Bonus. S'adapter - Partie 2.5
Mezhelan suivait docilement la prostituée rousse à travers le bordel, sa main dans la sienne. Ses pas étaient lents et hésitants, tranchant avec la démarche assurée et presque féline de la jeune femme. Elle portait une robe au corps vert foncé, qui était fendue jusqu'en haut de la cuisse, révélant une peau pâle et impeccable. Une cascade de boucles rousses descendait le long de son dos, oscillant à chaque mouvement comme un métronome hypnotique.
Son regard ne s'attardait toutefois pas uniquement sur elle. Il parcourait les lieux avec une curiosité teintée d'embarras. Pratiquement à chaque table, des hommes riaient ou murmuraient des paroles doucereuses à l'oreille de filles en tenues légères. Dans un coin plus sombre, un client s'était affalé sur un canapé, une courtisane sur ses genoux, jouant distraitement avec les boutons de sa chemise. Une autre, plus loin, chantonnait doucement en caressant les cheveux d'un vieillard visiblement grisé par l'alcool. L'établissement était étonnamment grand comparé à ce qu'il aurait pu laisser paraître de l'extérieur. La scène entière lui paraissait surréaliste et il avait encore du mal à croire qu'il se trouvait toujours à Dafan.
'Qu'est-ce que je fais ici ?' se demanda Mezhelan pour la énième fois. Il était l'une des personnes les plus proches au service du roi, et pourtant, il était dans un bordel, chose officiellement interdite. Depuis qu'il avait été laissé seul avec elle, il sentait une boule d'inconfort se former dans son estomac. Ce lieu, ces rires, ces contacts, tout lui semblait étranger, mais il avançait quand même, entraîné par la main chaude de la rousse.
Arrivés devant une porte ornée d'une plaque en cuivre, la jeune femme se tourna brièvement vers lui avec un sourire : "C'est ici." annonça-t-elle en l'ouvrant.
Mezhelan entra à sa suite, le battant se refermant derrière eux dans un claquement feutré.
La chambre, bien que spacieuse, restait modeste et propre. Sur plusieurs meubles, des chandelles se consumaient lentement, projetant une lumière vacillante qui accentuait l'intimité de la pièce. Un lit large et bas occupait le centre, soigneusement bordé d'une couverture d'un rouge délavé. Sur sa droite, une coiffeuse au miroir terni, et de l'autre côté, une armoire faisant face à l'entrée. Un tapis rouge usé couvrait une partie du plancher, complétant l'atmosphère close du lieu.
Mezhelan resta planté devant la porte, figé. Ses yeux accrochaient chaque détail : la cire fondue sur une petite table près de l'entrée, les motifs délicatement peints sur les portes de l'armoire.
La prostituée rousse se tenait à quelques pas devant lui, un sourire rassurant sur les lèvres. Elle posa doucement une main sur sa hanche et, avec une lenteur calculée, fit glisser la robe de ses bras. Le tissu vert descendit progressivement, découvrant d'abord ses épaules, puis sa poitrine, jusqu'à glisser complètement le long de son corps pour finir en un tas fluide à ses pieds.
Mezhelan sentit ses yeux s'attarder malgré lui sur sa silhouette. Son esprit, pourtant discipliné, ne parvenait pas à se détourner immédiatement de cette vision. Ses courbes, voluptueuses sans excès, semblaient harmonieusement tracées, et chaque mouvement exprimait une sensualité naturelle, sans le moindre artifice. Il fut irrésistiblement attiré par sa poitrine, qui se soulevait lentement à chaque inspiration, ses contours mis en valeur par la lumière des chandelles. Ses longues jambes, finement galbées, se terminaient par des pieds nus qui effleuraient délicatement le tapis. Elle incarnait une féminité brute, et il ne pouvait nier l'attirance physique qu'elle éveillait en lui. C'était une évidence, une vérité presque brutale qui le confrontait à sa propre humanité.
Le mage détourna finalement les yeux avec une hâte maladroite, comme s'il venait de commettre une faute. Il fixait désormais un point invisible sur le mur, mais il pouvait sentir l'insistance du regard posé sur lui. Il peinait à formuler une pensée cohérente, comme si son esprit était englué dans une confusion qui dépassait la simple gêne. Il n'avait pourtant jamais été intimidé face à Alina, même toujours plutôt enthousiaste en réalité : 'Est-ce vraiment possible… de simplement profiter de ses bras, sans que cela ne devienne quelque chose de plus ?' pensa-t-il, sa gorge se serrant à cette idée. Il se sentait ridicule, comme un enfant perdu dans un monde inconnu.
