Chapitre 1

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- Des bateaux arrivent ! hurla un garçon depuis son perchoir, guettant l'horizon de la petite ville portuaire.
- Sigrin ! Vois-tu le drapeau ?! lui demanda son chef depuis le bas du bâtiment.
- Point encore ! Ah, si ! C'est... Le Prince Héritier ! C'est le Prince et son armée qui reviennent ! cria le garçon en s'agitant, excité de pouvoir voir le futur Empereur de Dadermont.
- En es-tu sûr ?!
- Certain !

Il se cria ainsi que le Prince Hériter rentrait de croisade.
L'armée qui l'accompagnait était immense et la flotte faisait peur sur l'eau, s'étendant sur l'horizon comme une ombre menaçante annonçant la mort et la destruction.
Mais s'ils revenaient, alors ça signifiait que la guerre était finie. L'Empire était en paix et en sécurité. Le Prince allait enfin pouvoir succéder à son père sur le trône.

L'agitation en bas était folle. Depuis son perchoir, le garçon distinguait à peine le visage de ceux qui se précipitaient pour préparer l'accostage des bateaux , mais surtout l'arrivée du Prince qui se trouvait dans celui de tête.
Avec sa longue vue, il ajusta sa visée pour tenter d'apercevoir le futur Empereur. Il était beaucoup trop jeune pour l'avoir déjà vu une fois. Mais il espérait que les gravures ou encore les peintures représentent exactement comment il était. Soudain, il se tendit quand il le vit.

Debout à la proue de son bateau, le Prince Héritier de l'Empire du Dadermont. Un homme gigantesque aux cheveux d'un brun luisant à la lumière du soleil, la peau pâle, le regard rivé sur le port comme s'il s'apprêtait à le conquérir. Affublé d'une tenue traditionnelle de l'Empire, il était majestueux et imposait le respect. Le garçon ne put décrocher son regard de l'homme à peine âgé de 25 ans.

Quand le bateau princier accosta, il fut le premier à descendre avec certains de ses soldats, laissant le reste s'occuper de décharger les cales des trésors, des prisonniers ou encore des victuailles qu'il devait leur rester.
Il le regarda marcher droit vers le chef du port pour discuter avec lui, expliquant sans doute ce qu'il attendait de lui.

Tous acclamèrent le Prince Héritier et son armée.
Une petite fille que Sigrin connaissait bien, approcha le Prince pour lui demander :

- Prince ! Prince !
- Malla ! appela sa mère en panique face à son audace enfantine. Reviens ici !

L'homme s'arrêta, leva la main pour ordonner à la mère de ne plus bouger. Il s'agenouilla devant la petite curieuse et dit de sa voix grave et puissante :

- Que veux-tu, petite ?
- Votre Altesse, est-ce que la guerre est finie ? Avons-nous gagné ?

Le Prince posa sa main sur sa petite tête, laissant tous le monde en suspend.

- Nous l'avons gagné.
- Houra ! s'exclama-t-elle en sautillant. Le Prince nous a protégé ! Il a gagné !

Le Prince se redressa et s'exclama de sa voix forte, à travers laquelle on pouvait sentir son pouvoir d'alpha :

- Nous sommes revenus victorieux de cette guerre ! L'Empire est enfin en paix ! L'ennemi cherchera encore à nous causer du tort, mais pour l'heure... Nous sommes victorieux !

La foule réunie autour de lui hurla à plein poumon, scandant son nom, remerciant le Prince de les avoir protégé, d'avoir su remporter la victoire pour leur bien.
De son perchoir, Sigrin entendit la clameur et sourit.

Oui, cet homme était leur leader, le prochain Empereur et l'Alpha le plus puissant qui les protégerait, les dirigerait d'une main de maître.

Il fallut bien deux jours pour décharger tous les bateaux et au moins l'aide de deux villages entiers pour tout mettre dans les charrettes tirés par des chevaux de guerre. Les animaux emportés pour l'expédition purent se reposer jusqu'à ce que le Prince ne décide de partir pour la capitale.

- Bon voyage, mon Prince ! s'exclama le chef du port. Que votre route soit bonne jusqu'à la capitale !

Le Prince lança une bourse à l'homme avant de claquer la langue pour faire avancer son cheval, déclenchant ainsi la mise en marche de l'énorme armée.

- Que t'a-t-il donné ? le pressa une femme.

L'homme n'osa regarder. Ce qu'un prince de cette envergure donnait était bien trop précieux pour qu'il soit admiré. C'était, en tout cas, ce qu'il se disait pour ne pas se laisser tenter, malgré la curiosité de ceux qui l'entouraient.

