~ Chapitre 17.2 ~

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*

— Tu montes ? propose Trisha, l’air coquin, en agrippant le bras de son petit ami qui vient de la ramener chez elle.

— Autant aller à l’hôtel, on esquivera au moins ta mère ! lui renvoie aussitôt celui-ci.

— Elle doit déjà dormir à cette heure-ci et elle t’adore, lui sourit sa rouquine en le tirant vers elle pour qu’il descende de sa moto. Allez ! Accroche l’antivol et viens !!! On n’a pas cours demain, je peux donc te kidnapper !!!

Faible devant ces yeux pétillants, Joakim ne se fait pas prier et termine sa soirée entre ses cuisses et contre ses lèvres…

Il rentre cependant chez lui après leurs ébats, car il s’interdit de s’assoupir contre sa succube, aujourd’hui.

Ce matin, il doit foncer dans une boutique spécialisée pour acheter un micro-espion, qu’il prévoit de glisser dans la doublure du sac à main de sa mère. Il doit amasser quelques preuves…

*

Les heures de la journée filent et, en milieu d’après-midi, avant de cliquer sur l’application liée à son micro-espion pour écouter ses enregistrements, il se remémore les doutes et angoisses de sa petite amie, la veille.

Il pense agir correctement lorsqu’il contacte Noah pour lui apprendre la fameuse « tristesse » d’Amy Wills. Il espère ainsi qu’il prenne l’initiative de s’occuper de sa folle, car cela libèrerait sa rousse d’une tâche ingrate…

Son cousin le reçoit sèchement et hausse les épaules. Joakim s’intrigue aussitôt de son comportement :

— Il y a un problème ? Tu veux me dire quelque chose ?

— Pourquoi est-ce qu’il y en aurait un ? Je suis occupé là, c’est tout.

— On se voit en ville ?

— Je suis occupé avec d’autres GENS, donc non.

— Nickel, on se reparle à la fin de tes règles !

— Je ne fais pas la gueule. J’ai juste rien à te dire, conclut Noah en raccrochant la communication, énervé.

Joakim en soupire d’incompréhension et se décide à écouter son micro-espion. L’horloge de son téléphone lui affiche seize heures et on approche du moment où Shane Helms remarquait l’entrée de sa mère dans un certain hôtel. Le jeune homme en déduit donc que sa génitrice possède un planning amusant loin des tracas des studios… Ce qui parait très étrange, lorsque l’on sait que la concernée rentre toujours au domicile familial à la nuit tombée, généralement harassée par de nombreux enregistrements et interviews diverses…

Il se sent cependant rassuré dès qu’il réalise que son micro-espion fonctionne à la perfection pour ne lui transmettre que des discussions interminables — et inintéressantes — entre collègues. Stressé, il s’installe sur un banc et se glisse une paire d’écouteurs dans les oreilles. Il ne peut arrêter ici sa séance d’espionnage et s’excuse en pensées pour cette évidente impolitesse, quand, soudain, de nouveaux dialogues confirment brusquement ses doutes…

*

Au même moment, deux inspecteurs sonnent à la porte de l’appartement Davis. L’un d’eux annonce à la mère et à sa fille que, dans le fameux hangar qui leur a été spécifié, se trouvaient de nombreuses preuves qui indiquaient la présence de Mickaël Davis sur les lieux, pendant l’agression.

Ses empreintes ont été retrouvées sur place : sur la poignée de l’entrée de l’entrepôt, sur la chaise où était apparemment ligotée sa sœur, mais également sur un gobelet de café qui trainait par terre. Joyce réagit sans attendre suite à ces abominables accusations. Elle a vu ses assaillants et son frère ne s’inclut pas dans l’histoire ! Sceptiques, les deux agents préviennent leurs interlocutrices interloquées qu’ils doivent procéder à un contrôle de la chambre personnelle du suspect.

Amara Davis n’oppose pas la moindre contradiction face à ce désir, tandis que Joyce, elle, ne cesse de les insulter, allant jusqu’à les traiter d’incompétents qui ne peuvent mettre une identité sur un portrait-robot !

