Chapitre 21

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Océane sombra rapidement dans le sommeil. Elle en émergea quelques heures plus tard, la jambe meurtrie. Pendant un instant, elle regretta réellement de ne pas s’être défoulée sur Maxime. Puis la conversation lui revint à l’esprit : la malédiction et la créature qui hurle pour être libérée… Était-ce une simple coïncidence ? Elle essaya de se remémorer la légende que racontait sa mère, ainsi que sa grand-mère. Se pouvait-il qu’il y ait des dragons parmi ses aïeux et que ce soit la raison de cette histoire racontée innocemment par sa famille ? Cela voulait-il dire que son grand-père ou même l’homme avant lui en était un ? Elle essayait désespérément de se remémorer l’histoire, mais les éléments lui échappaient : elle n’avait jamais trouvé ce conte intéressant. Petite, c’étaient les histoires de vampires et de loups-garous qui la fascinaient. Elle s’inquiéta alors : est-ce qu’ils existaient eux aussi ?

Soudain, elle entendit des pas se rapprocher

— Coucou la belle au bois dormant ! Tu dors encore ?

La fermeture éclair de la tente s’ouvrit et le buste de Sonia s’y introduisit.

— Comment ça va ? demanda-t-elle innocemment avant de voir son mollet. Oh la vache ! Ta jambe !

Elle ressortit aussitôt, Océane l’entendit s’éloigner et appeler son oncle. La jeune femme soupira, elle en avait marre de ces fichus dragons…

— Alors, voyons voir ça… murmura Joaquin en approchant. Attention Océane, je rentre !

Quand il vit l’état du bandage, ses épaules s’affaissèrent. Il soupira et murmura à l’attention de la jeune blessée.

— Je suppose qu’il vaut mieux ça que mon neveu en morceaux… ?

Mal à l’aise, l’intéressée resta silencieuse, les yeux baissés.

Il quitta la tente et revint quelques minutes plus tard avec sa valise. Il nettoya la plaie et changea les pansements. Cela fait, il lui parla à voix basse.

— Max nous a raconté ce qui s’est passé. Bien sûr, il s’est pris un savon par mon frère ! Il aurait été préférable que nous soyons là pour t’aider, pour te contenir. J’ai déjà assisté à un baptême adulte, ce n’était pas beau à voir, crois-moi… Heureusement, tu as plus de force mentale que mon neveu n’a de jugeote ! Mais, je t’en prie Océane, ménage-toi et cesse de te blesser ! D’accord ?

Elle le dévisagea, sa bienveillance était-elle sincère ? Elle acquiesça d’un léger hochement de tête, et alors qu’il se redressait, elle profita du fait qu’ils étaient seuls pour lui poser la question qui la tracassait un peu plus tôt.

— Joaquin, est-ce qu’il y en a d’autres ?

— D’autres quoi ?

— D’autres créatures que nous ?

Face à son regard interrogateur, elle compléta son propos, se sentant un peu ridicule.

— Comme… heu… des vampires ou des loups-garous ?

Une partie d’elle s’y attendait : il éclata de rire, un rire franc, presque moqueur. Elle se sentit bête d’avoir osé poser une question aussi absurde. L’oncle de son amie finit par retrouver son calme, effaçant les larmes de rire aux coins de ses yeux.

— Ah ! Océane ! Non, ces créatures n’existent pas. Il n’y a que nous, les Hommes et ces salopes de sirènes.

Il quitta la tente sans plus de cérémonie, laissant la jeune fille abasourdie. Ses salopes de sirènes ? Elle ne se souvenait pas beaucoup de la légende, mais elle était quasiment sûre qu’elles n’étaient pas évoquées en ces termes. Plusieurs familles, plusieurs versions ? Elle haussa finalement les épaules. Une odeur de fumée et de poisson vint caresser ses narines, faisant gronder son estomac, lui intimant de mettre ses réflexions à plus tard et de sortir.

Poser le pied à terre raviva ses regrets concernant Maxime. Elle se mordit les joues et boita tant bien que mal hors de la tente. À peine eut-elle le temps de faire quelques pas, qu’Alexandre se précipita à ses côtés pour l’aider à marcher, la portant à moitié. Elle n’eut pas le courage de le repousser, d’autant que l’aide n’était pas complètement inutile.