- Un cadeau du Prince ne se regarde pas, il se conserve, déclara-t-il après s'être incliné face à l'armée marchante.

[...]

L'armée et son dirigeant passèrent de villes en villages, y récupérant vivres et repos, y faisant soigner leurs blessés, profitant un peu du bon temps que leur proposaient les différents endroits.
Entre femmes, beuveries ou encore omégas, l'armée profita de chaque escale, même si leur désir le plus fort était de retrouver leurs chez eux, à la capitale.

Geldwayne, la fameuse capitale d'argent, était l'endroit le plus beau du monde, si vous êtes en quête de coucheries ou d'informations sur le monde.

Bien sûr, pour le Prince et son armée, Geldwayne était surtout leur maison.
Tandis qu'ils traversaient des champs resplendissants, où l'on pouvait apercevoir les paysans y travailler, le meilleur ami et second du Prince dit :

- Nous approchons de Lystdine, Votre Altesse.
- Fais passer le mot, nous nous y arrêterons pour quelques temps, répondit le Prince de sa voix sombre et profonde.

Le chevalier hocha la tête et siffla quelqu'un qui parcourut les rangs pour les avertir que la nouvelle escale serait Lystdine, le village agricole.
Les soldats se préparèrent déjà, se divisant pour se répartir les tâches. Certains iraient récupérer des vivres, d'autres trouver des soigneurs pour les blessés.

On montera les tentes aux abords du village, pour ne pas piétiner l'endroit et laisser les villageois vaquer à leurs occupations sans se sentir menacer.

Les commis aux cuisines prépareront le repas du soir, quant au Prince, il fut accueilli par le chef de Lystdine.
Un homme assez grand, bedonnant, un sourire large sur son visage, une grasse odeur de lard et d'alcool entourait le personnage.

- Votre Altesse, le Prince Héritier ! s'exclama-t-il en ouvrant ses bras comme pour venir faire une accolade à un vieil ami. Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre humble petit village !
- Merci, Sir. Certains de mes hommes ont besoin de soins et nos animaux ont besoin de pansage et d'être alimentés, déclara l'homme en descendant du sien.
- Oh, bien évidemment ! Glana !
- Chef ?
- Cours prévenir l'écurie et les soigneurs.

Le Prince Héritier est ici et son armée, ainsi que leurs chevaux, ont besoin de traitements.

- P-Prince ? Votre Altesse ! s'exclama une femme qui devait avoir, environ, la quarantaine, en s'inclinant. C'est un honneur ! Je m'en vais prévenir les écuries et soigneurs !

Le Prince soupira.

- Nous allons installer nos tentes dans ce pré, prévint le second du Prince qui s'en retournait auprès de son cheval pour lui flatter l'encolure et confier les rênes à un de ses hommes.
- Oh ? Pourquoi ne pas venir dans le village ? demanda une jeune femme.
- C'est un ordre du Prince et ainsi, nous ne dérangerons point la vie de votre village, répondit le second.
- Klaus ! s'exclama la voix dure de son seigneur.
- Veuillez m'excuser, fit l'homme en s'inclinant devant le chef du village, marchant rapidement vers le Prince qui lui murmura quelque chose à l'oreille.

L'homme hocha la tête et se rendit vers la fin des rangs pour donner ses ordres.

Quelques minutes plus tard, un groupe de personnes provenant du village se précipita vers le pré où s'était installée l'armée.
Un vieil homme se présenta devant une grande tente à l'intérieur de laquelle était installé le Prince, assis sur un siège recouvert d'un tissus et d'une peau de bête, le coude posé sur la table, les doigts contre son front, les yeux clos, il cherchait à atténuer la migraine qui lui enserrait le crâne depuis quelques temps.

- Votre Altesse, entendit-il devant l'entrée de sa tente.
- Qui y a-t-il ?
- Les gens envoyés par le village viennent d'arriver.
- Faites les entrer.
- Bien, Votre Altesse.

Un pan de la tente fut soulevée et un petit groupe entra, mené par un soldat. Le vieil homme qui semblait être le leader de ce petit groupe, s'inclina, imité par les autres paysans.

- C'est un grand honneur d'être en votre présence, Votre Altesse, dit-il.
- Redressez-vous, soupira le Prince.

Le groupe s'exécuta et attendit.

- Certains de mes hommes sont blessés et doivent subir des soins plus profonds et urgents. Nos animaux ont parcouru beaucoup de terrain et ont également besoin de soins.
- Nous avons été prévenu par Glana, répondit le vieil homme. Nous sommes ici pour nous occuper des blessés et nous avons dépêchés quelques palefreniers pour prendre soin de vos animaux.
- Bien, souffla le Prince, épuisé par sa migraine. Laissez moi seul.

