Chapitre 6
Amaya se réveilla en sueur, le corps tremblant. Ses muscles étaient endoloris, comme si chaque fibre de son être était en feu. Une nausée tenace lui tordait l'estomac et la pièce autour d'elle tournait lentement.
— Comment tu vas ?
Elle leva les yeux pour chercher l’origine de la voix. Là, à ses côtés, était assis Clyde, une bassine et une bouteille d'eau à portée de main. La veille, il avait fouillé son appartement et confisqué sa drogue, provoquant chez elle une rage incontrôlable. Pourtant, au fond d’elle, Amaya savait qu’il avait agi pour la sortir de cet enfer. Si elle voulait retrouver Jake, elle devait se libérer de ses chaînes.
— J’ai… j’ai… commença-t-elle, la gorge serrée, avant de se pencher au-dessus de la bassine pour vomir.
— Tiens, bois. Même si ça ressort, c’est pas grave. Tu dois rester hydratée, lui conseilla Clyde.
Elle obéit et porta la tasse à ses lèvres, mais son cœur battait la chamade et chaque muscle de son corps menaçait de lâcher. Après deux gorgées d’eau, elle vomit de nouveau avant de s’effondrer sur le côté, secouée de sanglots.
— Je suis avec toi, Amaya.
Clyde caressa doucement ses cheveux trempés de sueur, tout en sachant que son soutien était dérisoire face à la souffrance qu’elle endurait.
— Je ne te lâcherai pas.
Ses maux de tête et ses douleurs abdominales étaient si aigus qu’elle était prise de spasmes incontrôlables. Clyde, rongé par l'inquiétude, mouilla une serviette et la pressa doucement sur son front brûlant.
— Je… j’en peux plus, Clyde… Ça fait tellement mal, sanglota-t-elle.
— C’est normal. C’est le manque. Mais tu dois tenir le coup.
— Normal ? Normal ? hurla-t-elle. J’ai l’impression de mourir !
Clyde s'approcha d’elle, mais elle recula, cherchant à créer de la distance entre eux.
— Je sais que c’est dur.
— Ah oui ? Qu’est-ce que t’en sais, hein ? répliqua-t-elle.
— Je le sais, parce que je l’ai déjà vécu avec Hannah.
Amaya fronça les sourcils, choquée par la comparaison.
— Et tu te dis qu’on est pareilles, elle et moi ?
— Ce n’est pas ce que je voulais dire, souffla-t-il, mal à l’aise.
— Je ne suis pas ta femme morte, Clyde !
Clyde déglutit, désolé de la tournure que prenait la conversation.
— Je ne vous compare pas.
— Ah oui ? Alors pourquoi tu me parles d’elle ?
— Je veux juste…
— Je m’en fous d’elle et de tes explications ! Je veux juste ma drogue !
— Amaya, calme-toi !
— Tu crois que c’est en m’aidant qu’on va se rapprocher, toi et moi ? Je te déteste alors rentre chez toi !
Clyde secoua la tête, refusant de l’abandonner.
— Je ne te laisserai pas toute seule, Amaya.
— Je t’ai dit de te casser ! Va-t’en, merde ! s’écria-t-elle en lui lançant un coussin avec une force désespérée.
Il le repoussa délicatement, mais ne brisa pas le contact visuel.
— Hors de question.
Poussée par une rage aveugle, Amaya se leva brusquement et se jeta sur lui. Elle griffa et tenta de frapper, mais Clyde, plus fort, la maîtrisa d’une main.
— Lâche-moi ! Laisse-moi tranquille !
Amaya se débattit de toutes ses forces, mais il la renversa et s'assit sur elle.
— Calme-toi. Tout va bien se passer.
— Non… souffla-t-elle, les larmes coulant sur ses joues.
— Bien sûr que si. Regarde-moi, Amaya… S'il te plaît.
Elle secoua la tête pour fuir son regard, mais il ne la laissa pas faire. Avec une douceur qu’elle ne comprenait pas, il saisit son visage pour forcer leurs regards à se croiser.
— Je suis avec toi.
L'angoisse d’Amaya, amplifiée par la douleur physique, déformait son esprit. Elle ferma les yeux pour essayer d’effacer les voix qui hurlait dans sa tête et la silhouette de Jake qui lui tendait la main dans l'ombre de la pièce.
— Clyde… je vais devenir folle… Alors… je t’en supplie, une seule dose. Une minuscule dose, juste pour que ça s’arrête.
— Je ne t’en donnerai pas. Tu es plus forte que ça.