"Détendez-vous." murmura-t-elle, sa voix douce brisant le silence : "Je ne vais pas vous mordre… sauf si vous le demandez, bien sûr." Elle accompagna sa plaisanterie d'un clin d'œil.
Mezhelan esquissa un sourire nerveux, évitant de croiser son regard. Il resta étonnamment immobile pour quelqu'un d'alcoolisé, et ses mains croisées devant lui le rendaient beaucoup plus innocent qu'il ne l'était. Parce que bon sang, comme elle était séduisante : il avait envie de la scruter sous tous les angles, de découvrir la sensation de ses seins délicats dans ses mains et de poser les lèvres sur chaque recoin de sa peau aux allures si douces.
"Vous voulez boire quelque chose ? Ou parler, peut-être ?" reprit-elle en s'asseyant sur le bord du lit, tapotant la place à côté d'elle dans un geste d'invitation : "Je suis là pour répondre à tous vos besoins."
Pendant un bref instant, il se sentit un peu moins hors de sa place. Mezhelan s'avança enfin pour s'asseoir à côté d'elle, puis prit une profonde inspiration, sa nudité le faisant hésiter à trop bouger : "Je… Je ne suis pas sûr de ce que je fais ici." finit-il par avouer, sa voix à peine audible.
La jeune femme ne sembla pas surprise par la réponse. Doucement, elle se redressa pour monter sur ses genoux, scrutant le moindre de ses gestes, la moindre de ses réactions.
Mezhelan ne parvint plus à ignorer la magnifique poitrine dénudée juste sous ses yeux : 'Tu devrais faire quelque chose, n'importe quoi. Elle s'attend à être payée pour plus qu'un silence gênant… C'est ce que tout le monde fait ici, après tout. Ce serait normal… attendu.' lui murmura une petite voix dans sa tête. Il approcha alors la main vers l'un de ses captivants tétons roses, voulant en découvrir la sensation sous ses doigts, mais se figea au milieu de son geste : "Je… peux ?" interrogea-t-il bêtement.
La fille arqua les sourcils avec une légère surprise, puis affirma : "Évidemment. Votre ami a payé pour une heure. Vous pouvez faire ce que vous voulez."
Cette réponse n'incita pas le jeune homme, au contraire, cela lui rappela juste la situation de cette fille, ainsi que la sienne. Il abaissa la main pour la reposer sur les draps. Il était là simplement parce qu'il avait bu, parce qu'il avait suivi Soren, parce qu'il cherchait à oublier… À quoi jouait-il ? Cela ne lui ressemblait pas.
La femme recouvra sa main de la sienne, avant de la soulever du lit pour la poser silencieusement sur sa poitrine. Elle essayait vraisemblablement de l'encourager et de faire tomber sa timidité, ne se doutant pas que le problème n'était pas là.
Rendu béat par l'assouvissement de sa curiosité, il raffermit légèrement sa prise. Sa peau était chaude et aussi agréable au toucher que ce qu'il avait imaginé. Son sein était doux, moelleux et… terriblement stimulant. Il en frôla le téton du pouce, qui y réagit en se mettant doucement à pointer. Sa deuxième main monta en exploration, elle aussi. Et désormais curieux d'en sentir le goût sous sa langue, il se pencha pour lécher son mamelon. Sans surprise, l'excitation le gagna encore davantage tandis que son sexe se dressait furieusement dans son pantalon. La sensation qu'il ressentait était très différente de quand il le faisait seul, et beaucoup plus satisfaisante, alors qu'il n'avait pourtant même pas joui. Il se remémora à quel point c'était bon de faire l'amour à une femme, à quel point cela était agréable.
Lorsqu'il entendit un gémissement de la part de la fille, il fut honteusement rappelé à lui. Il leva les mains et écarta la tête tout à coup : "Bon sang ! Ça ne va pas…"
Surprise par ce revirement de situation, la fille interrogea de perplexité : "Pardon. J'ai fait quelque chose de mal ?"
"Non, tu es magnifique et c'est le problème. Ne comprends-tu pas que tu es comme… un succulent gâteau aux fraises ? Et c'est mon dessert préféré…" tenta-t-il d'expliquer maladroitement.
Les yeux de la rousse s'arrondirent, puis elle gloussa d'amusement malgré elle : "Pourquoi ne pas le goûter s'il vous met en appétit ? C'est une habitude de vous priver de votre dessert préféré ?"
"S'il te plaît, peux-tu te rhabiller ?" insista Mezhelan, essayant de garder la tête froide.
