~ Chapitre 6.2 ~

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Joakim revient chez lui à vingt heures, éreinté par cette journée festive.

Il culpabilise d’avoir laissé les jumeaux si longtemps, mais songe que leur aide-ménagère prépare toujours à manger avant de rentrer chez elle. Pas de quoi s’inquiéter. En cas de souci, sa sœur l’aurait appelé !

Bien qu’il se souvienne de cela, un terrible pressentiment l’envahit pourtant dès qu’il réalise le salon vide. Pas de quoi paniquer. Ils habitent un quartier calme, dans une maison protégée par trois alarmes connectées à une société de gardiennage. Ses cadets trainent surement ensemble dans la chambre d’Erika !

Il se dépêche donc de grimper les escaliers afin de les rejoindre.

— Erika ? appelle-t-il vivement en toquant à sa porte peu après. 

À l’époque, il entrait sans frapper et cela lui valait des hurlements stridents qui manquaient de lui vriller un tympan. Depuis ce jour, il ne pénètre plus dans cet antre par surprise, au souvenir de cette fois aussi où un dictionnaire volait dans sa direction parce qu’il la faisait sursauter… 

— Je révise ! Qu’est-ce qu’il y a ? lui répond sa cadette dans un soupir, et c’est à cette heure-ci que tu rentres, toi ?

— Est-ce qu’Alarich est avec toi ? la questionne-t-il avec une angoisse palpable au creux de la voix.

— Je révise ! Donc non ! Jolie esquive, sinon, trouduc !

Joakim ignore sa dernière réplique et se presse vers la chambre de son frère, pour constater la pièce vide. Stressé, au bord de la panique, il décide de fouiller attentivement la maison, quand son téléphone vibre soudain pour lui indiquer la réception du SMS d’un expéditeur inconnu.


« Faut pas laisser les trisos seuls sur la plage, lol ! »


Son palpitant bondit dans sa poitrine alors qu’il découvre cet odieux message. Perplexe, il réfléchit à l’identité de son auteur avant de s’élancer vers la plage à toute allure.

Il court ainsi pendant une dizaine de minutes, autour et aux alentours de chez lui. Il cherche désespérément du regard une silhouette qui ressemblerait à celle de son cadet. Son cœur s’emballe de nouveau, terrifié par ce qui a pu arriver à l’incarnation de la bonté humaine. Criant son nom de toutes ses forces, il essaie de comprendre qui aurait pu oser toucher à son frère et surtout, comment a-t-il procédé ?

Alarich ne sort jamais de chez eux sans raison et surtout pas sans sa jumelle. 

« Et si une tierce personne l’avait attiré à l’extérieur, pour ensuite l’emmener ailleurs ? » Le jeune Bauer réfléchit à cette hypothèse en continuant de le chercher avec détresse dans les environs. Il prévoit d’élargir progressivement son champ d’action.


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https://www.youtube.com/watch?v=LLVRJlrDjbw

♪ Tell me why - Declan Galbraith ♪

Dans mes rêves, les enfants chantent
Une chanson emplie d’amour, pour les garçons et les filles
Le ciel est bleu et les champs sont verts
Et le rire est le langage universel des hommes
Puis je me réveille et me rends compte
Que ce monde est empli de gens dans le besoin

La cruauté est le remède de l'orgueil blessé [Friedrich Nietzsche]

Dites moi pourquoi, ce monde doit-il être ainsi?
Dites moi pourquoi, aurais-je raté quelque chose?
Dites moi pourquoi, parce que je ne comprends pas
Vu que tous ont besoin de quelqu'un
Pourquoi ne nous entraidons nous pas?
Dites moi pourquoi?

L'homme n'est qu'un animal, qui pendant des générations a gouverné les autres par la fourberie, la cruauté et la violence [Charlie Chaplin]

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La vision de son cadet qu’il retrouve finalement, couché face contre terre, dans un coin reculé de la plage où personne ne traine jamais, lacère le cœur de Joakim. Il hurle aussitôt avec effroi : 

— Alaaarich ! 

