Aujourd'hui, j'ouvre pour la première fois les yeux, ou plutôt, ce qui pourrait s'y apparenter. Je suis le Premier Né, celui que Mon Père qualifie d'Etoile du Matin, d'être parfait. Celui qui Porte les rayons d'or apportant vie et beauté au monde d'en bas.
- Mon Fils, ton nom est Lucifer, ta Mère, est celle qui, chaque jour bénit notre royaume de son insondable beauté. Et tu seras celui qui portera sa gloire à travers le Monde, tu en seras son visage, elle qui n'a ni forme ni voix, tu béniras pour elle les êtres vivants de la Terre.
Ignorant encore parfaitement comme formulé ma pensée, je me contente d'acquiescer, la parole du Père est absolue, et la mission d'apporter la beauté au monde est noble. Ainsi, je ferais la connaissance de ma Mère, celle qui apporte vie et beauté.
J'apprendrais vite qu'elle nourrissait les plantes dont les bêtes se nourrissent. Que sous son règne, les ténèbres ne pouvaient avancer, et avec elle, nous repousseront La Nuit qui menaçait chaque jour de dévoré les terres et détruire l'œuvre du Pere.
Plus tard, Mère enfantera d'autres Anges, mes petits frères, notre famille grandis vite, mes frères sont nombreux et tous aussi différents que les couleurs des rayons de Mère. Celui qui ressemblait le plus à notre Mère était Jophiel, la Beauté de Dieu, il prit la douceur de Mère et sa beauté, mais il ne serait qu'un parmi de nombreux Anges.
Bien sûr, si douce soit-elle, Mère n'est pas exempt de tout défaut, et je l'apprendrais assez vite quand un mortel tenta de la défier. Affublé d'ailes de cires, le mortel Icare pris son envol, venant à l'encontre de Mère, cherchant à la faire descendre de son trône au firmament. Malheureusement pour le pauvre, Mère est un être de beauté, mais également d'orgueil, et personne ne saurait défier son règne. Elle qui n'offre que rarement sa bénédiction, refuse catégoriquement que tout être ose prétendre s'élever à son niveau, elle est ultime, le commencement et la fin.
J'ignore de quoi Mère est faite, et je ne désire pas le savoir, je ne suis que son Porteur, celui qui la présente au monde. Elle dont l'autorité est absolue, sévère et si clémente, Mère, sans elle le monde ne serait qu'une proie pour les ombres... Je crains le jour où vous ne serez plus à mes côtés, et prie pour que celui-ci n'arrive pas. Mais Mère, je me demande, si vous ne pouvez exister sans ombre, et si l'ombre ne peut exister sans vous... Êtes-vous réellement la solution ? Mes pensées blasphématoires m'obligent à me demander. Que se passerait-il si vous n'étiez pas présente ? Le monde sombrerait il dans le chaos ? Ou au contraire, serait-il sauvé de l'ombre ?
Vous qui êtes l'orgueil même, qui refusez toute opposition à votre règne, qui brûlait les ailes de ceux qui refusent de se soumettre, n'êtes vous pas l'ennemie de Père ? L'Orgueil est le premier et plus dangereux des péchés, et pourtant, vous que Père ne cesse de couvrir de louange en êtes l'exemple parfait. Indétrônable, imperturbable, pas un mot ne s'arrache de votre être, qu'êtes vous ? Pourquoi une telle inflexibilité ? Vos rayons bénissent le monde des hommes et donnent la vie le jour, pour la reprendre le lendemain quand celle-ci devient trop ambitieuse... Votre humble serviteur ignore pourquoi vous faites tous cela, et votre mutisme l'inquiète.
Vous qui avez banni La Nuit du Jardin d'Eden, pourquoi bénir les êtres serviles, et punir ceux qui tentent de vivre à leur manière ? Une Mère, ne devrait-elle pas se réjouir de voir ses enfants grandir, prendre leurs propres décisions ? Moi qui vous porte depuis ma venue à l'existence, ne vous comprendrais jamais... Et pourtant, je sais bien, que, qu'importe où je me trouve, vos rayons continueront de réchauffer ma peau, même si je devais terminer ma vie au fin fond des enfers.