Amaya laissa échapper un sanglot. Elle tendit alors la main vers Clyde pour la poser sur sa joue. Puis, dans un geste désespéré, elle la fit glisser sur son torse avant de tenter de déboutonner son jean.
— Qu’est-ce que tu fous, là ? demanda Clyde, alarmé.
— Je… je peux te faire tout ce que tu veux… Absolument tout. Dis-moi ce qui te fait fantasmer, Clyde ? Et je le ferai…
— Arrête ça, lui ordonna-t-il en stoppant ses gestes.
Amaya glissa ses mains sous le haut de Clyde pour caresser son torse, ses doigts effleurant ses muscles tendus. Il frissonna, mais réagit vite en bloquant ses mains.
— Pourquoi tu me repousses ? Je ferai tout ce que tu veux… Absolument tout.
— Ça ne m’intéresse pas, répondit-il froidement.
Les larmes d’Amaya redoublèrent et elle murmura entre deux sanglots.
— Je te dégoute, c’est ça ?
— Bien sûr que non. Tu es toujours parfaite pour moi.
Elle le regarda, les yeux emplis de douleur et d’incompréhension.
— Alors pourquoi… pourquoi tu ne veux pas que je te touche ?
Clyde la fixa intensément.
— Parce que tu essaies de m'amadouer pour que je te donne une dose.
— Non… je…
— Bien sûr que si.
Une vague de rage submergea Amaya. D’un bond, elle le bouscula, se leva et se mit à fouiller les tiroirs, renversant tout sur son passage.
— Où est-ce que tu caches ma drogue ? Tu veux que je meure, c’est ça ?
Clyde s’élança pour l’arrêter, mais elle le repoussa violemment. Finalement, elle trouva un vieux sachet vide, qu’elle balança contre le sol.
— C’est tout ce qui te reste de cette merde, dit Clyde en le jetant dans la poubelle. Tu veux que ça te contrôle encore ou tu veux te battre pour Jake ?
Il lui tendit une photo et Amaya, haletante, la saisit d’une main tremblante.
— Tu veux le retrouver, non ? Alors garde ça en tête. Il a besoin de toi, pas de la femme qui se laisse détruire par ça.
Elle serra la photo contre sa poitrine, la tête pleine de visions déformées par ses hallucinations. Poussée par la folie, elle se précipita dans la salle de bain et ferma la porte à clé. Clyde, paniqué, tambourina contre la porte tandis qu’Amaya sortait une lame de rasoir et la portait à ses poignets.
Clyde ne perdit pas une seconde. Il fracassa la porte, son cœur se figeant à la vue d'Amaya, les poignets en sang.
— Putain de merde… Amaya, non !
Clyde s’empara rapidement d’une serviette et l’enroula autour de ses poignets en appuyant fermement pour stopper les saignements.
— Il faut qu’on aille à l’hôpital.
— Non… Je ne bougerai pas d’ici, murmura Amaya, les yeux brûlants de larmes.
— Sauf que je ne te demande pas ton avis ! rétorqua-t-il.
— Va te faire voir ! cria-t-elle en tentant de retirer ses mains.
Ignorant sa résistance, Clyde sortit son téléphone d’une main tout en maintenant la pression sur ses poignets de l’autre. Il composa un numéro, les dents serrées.
— Josh, j’ai besoin de toi tout de suite, lança-t-il dès que son ami décrocha.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Josh, inquiet.
— Amaya s’est blessée… volontairement. Je n’arrive plus à gérer la situation. Elle saigne et elle refuse catégoriquement d’aller à l’hôpital.
Amaya, entendant ses mots, redoubla de violence. Elle se débattait comme une furie, hurlant de toutes ses forces.
— Lâche-moi, espèce de connard ! Lâche-moi !
Clyde tint bon et refusa de céder.
— Josh, dit-il, essoufflé à force de la maintenir. Amaya s’est fait du mal, mais je ne veux pas appeler les secours. Ça risquerait d’empirer son état psy. Tu peux venir avec le nécessaire ?
— J’arrive tout de suite, répondit Josh avant de raccrocher.
Épuisée par sa lutte, Amaya, dont le corps tremblait, s’effondra contre Clyde. Il l’allongea alors doucement sur le canapé en gardant une main sur elle pour la rassurer. Une dizaine de minutes plus tard, Josh la découvrit blottie contre Clyde, les yeux mi-clos, à bout de forces.
— Comment ça va ? demanda Josh en déposant sa trousse de premiers soins sur la table.