Il tremble de tous ses membres devant ce spectacle ignoble. Le sol s’effondre sous ses pieds alors qu’il se réalise, pour la première fois de son existence, impuissant face aux évènements…

Sans attendre, il s’agenouille auprès de son frère pour lui balbutier avec désespoir, tout en le tapotant délicatement. Avec terreur, dans un bégaiement maladroit, il le supplie :

— Dis-moi que tu es vivant… Pitié…

— Joa-im… lui renvoie immédiatement son cadet d’une petite voix, avec son habituelle difficulté à prononcer les « K ».

Il reprend lentement connaissance et semble apeuré.

Son aîné pousse une longue inspiration de soulagement et l’attrape au plus vite pour l’enlacer chaudement. Il l'aide ensuite à se relever sur ses petites jambes. 

Du bout des doigts, il lui nettoie le sable qui salit son tendre minois et l’observe de haut en bas pour s’assurer qu’il va bien, mais il aperçoit soudain une vilaine écorchure sur son arcade sourcilière droite… Joakim voit rouge.

Un gouffre s'ouvre de nouveau sous ses pieds. Qui a osé ?

Son impuissance à défendre les siens lui serre la gorge alors qu’il se perd dans de sombres idées de vengeance. 

Il tente cependant de garder son calme devant son frère afin de ne rien laisser transparaitre. Il ne doit pas l’effrayer…

— Peux-tu me raconter ? lui demande-t-il d’une voix plus douce en lui remettant en place une mèche de cheveux brun ébène, comme sa mère. 

— Donné mot, balbutie Alarich en ouvrant sa paume droite pour dévoiler un papier froissé que Joakim récupère vivement.

— Toi pas méchant, ajoute immédiatement le petit brun avec angoisse.

Ses yeux s’humidifient devant la haine qu’il voit bruler dans le regard de son aîné. Il ne veut pas...

Désespéré, il sanglote et lui agrippe son sweat-shirt tandis que Joakim s’esclaffe de façon machiavélique devant le message… Dont l’auteur vient de signer sa perte !

« Reste loin de Trisha et le triso vivra heureux ! »

Joakim en reste béat, choqué de réaliser l’absurdité de l'agression de son ange. « Un abruti jaloux aurait donc osé toucher à son frère en s’imaginant lui dicter sa conduite, par la peur et les menaces ? », analyse-t-il, hagard. Il hallucine, serre ses poings si forts que les jointures de ses doigts en blanchissent.

— Oa-iim ? Toi pas méchant, répète son cadet dans un sanglot. 

Il ne veut pas que son aîné s’énerve, il cherche à le rassurer, à lui garantir qu’il va bien, avant de lui demander, armé de son plus tendre sourire, de revenir chez eux. « Qu’il a froid et souhaite retrouver Eri-a ! »

Dans un état second, enveloppé par cette haine qui le consume lentement, Joakim réfléchit déjà aux futurs sévices de Joey Sanders pour avoir osé toucher à son frère. Ce type doit payer pour sa connerie ainsi que sa folie !

— On y aaa ? l’interpelle de nouveau Alarich en fronçant désormais les sourcils. Mai-on !

— On rentre, oui, réagit enfin son interlocuteur dans un soudain retour à la réalité.

Il attrape doucement la main de son petit frère pour revenir tranquillement chez eux.

— Toi pas mé-ant ! insiste encore Alarich avec anxiété. 

— Bien sûr ! Ne t’inquiète pas, lui ment Joakim pour le rassurer.

Il lui offre un sourire affectueux, alors qu’une promesse, qu’il se formule à lui-même, résonne déjà dans son esprit embrumé par la haine…

« Je te détruirais, Joey Sanders. Je vais tout te retirer, t’arracher tout ce que tu chéris le plus, jusqu’à ta liberté, et c’est dans ta gerbe, tes larmes, que je te regarderais te rouler, implorant la mort de venir te sauver de l’horreur de ta vie anéantie. Tu as signé ta perte, ce soir. »


« Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ? »

[Bouddha]

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