Alors qu’il prenait place à sa gauche, Océane ferma les yeux et refit rapidement le déroulé des évènements, ajoutant aussi les nouvelles informations qu’elle devait intégrer à sa réalité. Comment cela avait-il pu dégénérer aussi vite ? Comment était-elle passée du statut d’intruse dans les vacances en famille de sa meilleure amie à celui de dragonne convoitée ? Comment une stupide petite brûlure avait-elle pu faire chavirer son monde ? Elle soupira. Même formulé mentalement, cela sonnait absurde. Pourtant, lorsqu’elle rouvrit les yeux et croisa ceux d’Anthony à l’autre bout de la table, ses iris orangés ne laissaient aucune place au doute.

Elle s’efforça de prendre part aussi naturellement que possible à la conversation. Sonia avait passé la matinée avec ses tantes, puis avait essayé de retrouver le chemin qu’elles avaient emprunté la veille pour rejoindre les hauteurs… mais elle s’était perdue et c’était Adrian qui l’avait retrouvée. Si le discours de Sonia et les gentilles moqueries de sa mère et de ses tantes étaient naturels, le reste sonnait faux. Maxime fusilla son cousin du regard dès l’instant où il s’assit à côté d’Océane. Joaquin échangea plusieurs regards appuyés avec son fils. Quant à Rafael, sous son apparence calme et posée, il jeta des regards inquiets à chaque geste un peu vif de la part d’Océane.

Bien que le repas soit aussi peu agréable et la nourriture aussi fade que les autres soirs, Océane dévora son assiette et finit même celle de sa voisine. Cette dernière, d’abord surprise, mit cette faim étonnante sur le dos de la guérison. Cependant, la vérité était tout autre. Même si elle n’avait pas de créature au fond d’elle, l’appétit d’Océane faisait désormais de l’ombre à celui des hommes présents autour de la table. Alors qu’elle vidait son verre pour faire passer la pomme de terre sèche qui peinait à glisser dans sa gorge, une partie d’elle espérait que cette gloutonnerie était temporaire, autrement le budget course risquait d’être serré de retour chez elle.

Chez elle.

Penser au retour lui fit mal et la rassura en même temps. Elle avait hâte de retrouver son quotidien, loin des Jorique. Alors qu’elle songeait au bonheur de retrouver les siens, Sonia la sortit de sa torpeur.

— Dis, Océane… hum… ça te dérange si on fait quand même un feu ce soir pour se réchauffer ?

Océane la dévisagea sans comprendre, avant de réaliser la raison de son inquiétude. Alors qu’elle s’apprêtait à répondre, Anthony prit la parole.

— Donc ton bien-être passe avant l’éventuel trauma de ta pote ? Whoua…

Piquée à vif, Sonia se tourna brusquement vers son cousin et l’incendia, ce qui gêna encore plus la principale intéressée.

— Ça ne me dérange pas, je n’ai pas de traumati…

Enfin, je crois ? songea-t-elle.

— Pas de feu ce soir pour vous, les filles, coupa Rafael. Nous partons demain, il faut préparer vos affaires.

— Quoi ? s’offusqua sa fille. On ne part pas après-demain ?

— Non, on a promis à Anika qu’Océane rentrerait mercredi, mais avec Joe nous allons lui faire quelques examens à l’hôpital, s’assurer que tout va bien. J’ai supposé que tu voudrais rentrer avec nous, mais tu peux rentrer mercredi avec ta mère ?

La conversation avait beau la concerner, Océane subissait passivement les échanges et les décisions qui étaient prises : elle n’avait visiblement pas son mot à dire et, quand bien même, elle ne s’y serait pas opposée. L’idée de retrouver un vrai lit, l’accès à une douche chaude et des toilettes sans araignées la ravissait.

Comme l’avait escompté son père, Sonia souhaita rentrer avec eux. Les deux jeunes femmes prirent donc la direction de leur tente et commencèrent à ranger leurs affaires.

Plus tard, alors que la respiration lente et profonde trahissait le sommeil de son ami, Océane, elle, peinait à s’endormir. Elle avait hâte de partir d’ici, mais une part d’elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter des examens que Rafael et Joaquin prévoyaient de lui faire passer.

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