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Se mettent en route. Collés l'un à l'autre sur le même vélo. Keira à l'avant, Frans sur le porte-bagages, les mains posées sur sa taille.
S'éloignent,
roulent et disparaissent
et je ne peux pas les suivre.
Devant moi, un horizon abrupt. Route de béton en direction des aires urbaines. Trafic. Longs blocs industriels. Éoliennes. Route plate ouverte sur les paysages gris. Ciel qui contraste. Bleu. Plein de nuages moutonneux. Et autour de moi, les voitures stationnées le long du trottoir, la chaussée déserte, les maisons qui se suivent en rang d'oignons, blocs rectangulaires de fenêtres percés, aux toits biseautés comme dans les dessins d'enfants.
Je réalise avec horreur.
Je suis dans un dessin d'enfant.
Et derrière tout cela, quelqu'un. Une main. C'est une évidence. Une main qui trace. On m'a placé ici. Dans ce décor monté de toutes pièces, soigneusement assemblé par QUELQU'UN. J'essaie d'imaginer la main – je ne vois que la sienne. Frans n'est pas là mais je ne vois que lui, penché sur les spirales.
Manque d'air.
Suis piégé dans ce décor, sous ce ciel en carton, ces nuages trop ronds, amas de coton agglutinés, sous ce soleil braqué sur moi qui m'éblouit, qui m'étourdit, qui m'assomme méchamment. Et derrière toute cette mise en scène, QUELQU'UN M'OBSERVE. QUELQU'UN TRACE.
Suis piégé dans une spirale.
Je cherche du sens à tout cela. Cherche quelque chose : une image répulsive, un prénom à maudir, quelque chose à quoi se rattraper quand la rue se vide, s'efface – cassette rembobinée, tracé ravalé par la mine –, quand le monde se dérobe à lui-même.
Ferme les yeux.
Rouvre les yeux.
On a débarrassé la scène.
Moi, je ressurgis dans la pleine candeur.
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