Épisode 16. Champi contre attaque
L'heure était grave. J'étais perdu dans la forêt brumeuse, incapable de savoir où se retrouver Aloye et les deux autres indésirables. L'ambiance était oppressante, chaque ombre représentait une menace, et le silence, troublé par de rares bruissements, ne faisait qu'ajouter à mon malaise.
Mais il y avait au moins une bonne nouvelle : grâce à la Lame Sacrée du Terrierplier (niveau ???), je pouvais maintenant compter sur ses talents martiaux en combat. Bon, je n'ai jamais été un grand adepte de la violence, donc ça m'arrangeait plutôt bien…
— Où vas-tu, chef ? demanda la lame d'une voix enjouée.
« Chef »… J’aime bien.
— On doit retrouver les autres et, si possible, sortir de cette foutue forêt. De l'intérieur, elle est quand même vachement flippante.
— Et tu as une idée d'où ils sont ?
— Non, pas le moindre.
— J'ai vraiment beaucoup de chance de t'avoir comme chef…
J'avais reconnu le sarcasme, mais j'avais décidé de l'ignorer. Pas la peine de donner à une épée enchantée le plaisir de me voir vexé.
J’avais regardé autour de moi en essayant de me repérer. Par où étais-je venu ? Impossible à dire. Tout se ressemblait, et les petits champignons qui parsemaient le sol semblaient rendre la forêt encore plus labyrinthique. Puis, soudain, un son brisa le silence : une trompette, semblable à celles qu'on entend sur les champs de bataille.
— C'est lui, Majesté ! s'écria une voix aiguë. C'est le PNJ qui a massacré vos sujets !
— Vraiment ? répondu une autre, plus grave. Il n'a pourtant pas l'air bien dangereux…
Décidément, tout le monde était du même avis sur ma menace potentielle.
Sur un petit rocher, deux étranges créatures apparurent : un champignon coiffé d'une couronne hérissé de petites cornes et à ses côtés se tenait un autre champignon, long et fin, qui ressemblait à une asperge trop mûre.
— Ne vous fiez pas aux apparences, Majesté ! s'écria le champignon filiforme. C'est un fou furieux ! Il nous a attaqué sans raison !
— C'est faux ! rétorquai-je. Vous avez essayé de me manger !
Le champignon cornu me lance un regard noir.
— Ce n'est pas une raison valable ! Qui êtes-vous pour venir dans ma forêt et semer la zizanie de la sorte ?
— Je m’appelle…
— Oui ?
— Enfin, techniquement, je n'ai pas de nom. Tout le monde m'appelle 7.
— Mmmh, je vois… fit le champignon cornu en hochant lentement la tête. C'est sûrement ce trouble de l'identité qui vous rend si violent.
— Je ne suis pas violent ! Je me suis juste défendu ! Vos sujets m'ont mordu et…
— Quand vous mangez une pomme, est-ce qu'elle sort une épée pour vous la planter dans le ventre ?
— Euh… non…
— Et pourtant, vous, vous vous le permettez.
— Ce n'est pas la même chose ! protestai-je.
— Il n'y a pas de différence. Je vous ai assez écouté, et puisque vous êtes dans mon royaume… je vous condamne à mort !
À ce moment-là, la Lame Sacrée du Terrierplier, toujours dans ma poche, trouvait bon d'intervenir.
— Eh chef, sors-moi de là, on va se les faire !
— Tais-toi, peut-être qu'on peut régler ça pacifiquement…
— Ah non, on ne recule pas devant des trucs qui poussent dans la crotte, franchement !
— BLASPHÈME ! hurla le roi champignon. Que résonnent les trompettes de la mort ! Cèpes ! Morille ! À l'attaque !
Des dizaines, non, des centaines de champignons sortirent du sol, se dressant dans un chaos végétal. Certains avaient des chapeaux tranchants comme des lames, d'autres des tentacules fongiques qui s'agitaient dangereusement.
— Oh ouais, il va y avoir du spore ! s'exclama la lame.
— Mais tais-toi donc !
— À L'ATTAQUE !
Ce fut un carnage.
J'essayai de contrôler ma main, mais la lame me rendait plus rapide, plus précis. Un seul coup circulaire décapita tout un régiment de champignons, qui s'enfuirent, paniqués, en laissant leurs chapeaux sur le sol.
— Allez-vous en, bande de pleurotes !
— Je suis désolé… soufflai-je.
Trop tard. En reculant, j'eus un vertige familier en écrasant un petit groupe de champignons qui tentaient une attaque sournoise par le flanc.
— Oups.
Le champignon long et fin, qui observait la scène avec une tige d’oignon nouveau, se mit à hurler :
— Majesté, c'est horrible ! Ce PNJ vient d'écraser votre fils !
— QUE-WOUA ?! Le roi champignon leva les bras au ciel. Bollet ! Mon cher Bollet est mort ! Pourquoi, monde cruel ?!
— Ne vous mettez pas dans cet état, Sire… il réapparaîtra demain dans la clairière.
— Ah oui, c'est vrai… Il s'éclaircit la gorge et retrouva aussitôt son air menaçant. Vengeance!
Pendant ce temps, la lame n'avait pas perdu de temps et avait fait un émincé façon fungi de toute l'armée ennemie. En quelques minutes, il ne restait plus qu'un tapis de rondelles de champignons.
Je m'approchai du rocher où le roi champignon et son conseiller essayaient de paraître inaperçu, comme si rien ne s'était passé, feignent l'indifférence en sifflotant.
— Maintenant, le dessert ! Lança la lame, avide de nouveaux adversaires.
— Non ! On les garde vivants. Ils vont nous guider jusqu'à la sortie de cette forêt.
— Oh ouais, des prisonniers ! Ils parleront sous la torture !
— Oh non, pas la torture ! gémit le champignon long et fin. J'ai des sporophores (l'équivalent des enfants chez les champignons).
— T'es une arme psychopathe, toi ! Je pensais juste leur poser la question…
— Nous vous dirons tout ce que vous voudrez ! s'empressa de déclarer le champignon. N'est-ce pas, Majesté ?
— Oui, tout ce que vous voudrez… sauf l'emplacement de mon trésor.
Un trésor ? À l'annonce de ce mot, je baissai les yeux vers la poignée de mon épée en forme de tête de lapin. Nous échangeons un regard… complice.
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