— Elle alterne entre les phases de délire et les moments d’inconscience, répondit Clyde, le regard fixé sur Amaya. Franchement, je ne sais pas si je fais les bons choix. Ça m’angoisse tellement de tout faire foirer avec elle.
Josh posa une main sur son épaule.
— T’es là pour elle, Clyde. C’est ce qu’elle veut, même si elle ne te le montre pas.
Josh se mit au travail, nettoyant soigneusement les plaies d’Amaya et recousant celles qui étaient trop profondes. Pendant ce temps, Clyde restait à ses côtés, ses doigts glissant doucement dans les cheveux d’Amaya pour tenter de l’apaiser.
— Elle va s’en sortir, rassura Josh après un moment. Mais il va falloir veiller à ce qu’elle ne reste pas seule.
Clyde acquiesça.
— T’inquiète, je ne la laisserai pas seule. Pas tant qu’elle ira mieux.
— Alors, elle a de la chance de t’avoir.
Amaya, malgré son état de faiblesse, murmura quelque chose d’inintelligible. Clyde se pencha pour rapprocher son visage du sien.
— T’as dit quoi ?
— … Merci, murmura-t-elle faiblement avant de sombrer complètement dans un sommeil agité.
Clyde échangea un regard avec son ami, Josh. Il savait que ce serait un long combat, mais il était prêt à le mener, pour elle.
— Je ne sais pas si tu as vu mais elle s’amoche les poignets depuis un bon moment.
— Ouais, j’ai vu… La drogue, les scarifications… Je n’ose même pas imaginer toutes les souffrances qu’elle garde à l’intérieur.
— Son enfance, votre dernière enquête et la disparition de son mec, ça fait beaucoup pour une seule personne, tu ne trouves pas ?
Clyde baissa la tête.
— Je l’aime tellement… et j’aurais tellement voulu lui enlever tout ça.
— Sauf que tu ne peux pas… Faudra vivre avec.
— Ouais… Bon, qu’est-ce qui va se passer maintenant ?
Joshua le regarda plus durement.
— Elle va déguster encore plus et ça pendant minimum 48 heures. Alors accroche-toi.
— Putain, comme j’appréhende.
— Elle va y arriver. Tu m’as dit qu’elle se droguait plus jeune ? Si elle a réussi à se désintoxiquer une fois elle y arrivera.
Clyde soupira, exténué.
— Tu devrais te reposer, lui conseilla Joshua.
— Impossible parce que si je le fais, il peut lui arriver n'importe quoi.
— Soit pas con, Clyde. Il est évident que je surveillerai ta petite princesse.
Clyde caressa tendrement la joue moite d’Amaya.
— Ta nana doit penser que je m'accroche à la mauvaise femme, murmura-t-il, perdu.
— C'est ce que tu penses ? questionna Josh.
— Non. Parce que cette nana, je l'aime plus que ma vie. Elle a réussi à me sauver de l'enfer et maintenant, c'est à mon tour de le faire pour elle.
— Alors c'est tout ce qui compte. En plus, tu sais que ma femme ne veut que ton bonheur. Amaya est dans un moment de faiblesse, mais on sait tous que c'est quelqu'un de bien. Elle remontera la pente et j'espère sincèrement que vous finirez ensemble. C'est mon vœu le plus cher. Allez maintenant va pioncer. Je vais la surveiller.
Clyde serra les poings.
— Tout à l'heure, elle a essayé de me faire craquer en m'allumant un max tout à l'heure. Et je...
— T'as peur de quoi ? le coupa Josh. Que je succombe si elle tente quoi que ce soit ? Déstresse. Il n'y a que ma femme qui compte.
Clyde baissa la tête.
— Tu sais que j’ai réussi à la recentrer quelques secondes.
— C’est déjà très bien. Alors pourquoi tu fais cette tête de déterré ?
— Parce que j’avais beau essayer de la réconforter avec mes étreintes, ça n’a rien fait… Seul Jake y est arrivé. Et, ça tu vois, ça me fout les boules.
Josh le regarda, attristé.
— Clyde. Écoute…
— Tu vas me prendre pour un monstre ou un sale type, mais une partie de moi espère qu’il ne revienne jamais.
— C’est juste humain. Ça ne fait pas de toi une mauvaise personne.
— Je n’arriverai pas être son ami, c’est au-dessus de mes forces…
— Alors ne te force pas.
— Je n’arriverai pas non plus à l’effacer de ma vie.
— Chaque chose en son temps, mec.
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