Chapitre 8

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Pieds nus, Amaya avançait lentement sur l’herbe fraîche et humide de son grand balcon. Le soleil du matin caressait son visage, réchauffant légèrement son esprit tourmenté. Chaque pas dissipait un peu plus l’obscurité qui pesait sur elle. Pourtant, malgré cette accalmie, l’héroïne dansait encore dans sa tête et cherchait à reprendre le contrôle.

Elle s’approcha d’une marguerite. Du bout des doigts, elle effleura la tige et l’espace de quelques secondes, un sentiment de plénitude l’envahit. Elle ferma les yeux pour chercher à s’accrocher à cet instant de sérénité.


— Comment tu te sens ?


La voix de Clyde la ramena brusquement à la réalité. Elle se retourna et l’aperçut assis dans l’herbe, les coudes posés sur ses genoux. Il paraissait fatigué et contrarié.


— Mieux, souffla-t-elle, mal à l’aise.

— Je suis content de l’entendre. Et encore une fois, t’as pas à cacher tes émotions devant moi. Je suis pas du genre à juger.


Amaya esquissa un faible sourire.


— Et toi, comment vas-tu ?

— Éreinté, inquiet et soulagé de te voir reprendre pied.


Elle baissa la tête, honteuse.


— Je suis désolée de t’avoir fait endurer tout ça… J’ai cru pouvoir régler mes problèmes seule, mais je n’ai fait que m’enfoncer. Si j’avais pu te laisser en dehors de ça, j’…

— Arrête ça tout de suite, lâcha Clyde, amer.


Amaya écarquilla les yeux, surprise.


— Parce que t’as fait le bon choix en m’appelant. Si tu ne l’avais pas fait, tu ne serais peut-être plus là aujourd’hui. Et cette pensée… elle me brise complètement. Je te l’aurais jamais pardonné, tu le sais ça ?


Il sortit maladroitement son paquet de cigarettes. Avant même qu’il ne puisse en prendre une, Amaya posa une main sur la sienne, tentant d’apaiser son esprit tourmenté.


— Je suis là, maintenant. Et je te promets de prendre soin de moi, dit-elle en rompant le contact.

— T’as intérêt. Mais si tu te sens flancher, tu dois m’en parler. Pigé ?


Elle hocha la tête.


— Je te le promets.


Le désir de nicotine de Clyde était si intense qu’il céda à la tentation. Il détourna légèrement la tête en veillant à ne pas souffler la fumée vers Amaya. Elle sourit timidement devant cette attention.


— Je n’ose pas imaginer l’enfer que tu as vécu dans cette fosse. Tu as dû vouloir en finir plus d’une fois… et j’imagine qu’il n’y avait pas grand monde en qui tu pouvais avoir confiance, même après ta libération…

— Clyde…


L’envie de croiser son regard le tenaillait, mais il en était incapable.


— Je ne prétendrai jamais comprendre ce que tu as enduré, ce serait te manquer de respect. Mais si tu veux toujours de moi à tes côtés, je ferai tout pour t’aider à mettre de côté ce passé monstrueux.

— Tu es tellement…

— Collant ? l’interrompit Clyde, un sourire triste aux lèvres.

— Éperdument gentil. Merci pour tout, Clyde.

— C’est normal.


Elle fixa longuement la cigarette avant de recentrer son attention sur lui.


— Tu devrais arrêter de fumer. Je ne veux pas que ce poison te fasse du mal…

— C’est mon anti-stress.

— C’est déjà ce que tu m’as dit sur ce toit.


Clyde sourit avant d’écraser sa cigarette.


— Je m’en souviens. Ce jour-là, je l’ai autant aimé que détesté.

— Parce qu’on s’est embrassés ? demanda-t-elle timidement.

— Et parce qu’on t’a enlevée.


Un frisson parcourut Amaya. Ses mains tremblèrent alors que des larmes menaçaient de couler. Malgré le temps qui s’était écoulé, ses blessures étaient toujours ouvertes et terriblement douloureuses.


— Si tu savais comme je regrette de t’avoir laissé partir ce soir-là… J’ai rejoué cette scène en boucle, comme si j’espérais pouvoir revenir en arrière.

— C’était mon choix. Tu n’as pas à te torturer avec ça.

— Peut-être, mais j’y arrive pas.


Amaya détourna les yeux et observa les marguerites qui s’épanouissaient au soleil. Elle avait oublié combien elle les aimait.


— J’ai tout dit à Jake, murmura-t-elle.

Clyde se tourna vers elle, intrigué.


— À propos de quoi ?

— Ce qui s’est passé entre toi et moi…

— Et tu lui as dit quoi exactement ?

— Qu’on s’est rapprochés, qu’on s’est embrassés plus d’une fois… et qu’on a commencé à développer des… des sentiments l’un pour l’autre.


Dire ces mots à voix haute ravivait en elle des souvenirs à la fois heureux et douloureux, qu’elle avait tenté d’enfouir. Amaya avait toujours cru qu’elle n’avait pas droit au bonheur. Son passé l’avait enfermée dans l’idée qu’elle devait rester prisonnière de sa souffrance et de sa tristesse, comme si s’en détacher revenait à trahir la mémoire de ceux qu’elle avait perdus dans la fosse, victimes de mauvais traitements.

— J’imagine qu’il a pété un câble, dit Clyde.

— Non…

— Non ? répéta-t-il, surpris.

— Il savait que ça arriverait. À cause de sa dépendance, de ses absences, de nos disputes. Je ne lui ai jamais rien caché. Je pensais que ça m’aiderait à y voir plus clair…


Clyde déglutit.


— Et alors ? Ça t’a aidée ?

— Disons que mes angoisses ont pris trop de place pour que je puisse vraiment y réfléchir…

Il pressa son paquet de cigarettes dans sa main, tentant d’expulser la tension.


— Et pour l’instant, la seule chose que je veux, c’est retrouver Jake. J’espère que tu ne m’en veux pas… Je sais que je compte pour toi et c’est réciproque, mais… je…

— Hey, arrête, dit-il doucement. Te prends pas la tête pour ça. On s’en fout de moi.


Elle comprit alors combien elle s’était trompée en coupant les ponts avec Clyde. Malgré le peu de temps passé ensemble, un lien indestructible s’était tissé dès leur première rencontre. Derrière ses sautes d’humeur marquées par les drames qu’il avait vécus, Clyde était un homme bien, avec un grand cœur. Il faisait partie de son équilibre et elle savait désormais qu’elle avait besoin de lui dans sa vie.


— Bien sûr que non, on ne s’en moque pas, souffla-t-elle.


Un sourire triste aux lèvres, elle posa délicatement sa main sur sa joue. Clyde écarquilla les yeux, surpris, avant de les fermer pour savourer leur proximité. Il voulait s’imprégner de cet instant, conscient qu’il pourrait ne plus se reproduire.


— Arrête de toujours faire passer les autres avant toi.

— C’est pas ce que je fais, s’indigna Clyde.

— Bien sûr que si.


Clyde baissa la tête, troublé.


— Je fais ça uniquement pour les personnes que j’aime.


Amaya voulut détourner les yeux, mais son désir de maintenir leur lien était beaucoup trop intense. Elle se fit alors violence et releva le menton de Clyde pour croiser son regard.


— Tu ne dois pas t’oublier, d’accord ?

— Ouais, promis.


Amaya rompit leur lien physique pour lui dévoiler un visage plus anxieux.


— Tu veux toujours m’aider à retrouver Jake ?

— Toujours, ouais. T’es suffisamment prête pour ça ?

— Absolument.

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