Le plus jeune inspecteur lui répond aussitôt que leurs recherches à ce niveau restent infructueuses, car personne dans tout Los Angeles ni même dans les alentours ne correspond…

Tandis que Joyce rage devant l’inutilité flagrante de la police californienne, la troupe se rend dans l’antre de son frangin, où l’agent le plus âgé attrape un album photos minutieusement glissé sous le lit du concerné. L’homme se permet de feuilleter l’objet, pour très vite découvrir que, sur toutes celles où l’adolescent semblait apparaître près de sa sœur, le visage de celle-ci avait été découpé au ciseau.

— Avez-vous quelque chose d’autre à nous révéler sur les relations que vous entretenez avec votre frère ? Vous souvenez-vous réellement de tout ? demande-t-il en continuant de tourner les pages à la recherche d’un cliché entier non lacéré.

Amara s’affaire à ses côtés pour constater, elle aussi, l’horreur du saccage du recueil qu’elle chérissait tant. « Son abruti de fils est allé trop loin, cette fois ! » songe-t-elle.

— Ce n’est surement pas lui qui a fait ça, grogne Joyce en se retournant subitement vers sa mère. C’est toi ! Avoue-le ! C’est toi ! Tu n’as jamais supporté Mickaël, alors tu as charcuté toutes nos photos ! Je te hais ! Je te hais ! C’est toi ! crache-t-elle avec mépris.

— Excusez-la, elle est effondrée, tente de justifier honteusement Amara devant les hommes de loi qui les observent désormais d’un œil très sceptique.

— Je comprends, sourit l’un d’eux, le plus jeune. Il arrive des fois que, dans certaines familles, l’un des enfants ressente un sentiment de rejet, voire de jalousie vis-à-vis d’un frère ou d’une sœur, même s’il continue de se comporter de façon normale avec les siens.

— Qu’êtes-vous en train d’insinuer, bande de fous ? ! Mon frère ne m’aurait jamais fait de mal ! crie Joyce, furieuse.

— En tous cas, on ne le lâchera pas de sitôt, ajoute le plus âgé en découvrant une assez importante quantité de petits sachets de cocaïne, sûrement destinés à la revente, ainsi que quelques liasses de billets soigneusement cachés dans le fond du tiroir à chaussure du suspect.

Les deux inspecteurs n’ont, après cette découverte, plus aucun doute sur les activités de l’adolescent.

— Doux Jésus ! bégaye Amara sous la surprise.

Elle se laisse tomber sur le lit de son fils, le visage blanc comme un linge. Elle se sent au bord du malaise. « Comment cela a-t-il pu se produire sous son toit à elle ? », songe-t-elle avec angoisse.

— Ce n’est pas à lui !! piaille Joyce en tremblant de tous ses membres.

Elle grimace avec rancœur et désespoir :

— Non, mais qu’est-ce que c’est que toute cette mascarade… C’est de la folie ! Mon frère n’est pas un dealer ! Nous vivons un cauchemar ! Tout ça n’est pas réel !

— Où peut-on le trouver ? reprend l’inspecteur le plus âgé, désormais au taquet.

Il fusille du regard la lycéenne furieuse qui lui répond avec hésitation :

— Il… il… Ça suffit ! Allez-vous-en ! Vous n’avez de toute manière aucun droit d’être là sans mandat !!

— Mickaël reste injoignable et n’est pas rentré à la maison depuis le retour de sa sœur, lance aussitôt sa mère, tel un automate. « C’est la première fois qu’il met si longtemps à revenir et je ne suis pas optimiste sur le fait qu’il n’ait rien à se reprocher… Il a surement une explication, mais je… Je peux vous assurer que nous n’avons rien à voir avec cette histoire de drogue, je vous supplie de me croire ! »

— Intéressant, un probable délit de fuite pour couronner le tout… conclut sans attendre l’inspecteur le plus âgé en passant immédiatement un coup de téléphone à ses supérieurs. L’affaire Davis est apparemment loin d’être terminée, bien au contraire… Elle ne fait que commencer !

*

Dès le lendemain, les nouvelles vont vite au sein du Crew des Drifterz.

— J’arrive vraiment pas à y croire, commente Alex après une discussion sur les aventures récentes du jeune Davis. J’aurais pu vous voir comme des dealers, sans vouloir vous vexer, mais lui ! Je suis sur le cul. Mickaël quoi ! Mickaël ! Avec sa tête de caniche dépressif terrorisé de la vie, vous l’imaginez, lui, vendre de la drogue derrière un bus ?

