Chapitre 5 (partie II)

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— Allez Naïm, défonce-la ! crièrent certains élève de la classe 5.

Aujourd'hui, nous étions avec la classe 4 et je me retrouvais seule. Enfin, il y avait bien Eden mais il était avec Raven et je n'avais pas vraiment envie d'aller leur parler. Tout en échauffant mes chevilles, j'analysais le combat. Je dus reconnaître que Naïm avait un sacré talent pour manier son pouvoir. Son adversaire, Charlie, une fille de la classe 4, esquivait ses armes de verre avec habileté et souplesse. Je ne comprenais pas ce qu'elle cherchait à faire, elle tendait parfois ses bras vers Naïm et durant ces moments, le manieur de verre semblait souffrir mais pas de la même manière que le pouvoir d'Eden. Elle était clairement en désavantage.

— Alors Charlie ! railla-t-il, tu aurais dû prendre tes objets avec toi !

Un sourire provoquant se dessina sur le visage de la jeune fille alors qu'un bond en avant l'amena près de Naïm.

— Je n'en ai pas besoin pour vaincre un minable de la classe 5.

Je voyais les rouages du cerveau du combattant tourner à plein régime. Mais alors que je crus qu'il allait la planter, il lâcha son arme et lui attrapa son bras. Surprise, Charlie eut une brève hésitation qui l'empêcha de riposter et après lui avoir retourné le bras dans un mouvement de pédalier que je n'aurais pas cru possible, il l'envoya rouler dans le sable de l'arène. Profitant de son élan, elle se releva et retourna à la charge.

Ce manège dura plusieurs minutes où les combattants, le sourire aux lèvres, semblaient plus danser que se battre. Mais le chronomètre arrivait à sa fin et si Naïm avait eut l'air d'avoir le dessus, il perdait petit à petit l'avantage. Cependant, quelque chose était bizarre. Le manieur de verre esquivait les bras et les mains de la jeune fille mais il encaissait ses coups de pieds tandis qu'elle essayait à tout prix de l'attraper. Mais dès qu'elle semblait prête à y arriver, soit il déviait son coup soit il se jetait au sol délibérément si bien qu'ils se fatiguaient en mouvement inutiles sans se faire de dégâts importants.

— Allez Charlie ! l'encouragea un de ses camarades, chope-le, il ne te reste que deux minutes !

Elle n'avait toujours pas dévoilé son pouvoir mais si je ne savais pas ce que c'était, Naïm, lui, semblait s'en méfier comme de la peste.

Le combat s'intensifia. Ils mettaient tout en oeuvre pour s'attraper et s'immobiliser. Ils ne riaient plus. Soudain, Charlie réussit à attraper le poignet de Naïm et un rictus de frayeur déforma ses traits. Il lui attrapa le bras, lui fit un croc-en-jambe et réussit à la faire tomber sur le dos avant d'essayer de se défaire de sa prise. Soudain, le couteau de verre de Naïm surgit du sol et visa son propriétaire. Il l'attrapa avant de le détruire. Du sang se mit à couler abondamment de la plaie. Naïm se mit alors à léviter.

Je comprenais mieux, Charlie était télékinésiste. Son but était sûrement d'envoyer son adversaire en dehors de l'arène. Allait-elle y arriver ? Je regardais le chrono, 45 secondes. Naïm se débattait, mais à moins d'accrocher le bord de l'arène et de réussir à se maintenir à l'intérieur, il avait perdu.

Du moins, c'est ce que je pensais jusqu'à ce que du sang coule du nez de la télékinésiste. Son adversaire, proche du bord, tomba et rebondit sur les parois arrondies de l'arène avant de rouler jusqu'en bas. 15 secondes.

Il se précipita jusqu'à elle et l'immobilisa au sol alors qu'elle tentait vainement de le faire léviter, sa main droite semblait fouiller le sable à la recherche de quelque chose. Il le remarqua et lui fit une clé de bras, elle cria de douleur.

— Match nul ! s'écria le professeur.

Naïm la lâcha avec un air stupéfait :

— Vous rigolez ? Je l'ai immobilisé ! J'ai gagné !

Le prof désigna le plafond et je levais les yeux. Des bouts de verres acérés comme des poignards lévitaient dans la direction du combattant. Si elle tombait dans les pommes, les éclats tomberaient et mettraient K.O. Naïm, match nul. Un sourire narquois apparut sur le visage de la jeune fille tandis qu'il serrait les poings. Mais il contint sa colère et remonta sans un mot avant de se poster vers Raven et Eden.

Les combats s'enchaînèrent. Je remarquais qu'il n'y avait pas beaucoup d'écart entre notre classe et la leur. La seule chose qui nous distinguait était le fait que nous soyons passés dans un centre de redressement et pas eux. Je trouvais cela injuste et en même temps, comment en vouloir aux directeurs ? Nous étions instables, moi la première, nous mélanger risquait de créer des problèmes inutiles.

Puis, ce fut mon tour. J'étais stressée, j'avais failli blesser Kori la dernière fois, et je m'étais défoulée sur Raven, je devais absolument me contrôler. Mon adversaire était un garçon de ma classe, Noah. Son pouvoir n'était pas effrayant, il consistait à passer à travers les murs, sauf que face à moi, il était terriblement efficace. Mes boucliers ne seraient pas utiles aujourd'hui et il le savait. Dans la panique, j'en érigeais un quand même autour de lui.