Le groupe commença à partir quand le vieil homme dit :

- Votre Altesse, me permettez-vous de vous examiner ? Je sens de la fatigue et une douleur venant de vous.
- Ah ! s'esclaffa le Prince, faussement amusé. Serais-tu devin, vieil homme ?
- Point du tout, mon Seigneur. Je ne suis qu'un humble guérisseur, mais je sais détecter quand quelqu'un a besoin de soin.
- Soit, fit le Prince en balayant l'air de sa main. Ausculte moi donc.

Le vieil homme s'inclina et s'avança alors que le groupe qui l'avait accompagné, sentait le danger. Ils voulurent empêcher l'homme de se rendre au plus proche de l'Alpha, mais l'homme vint jusqu'au Prince et posa sa main sur le poignet de ce dernier, puis sur son front.

- Migraine, déclara le vieil homme. Vous manquez de nutriments, mon Seigneur. Je vais lister ce qu'il vous faut pour soulager votre mal de tête.

Le Prince soupira et le laissa écrire sur un morceau de parchemin, ce qui pourrait le guérir. Quand le vieil homme quitta la tente, à la suite du groupe médusé, il tendit son parchemin à un des soldats désigné par le Prince et lui indiqua où trouver les ingrédients dans le village.
Le militaire lui demanda alors de l'y accompagner, pour être certain de ne pas se tromper, mais surtout... pour être sûr de ne pas être trompé.
Comprenant que l'affaire était délicate, le vieil homme accepta et partit avec lui dans deux boutiques au village, passant devant le chef et deux femmes, probablement ses filles, qui lui jetaient des regards intéressés.

Le bêta, nota dans un coin de sa tête, l'attitude des deux jeunes femmes ainsi que le sourire du père, visiblement certain des charmes de ses deux donzelles qui pourraient distraire les soldats, voire peut-être même, plus haut.

- Vieil homme, l'appela le soldat.
- Sir ?
- Est-ce moi ou votre chef tente de prostituer ses filles ?

Le vieil homme tourna légèrement la tête pour apercevoir les regards, les sourires et entendit les gloussements des deux femmes.

- Ah, ça... Comprenez, Sir chevalier... L'armée du Prince Héritier arrive dans un village. Que pensez-vous que nous autres, simples mortels, pouvons bien penser ? Avoir un chiard qui possède du sang d'un des soldats du Prince serait un honneur pour chaque famille, expliqua le vieillard.
- Ha ! Ils peuvent toujours essayer, soupira l'homme, continuant à marcher.
- Pourquoi cela ?
- Nous sommes tous mariés ou fiancés dans l'armée du Prince, déclara le soldat.
- Et vous-même, Sir ?
- Bien entendu ! Edna m'attend à la capitale, avec nos deux enfants, répondit-il, un léger sourire nostalgique affiché sur les lèvres.

Il y avait un code pour entrer dans l'armée du Prince, qui n'existe pas dans celle de l'actuel Empereur et même ailleurs dans le monde. Cette règle était simple, aucun célibataire ne devait constituer l'armée du Prince. Pourquoi ? C'était assez simple en réalité. Comme le vieil homme venait d'évoquer, il était facile de procréer dans divers endroits, mais l'armée refusait de donner la moindre pièce pour ce genre d'acte. Il fallait donc pour cela, que le militaire soit marié à la mère pour que l'état puisse prendre en compte de nouvelles dépenses.
De plus, dans les rangs, il y avait un certain nombre, même réduit, d'omégas. Même si l'armée était constituée aux trois quarts de bêtas, les omégas avaient également leurs places dans les rangs du Prince. Certains étaient à son côté en tant que supérieur hiérarchique des soldats, d'autres étaient des Alphas et il y avait trois bêtas parmi les généraux.

- L'armée ne paye pas les coups d'une nuit ou les progénitures non reconnu par un mariage, répondit alors le soldat, caressant une breloque accrochée au manche de son épée, pendant à sa taille.
- Voilà une loi bien spéciale, reconnue le vieil homme en poussant la porte d'une petite boutique.
- Ah ! Kael ! Quel bon vent t'amène ? Oh ? Qui est-ce donc que ce... Es-Est-ce là l'emblème du Pr-Prince ?
- Si fait, répondit le soldat.
- Oh ! Le... L'a...
- Du calme Baldwin, s'amusa alors le vieil homme. Le Prince fait une escale ici pour reposer sa compagnie et faire soigner les blessés. Je suis en mission pour Son Altesse afin de lui trouver les ingrédients que je lui ai prescrit.
- Le... Le Prince ne va pas bien ? s'inquiéta l'homme soudain très blême.
- La fatigue des combats, mon ami. Le chevalier ici est un représentant de Son Altesse.
- Oh, c'est un honneur, Sir chevalier, s'inclina l'homme.