Il éclate de rire devant l’image visualisée.

— En effet, c’est surprenant. Si Joyce n’avait pas l’air si sincère, j’en croirais pas un mot, ajoute Aïdan, le rouquin du groupe.

Il connait et apprécie la sœur de son ancien comparse de Crew.

Écoutant silencieusement ses camarades, Hajer reste dubitatif dans son coin. Il réfléchit aux histoires Davis et Sanders, car il ne faut pas avoir fait de longues études pour réaliser qu’une fois de plus, un ennemi de Joakim a désormais chaud aux fesses.

— T’en penses quoi, toi, Jo' ? intervient justement Zack à destination du concerné.

Il cherche lui aussi à comprendre cette histoire étrange. Depuis l’enfance, il a toujours voué un culte d’admiration à ce cousin-là. Il le met d’ailleurs très souvent sur un piédestal. Un podium non mérité pour Andréas, qui n’assimile pas sa soi-disant supériorité sur qui que ce soit. Selon lui, Joakim n’est doué qu’en paroles. Zack doit se rendre à l’évidence, il n’a jamais rien eu d’exceptionnel ! À part peut-être sa débrouillardise, et encore…

— J’en sais rien… soupire le jeune Bauer. Je dirais qu’être le meilleur ami de Joey Sanders est le signe avant-gardiste de la détention de quelques tares…

Tous haussent les épaules et se rangent immédiatement derrière son opinion : « Mickaël Davis est un dégénéré aussi fou que son pote », clament-ils, moqueurs.

Alors que ses comparses rient encore, Joakim exulte d’allégresse en se remémorant un coup de maître. Tout d’abord, deux individus avec qui il n’a jamais eu le moindre contact se sont chargés de l’enlèvement de Joyce Davis, car lui s’abstient toujours de s’impliquer personnellement.

Kristofer a d’ailleurs été d’un grand secours dans cette affaire, comme dans beaucoup d’autres. Joakim n’a jamais nié l’importance de leur duo dans sa vie et ses activités.

Un plan minutieusement élaboré. Les deux ravisseurs de la demoiselle recevaient des instructions via un téléphone jetable, qu’ils devaient détruire une fois la mission accomplie. Comme prévu, Joyce Davis s’était précipitée vers les autorités dès sa libération. Qui ne l’aurait pas fait, surtout avec les moyens dont elle disposait ? Puisqu’elle avait été capturée par deux étudiants en théâtre qui devaient employer un accent mexicain et porter de fausses barbes et moustaches. L’entrepôt dans lequel elle se trouvait abritait un monomoteur immatriculé. L’idiote du village leur parlerait de ce petit avion, sans réaliser qu’elle a été ligotée devant pour cette raison. Elle devait mémoriser ce numéro à six chiffres ! Bien entendu, elle ajouterait à son discours ces bruits de décollage et d’atterrissage qu’elle pouvait entendre de là où on la retenait. Une fois certains de faire mouche, les agents décideraient de foncer vers le hangar de l’engin, gentiment guidés par l’adolescente stupide.

Sur place, les inspecteurs découvriraient les empreintes digitales de son frère, récupérées avec du scotch, sur ses affaires personnelles. La veille de cette scène, une étape préliminaire avait lieu, à un moment où aucun Davis ne trainait chez lui. L’album photos du futur suspect subissait là quelques découpages et de nombreux sachets d’héroïne, liasses de billets, se voyaient méthodiquement camouflés au fond de son tiroir à chaussures, loin des regards indiscrets… Ainsi, Mickaël Davis clamerait aux autorités son titre de dealer psychopathe.

« Ce misérable avait osé attaquer son frère, il allait passer à la caisse, maintenant ! » Joakim jubile, car, forçant son ennemi à disparaitre des vies de son entourage, il finalise son histoire en le mettant en délit de fuite aux yeux de la loi. Jackpot.

Il y a tout de même une ombre au tableau de ce plan merveilleux : l’enquête ne devra jamais être réouverte par la police scientifique, qui pourrait s'intéresser aux empreintes clonées. Joakim ne s’inquiète pas de cette éventualité. Quel inspecteur voudrait se repencher sur une conclusion de dossier aussi limpide et évidente ?

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