Chapitre 30

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À peine eut-elle ouvert la porte, qu’elle entendit Diane se précipiter dans le couloir.

— Grande-soooooooeeeeeeeuuuuuuuur ! s’écria la petite en courant à sa rencontre.

Océane n’eut guère le temps de se préparer, la petite se jeta dans ses bras et appliqua un gros bisou baveux sur sa joue. Daphné et Anika arrivèrent tout de suite derrière elle. Elle reposa la benjamine avant d’embrasser sa cadette, non sans avoir effacé le filet de bave au préalable, puis elle prit sa grand-mère dans ses bras.

— Bon retour à la maison, trésor ! Ça s’est bien passé ? demanda-t-elle avant de l’embrasser à son tour.

L’intéressée acquiesça avec un grand sourire, hors de question de gâcher ce moment de retrouvailles avec des pensées négatives.

— Tu as fait quelque chose à tes yeux ? demanda doucement la vieille femme. J’ai l’impression qu’ils n’ont pas la même couleur…

Anika qui avait gardé sa petite-fille dans ses bras se pencha sur elle, les yeux plissés de curiosité.

— Bah ! T’as rien mangé finalement ? s’étonna Daphné en portant le sac vers la cuisine. À part les bonbons, bien sûr… Pff…

Embarrassée par l’intérêt de sa grand-mère, Océane profita de la distraction offerte par sa sœur pour s’extirper des bras de son aïeule.

— Non, je n’ai pas eu le droit d’emporter les courses… J’ai été obligée de manger ce qu’ils pêchaient…

Diane fit la moue tout en traînant tant bien que mal un pack d’eau à la suite de son aînée. Océane s’empara du dernier pack avant que sa grand-mère ne le prenne et suivit ses sœurs vers la cuisine.

La fin de la matinée se passa dans la bonne humeur, Diane insista pour goûter la viande séchée sous vide et, à la surprise de tout le monde, elle dévora la moitié du sachet. Quant à Daphné, elle rangea le reste des courses, mais finit par se renfrogner en réalisant qu’il ne restait vraiment ni gâteau ni sucrerie. Enfin, Océane aida Anika à préparer le repas du midi, tout en racontant son séjour avec les Jorique, elle omit bien sûr les détails les plus désagréables.

— Et ton bobo, là ! Tu te l’es fait comment ? demanda innocemment la benjamine en pointant du doigt la jambe droite d’Océane.

— Ah ça… J’ai mangé des chamallows trop près du feu, il y a une branche qui m’est tombée dessus ! Mais ne t’inquiète pas, ça guérit vite !

Anika lorgna sur la blessure en question.

— Hum… Il faudra refaire le pansement, Schatz… Il n’est pas beau à voir celui-ci.

L’intéressée acquiesça avant de demander à ses cadettes de mettre le couvert. Comme d’habitude, Diane se leva avec entrain tandis que Daphné soupira tout en reposant son smartphone sur la table.

La scène, des plus banales, réchauffa le cœur d’Océane. C’était pour ça qu’elle voulait s’investir. Pour son foyer, pour prendre soin de sa grand-mère et veiller à l’épanouissement de ses sœurs. Ces histoires de dragons ou dracs, cela ne l’intéressait pas. Peu importait ce qu’elle était devenue, car au fond, elle était restée la même et c’était tout ce qui lui importait.

Le déjeuner permit à Océane de se détendre pour de bon. Elle était vraiment de retour chez elle à manger des petits plats faits maison. Pourtant, elle ne parvint pas à savourer son repas : il y avait un goût qu’elle ne parvenait pas à identifier, mais qu’elle n’aimait vraiment pas. Discrètement, elle observa ses sœurs. Daphné mangeait distraitement en scrollant sur son téléphone, tandis que Diane grignotait, ce qui n’était pas surprenant avec toute la viande séchée qu’elle avait engloutie juste avant.

— Daph’, pas de téléphone à table ! finit-elle par rappeler à sa sœur.

— Pff… Y a que toi que ça gêne, Oma et Diane s’en foutent ! râla l’intéressée.

— Et bien moi, je ne m’en fous pas, range s’il te plaît.

Non sans grogner, l’intéressée finit par s’exécuter. Daphné avait toujours eu un fort caractère et une tendance à la rébellion. Cela lui avait déjà valu deux journées d’exclusions du collège. Si pour l’instant, elle obéissait à son aînée, cette dernière craignait que cela ne dure pas. Anika renforçait l’autorité d’Océane, mais qu’en serait-il si elle venait à partir ?