Mais le vieillard ne leur laissa pas le temps de discuter pour dire :

- Il me faut ces trois ingrédients que tu possèdes, fit-il en lui présentant le morceau de parchemin et pointant ce dont il avait besoin. Peux-tu me les fournir ?
- B-Bien sûr ! Veuillez attendre quelques instants. Je reviens.

L'homme quitta précipitamment la boutique pour aller fouiller dans des pots qu'ils entendirent s'entrechoquer et le marchant pester.
Le soldat lui déposa quelques pièces pour le remercier et récupéra ce qu'ils étaient venus chercher, avant de se diriger vers la dernière boutique, où il assista au même scénario.
Mais ce fut quand ils quittèrent l'enseigne qu'une scène étrange se produisit, marquant le soldat.

- Vas-tu nous faire honte encore longtemps ?! hurla une voix féminine.
- Cesse donc, soupira une voix de jeune homme. Vous ne gagnerez rien à les tenter et les règles militaires dans son armée sont très stricts.
- Qu'en sais-tu ? Toi l'infirme !
- J'en sais assez pour en avoir fait partit. Maintenant, si tu veux tenter ta chance, fais donc. On verra bien qui aura raison dans cette histoire et qui pleurera de ne pas avoir écouté.

Un bruit de roues traversant boue et cailloux, se fit entendre en plus des cris stridents de la femme. Il aperçu alors un fauteuil roulant en bois passer devant eux, une tête d'homme à la chevelure de feu, passer sans les regarder. Mais le soldat le reconnu. Son regard devint plus triste. Il devait aller en parler au Prince ou au moins à un des généraux qui avait connu ce garçon.

Il pressa alors le pas, faisant courir le pauvre vieillard derrière lui, qui ne comprenait visiblement pas ce qu'il ce passait dans sa tête.

Ce fut donc au pas de course, qu'il retrouva la tente de son Prince et demanda une audience.
Quand ce dernier la lui accorda, il eut la chance d'y trouver trois des généraux ou chefs qui avaient participé avec lui à la bataille où ce garçon en était ressortit en héro de guerre.

- Mon Seigneur, je dois vous parler d'une affaire urgente.

Le vieillard fut envoyé ailleurs pour préparer les soins du Prince, l'éloignant ainsi de ce que le soldat s'apprêtait à dire.

- Parle, ordonna la voix dure de son Seigneur et maître.
- Si fait. Mon Général, Chef Lang, dit-il. Avez-vous souvenir de la bataille de Talway ?
- Talway ? Bien entendu, soupira Klaus. Nous l'avons gagné de peu.
- N'est-ce pas à celle-ci que nous avons faillit perdre des civils ? fit un autre homme, un oméga qui se frottait le menton.
- Si fait, Chef Mendon, répondit le soldat, un genou au sol, la tête basse.
- Pourquoi nous parles-tu de cette bataille ?
- J'ai... Le héro est ici, mon Général.
- Pardon ?

Tous, en dehors du Prince, se tournèrent vers le soldat, les yeux agrandit par la surprise et une soudaine excitation les pris, mais le soldat leur expliqua la scène à laquelle il venait d'être témoin, faisant disparaître toute joie de revoir ce garçon qui leur avait, à tous, sauvé la vie au détriment de la sienne.

- Ainsi, fit le Prince. Le Héro de Talway est ici.
- Il semble que sa vie ne soit pas celle d'un héro, mais d'un paria, mon Seigneur.
- Renseigne toi.
- À vos ordres !

Le soldat disparu quand on laissa passer le vieil homme et ses préparations.

Le Seigneur laissa ses hommes quitter la tente, ne gardant que Klaus auprès de lui.

- Voici de quoi calmer vos migraines et vous redonner un peu de force, Seigneur.

L'odeur était immonde, mais le Prince ne fit attention à rien, il prit le bol et l'avala d'une traite avant de le déposer brutalement sur le plateau. Il se leva et fit quelques pas jusqu'à la table de réunion où se trouvait la map de guerre. Il sortit sa dague et la planta sur la plaine de Talway.

Le jeune homme était un être célébré à la Capitale, alors pourquoi ici non ? Il attendrait le retour du soldat avant de se décider à enquêter lui-même.

***

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