Visiblement perturbée, la fille s'exécuta malgré tout. Elle descendit de ses genoux puis ramassa sa robe pour la repasser. Dans un moment de malaise, elle se tourna ensuite vers lui sans un mot.
Mezhelan l'observa, remarquant qu'elle semblait avoir perdu toute son intrépide assurance. Il s'en voulut même un peu et tenta de clarifier : "C'est juste… que je ne veux pas de relation charnelle. Et ce n'est pas l'envie qui manque alors, je t'en prie, ne me tente pas. Je… euh… il y a une fille…" Il aurait pu lui parler du serment pour lui faire comprendre sa position, mais il n'y avait que les hommes de foi et les mages de cour qui en prononçaient. Et il ne voulait ni être découvert ni être catégorisé. Aussi professionnelle qu'elle l'était dans son domaine, elle s'était trompée sur son cas, paraissant avoir interprété sa réserve comme une absence d'expérience. Il posa les mains sur ses genoux, le regard croisant brièvement celui de la rousse.
Debout devant lui, la fille s'était figée, surprise par la révélation, puis son visage s'adoucit légèrement. Elle glissa les doigts sur sa robe, ajustant machinalement le tissu comme pour retrouver une contenance, puis vint se rasseoir à côté de lui : "Je comprends mieux." murmura-t-elle. Sa voix, bien que douce, portait une nuance de perplexité : "Je suis désolée si je vous ai mis mal à l'aise… Vous n'êtes pas ici pour… enfin, pour ça."
Mezhelan fronça légèrement les sourcils, mais ne répondit pas.
Elle sourit légèrement, rassurante : "Vous savez, ça arrive plus souvent qu'on ne le pense. Tous les hommes qui viennent ici ne cherchent pas forcément ce que l'on croit. Certains veulent juste parler… ou même seulement se sentir un peu moins seuls."
Il releva lentement le menton vers elle, déconcerté par son ton sincère. Il s'attendait à de la froideur, de l'agacement, voire même un soupçon de moquerie. Mais il ne trouva rien de tout cela dans son regard. À la place, il y avait une curiosité calme, presque maternelle, et cela fit naître en lui un mélange de soulagement et de gêne : "Je suis désolé." murmura-t-il.
La jeune femme inclina la tête, ses boucles rousses tombant élégamment sur son épaule. Elle posa une main légère sur la sienne : "Pourquoi l'être ? Vous n'avez rien fait de mal. Je peux simplement rester ici, si vous voulez. Parfois, ça suffit."
Mezhelan acquiesça après un long silence étonnamment confortable. Il se laissa glisser en arrière, s'allongeant à moitié sur le lit. À sa propre surprise, il posa sa tête sur les genoux de la rousse, cherchant instinctivement ce réconfort simple et innocent qu'il n'avait pas osé demander.
Elle ne fit aucun commentaire, se contentant de descendre une main sur ses cheveux. Elle commença à les caresser lentement, du bout des doigts, traçant des cercles légers sur son crâne : "Je ne veux pas vous mettre mal à l'aise." souffla-t-elle après un moment, comme si elle craignait de rompre l'atmosphère.
"Non… c'est bien." répondit Mezhelan, fermant les yeux pour apprécier ses caresses. Les gestes étaient délicats, apaisants, et chaque mouvement semblait effacer un peu la douleur qui accablait son cœur.
"Vous savez…" commença-t-elle calmement tout en continuant de passer les doigts dans ses cheveux : "…je vois souvent des hommes comme vous. Pas pour le sexe, mais parce qu'ils ont besoin de parler ou juste de ne plus se sentir seuls pendant un moment. Et je dois bien avouer… que ces moments sont toujours un peu spéciaux pour moi. J'imagine que je me sens plus utile de cette manière." se confia-t-elle à son tour.
Les yeux fermés, Mezhelan se laissa bercer par sa chaleur et ses paroles réconfortantes. Il eut un peu moins l'impression de la déranger, et se sentit aussi un peu moins médiocre et stupide : "Je ne savais pas à quel point j'en avais besoin." murmura-t-il en réponse. Il ressentit d'ailleurs une vague de gratitude envers Soren pour le lui avoir suggéré.
La rousse poursuivit ses cajoleries dans un silence serein, presque complice. Puis après un moment, elle rompit cette quiétude, sa voix suave brisant à peine l'air tranquille de la pièce : "Je suis curieuse… Cette fille que vous avez évoquée tout à l'heure. Quelle est l'histoire entre vous ?" questionna-t-elle doucement.
