Chapitre 22
La matinée suivante passa à tout allure, finalement tout le monde partait un jour plus tôt. Voyant la culpabilité dans le regard d’Océane, Laurence et Marie-Louise la rassurèrent « Ne t’inquiète surtout pas : on a hâte de prendre une douche et de manger au resto ! ». Malgré cela, la jeune fille se sentit mal à l’aise jusqu’au départ.
Le paracétamol et la nuit avaient un peu calmé ses douleurs, elle vérifia une dernière fois le contenu de son sac à dos avant de le refermer. Alors qu’elle s’accroupissait pour passer l’anse sur son épaule, ignorant les suppliques de son mollet, Maxime la fit se redresser, attrapa son sac comme s’il ne pesait rien et le jeta sur son épaule en plus du sien. La gêne la submergea.
— Attend Maxime, c’est bon ! Je peux le porter !
Il lui accorda tout juste un regard, avant de se détourner et prendre le chemin du retour.
— Si tu veux vraiment porter un sac, tu peux prendre le mien ! minauda Sonia.
Maxime se retourna et foudroya sa cadette du regard.
— Oh ça va… Je plaisante ! se renfrogna la jeune femme.
Océane esquissa un sourire et regarda son amie s’éloigner à la suite de sa famille. Un sentiment de lourdeur l’étreignait dans la poitrine tandis qu’elle jetait un dernier regard en arrière. Ses vacances étaient finies. Bien qu’elles se soient terminées dans le chaos, elle ne pouvait nier avoir passé des moments agréables ici avec sa meilleure amie. Elle prit une grande inspiration et se détourna pour expirer, avant de s’engager elle aussi dans les bois, en direction des voitures, de la civilisation et d’un possible retour à la normalité.
Les conversations allaient bon train au sein des Jorique ; les hommes revenaient sur leurs plus belles prises, ventant leurs talents de pêcheurs, tandis que les femmes s’échangeaient les bonnes adresses de restaurant et fantasmaient ouvertement sur l’accès à une douche avec du savon.
— Moi j’ai hâte de pouvoir refaire pipi sans être stalkée et escaladée par une tribu d’araignées poilues ! fini par lâcher Sonia dans une exclamation qui fit rire tout le monde.
— Je te rassure, les araignées aussi avaient hâte que toi et tes gémissements plaintifs vous partiez ! taquina Anthony. Berk ! Il reste des écailles sur ce poisson ! rajouta-t-il d’une voix aigüe.
— Y a plus d’arrêtes que de poisson dans mon assiette ! renchérit Adrian
— Pff… Bande de nases… soupira l’intéressée en relevant son sac sur ses épaules.
— Je me suis cassé un ongle et j’ai oublié ma lime ! C’est nul le camping ! surenchérit Rafael, à la grande surprise des deux jeunes filles.
— Papa ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi ! s’offensa Sonia, sous les éclats de toute la famille.
Alors que Sonia accélérait le pas pour rattraper son père et le fustiger de s’être ligué à ses cousins pour se moquer, Alexandre en profita pour se rapprocher d’Océane.
— De retour dans le monde réel, je peux espérer avoir de tes nouvelles cette fois ? demanda-t-il doucement.
Si à l’aller Maxime avait tout fait pour mettre le plus de distance entre eux, il semblait marcher le plus doucement possible pour qu’Océane reste dans son sillage, elle le vit légèrement bouger la tête à la proposition de son cousin, qui bien que murmurée, ne lui avait certainement pas échappée.
La semaine écoulée avait été un véritable ascenseur émotionnel pour Océane et à cet instant, elle ne savait plus vraiment ce qu’elle voulait, espérait de la part de ces garçons. Elle releva les yeux vers ceux de son interlocuteur. Elle n’arrivait toujours pas à s’habituer à leur forme et leur couleur. Le sourire que lui adressa alors Alexandre était charmeur, mais aussi légèrement crispé, comme s’il avait peur que sa demande soit rejeté.
Si ses yeux étaient étranges, son sourire était humain et la ramena au début du séjour, alors qu’il se rapprochait d’elle avant même de savoir qu’elle était une des leurs.
— Pourquoi pas ? finit-elle par lui répondre dans un murmure.
Le regard qu’ils échangèrent réveillèrent quelques papillons dans le ventre d’Océane qui espérait ne pas trop rougir. Il lui tendit alors un morceau de papier sur lequel il avait noté son numéro de téléphone, elle le prit avec un mélange d’excitation et d’appréhension.
