précieux pour nous toutes.
- Du moment qu’elle ne porte pas une autre élue, ça me va.
Pauline retire sa main. C’est mauvais signe. Mais nous sommes toutes des élues, un jour ou l’autre, dans l’éternité. Il y a un autre endroit similaire aux Suburbs où l’on peut se retirer aussi, de façon plus permanente. Le Village. Caché dans les montagnes. Au milieu de la forêt. Loin des influences des ères successives. Pauline repart et Marie vient me câliner :
- Peu importe Jenna, tant qu’on est ensemble.
- D’accord. Et tu es prioritaire. GC34 et enceinte. Moi je ne suis rien. Donc disponible. Prête à te suivre. À partager ta vie. Où que ce soit. Ma mission c’est d’être à tes côtés et te rendre heureuse.
Tout est clair. On n’a plus peur. De rien. Tout va bien. On s’aime. Et je me tient prête. Quoi qu’il arrive. Marie se détend. Moi aussi. Aimons-nous tant qu’il en est encore tant, comme si c’était la dernière fois. Toute la soirée, toute la nuit, l’une dans l’autre nous ne faisons qu’une, de vague de plaisirs à en perdre conscience, je goûte à toutes ses extrémités, j’embrasse même ses yeux, je lèche ses cheveux, on se connecte par tous les trous pour se secouer en sueurs à en perdre haleine.
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