Mezhelan leva les yeux, surpris par sa question, mais pas agacé. Il sentit une pointe de malaise monter en lui, hésitant à répondre. Pourtant, le regard de la jeune femme, loin de tout sarcasme ou jugement, lui sembla empreint d'une bienveillance simple et désarmante, ce qui le poussa à finalement se confier.
"Elle s'appelle Alina." finit-il par murmurer en refermant les paupières, sa main cherchant inconsciemment le bracelet d'agates vertes à son poignet : "Elle était… tout ce que je n'étais pas : rayonnante, impulsive, vivante. Pendant deux ans, j'ai passé pratiquement tout mon temps libre avec elle. Nous avons grandi ensemble, et je l'ai aimée avant même de comprendre ce que cela signifiait. Mais…"
Il rebaissa la tête en inspirant profondément, cherchant ses mots : "Un jour, j'ai dû prendre un chemin… qui m'imposait des sacrifices personnels, comme ma liberté, mon amour et mes rêves absurdes… Et aujourd'hui, je me demande si j'ai fait ce qu'il fallait."
La rousse continua de caresser sa tête, plus doucement encore, comme si son geste pouvait apaiser les regrets qui imprégnaient ses mots : "Et elle… ? Qu'est-ce qu'elle est devenue ?"
"Elle a refait sa vie." répondit-il simplement, un sourire amer flottant brièvement sur ses lèvres : "Un mari, une maison, des enfants peut-être ? Tout ce que je ne pouvais pas lui offrir. Et je suis heureux pour elle… vraiment. Mais je ne peux m'empêcher d'avoir des regrets aussi… Je me sens abattu et jaloux, dès que je l'imagine auprès d'un autre."
"Vous l'aimez toujours." remarqua la jeune femme, son ton dénué de surprise.
"Oui." admit Mezhelan dans un souffle : "Et c'est ridicule, n'est-ce pas ? De s'accrocher à quelque chose qui n'existe plus."
"Pas du tout." répondit-elle fermement : "C'est humain. Et c'est beau, même. Parce que ça montre que vous êtes capable d'aimer profondément."
"C'est peut-être beau, mais… ça fait mal." murmura-t-il. Les mots semblaient s'échapper d'eux-mêmes, comme un aveu qu'il n'aurait jamais prononcé en d'autres circonstances. Contre toute attente, l'ambiance était propice aux confidences, même dans ce moment de vulnérabilité.
Le silence s'installa entre eux, ponctué uniquement par le sifflement du vent contre les fenêtres et les bruits étouffés venant de l'étage inférieur.
La rousse jouait avec ses cheveux, ses doigts montant parfois jusqu'à son front, avant de redescendre tendrement jusqu'à sa nuque. Elle glissa ensuite sa main le long de son col, effleurant sa chemise et les plis de ses vêtements : "C'est une jolie chaîne." murmura-t-elle en pinçant légèrement le tissu qui cachait son médaillon. Elle tira doucement dessus pour en dévoiler les contours, mais ne posa aucune question.
Mezhelan ouvrit brièvement les yeux, mais n'avait pas la force d'intervenir. Elle ne faisait rien de mal, après tout, et lui était actuellement d'un grand réconfort. Tout ce qu'il voulait, c'était profiter du moment.
"Vous semblez avoir beaucoup de responsabilités." reprit-elle d'un ton léger.
"Possible." murmura-t-il, se surprenant lui-même à cette réponse.
"Vous avez le droit de respirer, vous savez. Personne ne peut toujours être parfait. Tout le monde a besoin de repos."
Ces mots résonnèrent en lui avec une profondeur inattendue. Le jeune homme sentit une chaleur diffuse monter dans sa poitrine, non pas celle de la passion, mais une gratitude presque douloureuse. Peut-être que, pour cette heure volée à sa vie bien ordonnée, il pouvait simplement se laisser aller, être un homme et rien de plus. Pas un mage royal, pas un futur mentor, ni une figure d'autorité. Juste Mezhelan, dans les bras d'une étrangère qui, par un miracle inexplicable en quelques gestes et paroles banales, paraissait le comprendre mieux que quiconque.
"Merci." murmura-t-il finalement, comme s'il avait peur que ces mots ne rompent l'équilibre fragile de cet instant.
Chapitre suivant : Mezhelan
Note de l'auteure : Ce chapitre n'étant qu'un bonus, il n'est pas nécessaire à la compréhension et à l'avancement de l'intrigue, mais assouvira peut-être votre curiosité !
J'espère que vous prendrez plaisir à le lire ☺️
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