— Quand tu veux ! lui déclara le jeune homme avec un sourire chaleureux.
Océane acquiesça d’un signe de tête et glissa le papier dans sa poche. Elle n’avait pas oublié qu’il n’espérait rien de sérieux, mais après tout, pouvait-elle le blâmer ? Elle-même ne savait pas quel type de relation elle voulait vivre ; à ce jour, son expérience amoureuse était plutôt mince.
Malgré les échanges avec Alexandre et Sonia, le trajet retour fut long ; une douleur sourde irradiait la jambe d’Océane qui fit de son mieux pour ne rien laisser paraître, elle culpabilisait assez entre le retour prématuré de toute la famille et Maxime qui transpirait sous la charge des bagages.
Lorsqu’enfin, elle distingua les reflets métalliques des voitures à une dizaine de mètres, Océane laissa s’échapper un soupir de soulagement, auquel celui de Sonia fit rapidement écho.
— On a bien avancé ! annonça Joaquin en regardant sa montre. On devrait être rentré pour treize heures !
Laurence posa ses affaires à côté de leur voiture et s’étira avant de faire les yeux doux à son mari.
— Treize heures ? Ça fait tard… Ne peut-on pas s’arrêter en route dans un petit restaurant pour manger ?
Océane s’amusa de la scène, encore plus quand Joaquin refusa au prétexte, qu’ils y avaient des restes dans la glacière. Elle se tourna finalement vers Rafael qui lui tendait son précieux téléphone, elle s’en saisit avidement en le remerciant brièvement, oubliant un court instant le monde qui l’entourait.
Alors que toute la famille s’embrassait et se disait au revoir, Océane maudissait le manque de réseau qui l’empêchait de recevoir toutes les notifications en attente. Elle soupira et rangea son smartphone dans sa poche ; Rafael avait promis de lui dire si quelque chose de grave arrivait, il n’y avait donc aucun message urgent à lire. A son tour, elle s’approcha de chacun pour dire au revoir.
Laurence et Marie-Louise se montrèrent particulièrement chaleureuse, Paulo et Adrian aussi cordial qu’au début des vacances, puis vint le tour d’Alexandre. Celui-ci la prit ouvertement dans ses bras, il embrassa délicatement sa joue avant de glisser quelques mots à son oreille.
— Prends soin de toi et surtout, ne m’oubli pas !
Il s’éloigna en lui adressant un dernier clin d’œil, avant d’adresser un sourire goguenard à quelqu’un derrière elle. Océane n’eut pas besoin de se retourner pour deviner de qui il s’agissait, elle s’efforça d’ignorer le froid qu’elle senti dans sa nuque et se présenta à Joaquin.
— Tu peux me faire la bise mistinguette, mais sache qu’on va se voir cet après-midi !
D’abord surprise, elle se rappela néanmoins rapidement les examens qui l’attendaient à l’hôpital. La gorge serrée, elle avala sa salive et acquiesça poliment.
— A cet après-midi alors ! répondit-elle avec un semblant d’enthousiasme.
Elle n’avait jamais aimé les piqures, les examens… mais avait-elle le choix ? Les deux frères avaient bien pris soin d’elle jusque-là, eux seuls pouvaient l’aider à comprendre ce qu’elle était et ce que cela impliquait pour sa santé, son avenir avec sa famille. Elle n’avait d’autre choix que de leur faire confiance.
Il ne restait qu’Anthony, elle le trouva se tenant à l’écart, la mine renfrognée. Elle s’approcha néanmoins.
— Je te souhaite de bien profiter du reste de tes vacances ! annonça-t-elle doucement en s’avançant pour lui faire la bise.
Contre toute attente, il la prit lui-aussi dans ses bras, mais les mots qu’il glissa à son oreille n’étaient pas aussi doux que ceux de son cousin.
— Sois prudente et ne fais confiance à personne ! Encore moins à mon père et mon cousin. Tu n’y es pour rien, mais tu n’as pas idée des enjeux et des convoitises que ton existence suscite et vont susciter… Désolé.
Sans lui laisser le temps de répondre, il s’écarta et s’éloigna pour monter dans la voiture de ses parents. Océane le suivit du regard, luttant contre la vague de tremblements qui la traversait.
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