L'ombre d'une cage invisible
Je n'avais rien vu venir. Comme une flamme qu'on approche trop près de la peau, sans sentir tout de suite la brûlure. C'était beau, c'était adulte, c'était ce que je pensais être l'amour. J'étais jeune, naïve, avide de quelque chose de grand, de fort, de plus grand que moi.
Et puis, petit à petit, l'amour est devenu une prison. Une cage aux barreaux invisibles, que je n'ai pas su reconnaître avant qu'il ne soit trop tard.
J'ai commencé à m'excuser pour des choses que je ne comprenais pas. À douter de moi, de mes propres souvenirs. J'avais l'impression d'être un puzzle dont on mélangeait les pièces dès que j'approchais trop près de la vérité. Elle m'aimait, disait-elle. Elle voulait juste m'aider, me protéger, m'apprendre à être mieux. Alors pourquoi avais-je l'impression de disparaître un peu plus chaque jour ?
J'ai souffert. Énormément. Dans le silence d'abord, en croyant que c'était normal, que c'était ça, aimer : supporter, encaisser, tout donner sans attendre que l'autre fasse de même. Puis j'ai souffert en plein jour, à force de ne plus pouvoir cacher les fissures. Il y avait les mots qui blessaient plus que des coups, les regards qui me faisaient sentir minuscule, les reproches lancés comme des poignards. Chaque fois que je voulais partir, elle trouvait une manière de me retenir. Chaque fois que je tentais de respirer, elle resserrait son emprise.
J'étais prise dans une boucle sans fin. Une spirale où chaque moment de douceur servait juste à me garder enchaînée un peu plus longtemps. Et moi, je restais, convaincue que si j'aimais assez, si je me changeais assez, si je devenais ce qu'elle voulait, alors peut-être que tout irait mieux.
Mais on ne guérit pas dans un feu qui nous consume.
J'ai mis du temps à comprendre. Trop de temps. Je me suis perdue en chemin, j'ai oublié qui j'étais, ce que je méritais. Je n'étais plus qu'une ombre marchant sur des œufs, priant pour ne pas déclencher une tempête.
Et puis, un jour quelque chose en moi a crié. Pas fort, pas avec rage, mais avec cette dernière étincelle qui refusait de mourir. Une voix que j'avais étouffée pendant des années m'a soufflé qu'il était temps. Temps de briser les chaînes, temps de partir, temps de reprendre ma place dans un monde où je n'étais pas destinée à souffrir pour exister.
J'ai mis du temps à guérir. À réapprendre à vivre le moindre mot, sans attendre une douleur en retour d'un moment de bonheur. Mais aujourd'hui, je sais.
L'amour ne devrait jamais être une prison.
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