Il se précipita sur moi sans s'en soucier, passant au travers comme s'il n'y avait rien. La seule chose qui me vint à l'esprit fut d'utiliser mon contrôle sur la chaleur pour le bloquer. Ma peau se mit à fumer comme si elle cuisait mais à part une légère sensation de chaud, je ne le ressentais pas plus que ça.

Cependant, c'eus l'effet escompté, il hésita à me toucher et lorsque je voulus tenter de lui faire une prise, il m'esquiva. La peau de son bras rougit. Surprise et effrayée, je fis un bond en arrière et coupais la chaleur. Le regard de Kori et l'état de "Mary" me revinrent en mémoire. Ne pas oublier : ne pas brûler. Ne pas brûler. Ma combativité disparut instantanément. Noah s'en aperçut et m'immobilisa d'une simple prise.

Je perdis ce combat en deux minutes.

* *

*

La plupart des collés se rendirent directement dans leur chambre une fois la punition terminée. Pas moi, je n'en avais pas envie. Le vent froid avait laissé la place à une petite brise chaleureuse. Le soleil se couchait, la mer brillait de milles feux et la vue était magnifique. Mais je ne la regardais pas, j'avais les yeux fixés sur l'horizon sans voir quoi que ce soit.

— Tu es perdue dans tes pensées ?

Je sursautais en me retournant. Je vis Daze, torse nu, les ailes déployées. Un fin nuage de poussière voletait encore autour de lui. Il décrocha le pull attaché à sa taille, entoura son torse de ses ailes puis l'enfila.

— J'ai entendu parler des affrontements d'aujourd'hui.

Un rire amer s'échappa de mes lèvres.

— Je ne savais pas que les élèves de cet école étaient des commères.

— Pas les élèves, les professeurs.

Ah ! Donc les professeurs racontaient tout ce qui se passait dans leur cours ? Je me promis de faire le moins de grabuge à l'avenir pour éviter de me faire remarquer. Daze sembla deviner sans peine mes pensées car il y répondit.

— Ce ne sont pas vraiment des commérages mais plutôt qu'ils échangent des informations sur les élèves...

Le draconique chercha ses mots.

— Pour savoir s'ils sont... utilisables, termina-t-il mine maussade.

Mes yeux s'écarquillèrent, je ne pouvais pas y croire mais Daze était là depuis longtemps et puis, pourquoi il mentirait ?

— Comment ça "utilisable" ? le questionnais-je, outrée par ses révélations.

Il se frotta la nuque.

— Le terme n'est pas tout à fait exact, mais, soit nous pouvons devenir des défenseurs de l'ordre, soit non. C'est une école qui forme des "héros" après tout.

— Et si on n'est pas "utilisable" ?

Son visage devient plus léger.

— Rien, mais dès qu'ils sentent qu'on contrôle nos pouvoirs, ils nous renvoient pour que nous puissions avoir un travail ou continuer nos études.

J'étais choquée et en même temps, c'était logique, c'était écrit noir sur blanc sur la brochure que j'avais reçu. N'empêche, qu'ils nous considèrent ni plus ni moins que des objets bons à être utilisé ou jeté m'avait glacé le sang. Liméa Fale faisait donc semblant de s'intéresser à nous ? De "partager nos peines" pour au final nous tourner le dos si nous ne répondions pas à ses attentes ? Et le directeur ? Bien qu'il m'avait semblé dur et froid comme de la pierre, il m'avait paru être le genre à se préoccuper sincèrement de ses élèves. La preuve, il ne m'avait pas envoyé dans un centre après ce que j'avais fait à "Mary".

— Ça fait combien de temps que tu es là toi ? lui demandais-je en m'asseyant dans l'herbe fraîche.

— Cinq ans.

J'eus une mine déconfite, cinq ans ? Il ne maîtrisait pas encore son pouvoir ou était-il "utilisable" ? Et puis mince cinq ans ? Je ne pensais pas rester aussi longtemps ici.

— Tu verras, c'est une école chouette, et puis, grâce à ça on peut être des "héros".

Je me fichais bien d'être une héroïne. Héroïne de quoi d'ailleurs ? Il y avait des criminels d'accord, mais pas assez pour que tous les héros puissent gagner leur vie correctement, seuls ceux qui faisait des exploits étaient reconnus. Cokas le Silencieux ou le Trio de Choc qui passaient leur temps à défaire les plans des criminels, les quatre Paladins les plus connus. A part ça, il y avait encore Krisha l'Illusioniste mais elle passait plutôt son temps à monter des spectacles de magie qu'à arrêter les criminels. Et encore beaucoup d'autres dont on parlait moins.

— Ouais pour le moment, je veux juste apprendre à contrôler mon pouvoir, le reste on verra plus tard.

Daze s'assit à mes côtés.

— Si tu veux je peux t'aider, j'ai aussi eu pas mal de difficulté avant de maîtriser mon pouvoir.

Je haussais les épaules.

— Pourquoi pas après tout, ça ne peut pas me faire de mal.

— On en reparle demain au p'tit-déj d'accord ?

— Ça marche !

Puis le silence s'installa. Nous regardâmes le soleil disparaître dans l'océan. Puis, Daze se leva et me tendit la main.

— Il faut aller dormir, sinon on va se faire attraper par le surveillant.

Je la saisis en souriant. Mon malaise s'était envolé et nous nous sommes mis à courir en direction du dortoir.

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