Plongée dans ses pensées, Océane reprit machinalement une fourchette de son plat, mais fit aussitôt la moue. Rien à faire, il y avait quelque chose qu’elle n’aimait pas.

— Quelque chose ne va pas ? questionna la grand-mère.

— Il y a un goût bizarre que je n’aime pas…

— Pourtant, nous n’avons rien ajouté de plus que d’habitude… Et la viande est fraîche, nous l’avons achetée hier.

— Je ne sais pas, Oma…

— T’as peut-être mangé trop de mauvais poissons ces derniers jours ! taquina Daphné.

Diane ricana à la boutade de son aînée.

— Ah… Peut-être ! concéda Océane à moitié convaincue.

Elle finit difficilement son assiette et à peine se leva-t-elle de la table, qu’elle regretta de s’être forcée : son ventre lui faisait particulièrement mal. Anika, qui avait gardé un œil sur elle pendant tout le repas, s’en inquiéta, soupçonnant un coup de froid ou une indigestion. Elle lui intima d’aller se reposer. Contrariée de se sentir mal à peine rentrée, Océane aida néanmoins à débarrasser la table.

— Pff… Mais va te coucher, t’es blanche comme une fesse ! s’agaça Daphné. C’est bon, je vais faire la vaisselle… Encore…

— Va t’allonger, je t’apporte un thé vert, Schatz, renchérit la grand-mère.

Océane abdiqua et se dirigea vers sa chambre en faisant un détour par la salle d’eau pour se laver les mains, elle ne voulait pas s’assoupir en portant ses lentilles.

Anika arriva dans la chambre au moment où, assise à son bureau, Océane refermait son étui à contacts.

— Ah ! Je me disais bien que tes yeux étaient différents ! s’exclama la vieille femme dans son dos.

L’intéressée se mordit la joue et balbutia l’excuse qu’elle s’était inventée pendant le repas.

— C’est une idée de monsieur Jorique, c’est pour protéger mes yeux. Tu sais comme je peux être sensible à la lumière !

Elle entendit vaguement son aïeule acquiescer derrière elle tandis qu’elle déposait une tasse remplie d’un liquide doré à côté d’elle.

— Ton préféré, au jasmin, annonça Anika. Je ne l’ai pas fait trop chaud pour que tu puisses le boire rapidement avant de te reposer.

Océane remercia sa grand-mère qui déposa un baiser à l’arrière de son crâne avant de partir. Elle savoura un instant de retrouver son vaste champ de vision aux couleurs intenses, puis se pencha sur son thé. L’odeur lui parut étrange, mais elle ne s’en formalisa pas, songeant que cela était certainement dû à son indigestion. Elle vida sa tasse en quelques gorgées, puis se leva pour gagner son lit. Bien que ce dernier soit à moins de deux mètres d’elle, elle n’y parvint pas. Elle tomba à genoux au milieu de sa chambre, percluse de douleurs abdominales. Sentant la nausée monter à grande vitesse, elle s’efforça à se lever et tituba jusqu’aux toilettes où elle rendit tout son repas.

Après des minutes qui parurent durer une éternité, Océane s’éloigna un peu de la porcelaine. Pantelante, la peau brûlante et glacée à la fois, elle ne comprenait pas ce qui l’avait mise dans cet état. Daphné vint auprès d’elle avec un linge humide et frais.

Océane releva les yeux vers sa cadette pour la remercier et lorsqu’elle croisa le regard de sa cadette, elle s’étonna de la voir figée, les yeux exorbités.

— Oui, bon… ça va, je sais que j’ai une sale tête, pas la peine d’en rajouter… taquina-t-elle.

Mais la boutade ne déraidit pas les traits de sa sœur. Cette dernière la raccompagna jusqu’à la salle de bain, puis à sa chambre sans dire un mot.

Alors qu’elle commençait à s’assoupir, de petits coups résonnèrent à la porte, Anika entra avant de s’asseoir contre elle sur le rebord du lit.

— Comment te sens-tu ?

Tant bien que mal, Océane se retourna pour faire face à sa grand-mère. Celle-ci l’observa avec intensité, les lèvres pincées.

— Ça va aller, je pense… Merci.

— Bien. À plus tard, alors.

Sans plus de cérémonie, Anika quitta la pièce, laissant sa petite-fille perplexe ; elle l’avait trouvée étrangement froide… Non, c’est juste une impression, elle est sans doute fatiguée de devoir prendre soin de tout le monde. Je me rattraperai dès que ça ira mieux… songea Océane, avant de s’assoupir.

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