Migraine
Dans un foutoir infernal, envahi de pulsations et de bourdonnements incessants, sa raison s’est égarée. Seul un besoin bestial d’éteindre sa vie le domine. Ce supplice pourrait le mener à la folie.
Depuis la veille, une migraine ronge chaque fragment de son cerveau ; lui dévore la tête.
Il voudrait la dévisser pour l’enfermer dans ce placard, au fond du couloir, aussi obscur et silencieux que le ventre d’une tombe.
Mieux encore, la balancer du septième étage afin qu’elle s’écrase sur le trottoir, éclate tel un fruit pourri en projetant son sang infesté de substances chimiques.
Foncer, tête la première, la cogner contre un mur en béton jusqu’à voir gicler son insupportable douleur. La vider totalement.
Perdre définitivement la tête est son unique désir ; que la lame aiguisée d’un bourreau la tranche, le délivre du monstre en furie qui en a pris possession.
Allongé sur le canapé, les cheveux empoissés de la sueur, corps recroquevillé, visage en partie enfoui sous l’oreiller, il émet un son plaintif continu. Son teint blême et ses poings serrés trahissent l’intensité du mal dont il est le martyr.
De minute en minute, les gémissements s’espacent, ralentissent, s’éloignent, deviennent inaudibles.
Avec lenteur, l’homme déplie une jambe ; juste après, l’autre l’imite.
Un à un, ses doigts se détendent, puis, libérés de leur crispation, se posent doucement sur le coussin.
Sans brusquerie, il fait pivoter son corps, se retrouve bientôt sur le dos.
À chaque battement de cœur, sa poitrine se soulève au rythme d'un souffle désormais régulier.
Ses paupières clignent un instant avant de réussir à s’entrouvrir.
Trop vive, la lumière le contraint à refermer les yeux ; de ses mains il les protège, attend un moment, le temps d’habituer ses pupilles à la clarté.
Un infime sourire se dessine sur ses lèvres lorsqu’il réalise que son calvaire vient de prendre fin.
« Coupez ! La prise est parfaite. Il ne nous reste plus qu’à insérer la scène où la femme de ce migraineux vient lui apporter un verre d’eau et deux comprimés. Zoom et plan fixe sur la boite de Gétrobu 250 mg. On ajoute la musique, plus le bandeau déroulant avec le bla-bla habituel sur les précautions d’utilisation. Allez les gars, on n’a pas de temps à perdre ! Il nous reste que trois jours avant de présenter le film aux laboratoires Immondpharma. »
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