6. Salivation
L’endroit nous apparait sombre, un peu froid, et l’humidité ambiante semble saisissante. Nous voyons même les traits que forme un petit courant d’air circulant dans l’espace confiné. Nous grelotons rien que d’y penser, qu’il doit glacer les sangs à son passage ! Nous sommes dans le gigantesque système d’aération souterrain d’une ville hors mesure.
Deux hommes se tiennent debout, un chariot au loin éclaire la scène de sa puissante lampe halogène. L’endroit ressemble plus à l’intérieur d’un énorme tuyau aux multiples embranchements. Lorsque nous disons tuyau nous entendons le type de tube qui mesure deux mètres de diamètre et qui s’enfonce profondément dans les hauteurs du plafond. Voilà ! La comparaison nous vient, nous sommes comme à l’intérieur d’une flûte colossale.
Des ombres étirées évoquant des pals de ventilateurs viennent virevolter sur les parois de ces embranchements comme pourraient le faire les doigts d’un musicien pour jouer de son instrument.
Nous devons imaginer les ventilateurs car ils sont hors de portée, mais la démesure de l’endroit nous laisse présager qu’ils sont énormes.
Toutes les surfaces, aux murs, au sol, au plafond, toutes sont suintantes, sales et gluantes ; nous avons l’impression que nous sommes au point le plus profond de la ville et que tout le gras de ses routes est venu se coller aux parois de ce lieu obscur.
Les deux hommes éclairés par la lampe du chariot ont chacun une pelle en main, ils ne les tiennent pas comme si ils raclaient le sol mais plutôt comme s’ils tenaient des armes contondantes. Un sang vieux et visqueux perle sur la lame de leur instrument de travail. Les muscles de leur visage sont tendus, leurs yeux écarquillés, nous pouvons ressentir la peur rien qu’en les regardant.
Face à eux, décharnée et blessée, une créature horrible aux dents acérées se redresse sur ses deux jambes. Au centre de son buste aux chairs défaites brille une boule luisante, que nous pensons être son cœur. La bête est en pleine salivation, ses deux yeux dévorant perforent les deux pauvres employés de la ville bien démunis.
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