Soirée 2/?
Derrière la porte se trouvait Élodie dans une tenue sublime, il fallait bien l'admettre. Une grande robe ouverte en V. Si elle ne portait pas une guêpière, toute sa poitrine serait visible. Mais le bleu profond et finement décoré de sa guêpière avait une présence remarquable.
- Bonsoir très chers.
Tout paraissait naturel dans sa voix, elle devait être habituée à son propre jeu. Elle me tendit sa main avec élégance.
- Bonsoir chère maîtresse.
Je penchai la tête et lui fis un baisemain. Elle avait tout un attirail de bagues en or et de bracelets.
- Entrez donc par ce froid, jouet se chargera de vos vestes.
Elle ignorait Camille avec un brillot impressionnant, pas le moindre regard, comme si elle n'existait pas. Je compris pourquoi nous n'étions pas entrés par la porte d'entrée. Elle avait transformé son salon pour qu'on ne puisse voir qu'une partie. Une grande table en son centre et un coin canapé dans un autre. Tout le reste était occulté par des rideaux, créant une sorte de bulle irréelle en dehors du temps. Élodie aimait beaucoup l'aspect traditionnel du SM et cela se ressentait. Du rouge, du noir, des bougies et du cuir un peu partout. Sur la table, des martinets, des cravaches et autres jouets étaient disposés. C'était très bien fait sans être kitsch. Je ne m'attendais pas du tout à cela. C'était même presque intimidant de professionnalisme.
Je vis que dans son autre main, Élodie avait une cravache en cuir.
- Puis-je inspecter votre soumise ?
- Elle est tout à vous, maîtresse.
D'un geste rapide, elle plaça le bout de sa cravache sous le menton de Camille pour lui faire lever la tête et elle inspecta avec envie ma soumise docile. Elle tourna autour d'elle, donna quelques légers coups de cravache sur ses fesses.
- Les consignes ont été respectées, merci très chers.
- Je crains avoir un peu utilisé ma soumise lors de sa préparation.
- Intéressant, a-t-elle crié ?
- Toujours quand je m'approprie son passage interdit.
Je ne pus m'empêcher d'avoir un grand sourire, essayant de rester dans mon personnage.
- C'est le but de ces jouets, être utilisés et bons à crier.
Elle mit un grand coup de cravache sur ses fesses, qui fit crier de surprise Camille.
- Dans la cuisine, jouet, à vos consignes chienne.
Elle pointa une porte de sa cravache et Camille s'y dirigea à quatre pattes. Elle me fit un grand sourire.
- Vous vous en sortez très bien, très chers, pour une première fois. J'apprécie vos efforts.
- Merci, j'espère être à la hauteur de vos préparatifs.
- Votre soumise ne vous a rien dit ?
- Elle aurait dû ?
- C'est une chienne discret que vous avez. Nous préparons cette soirée depuis un bon mois, j'espère qu'elle saura vous ravir.
Je crois que je suis le conjoint le plus aveugle du monde, je n'avais rien vu du tout, pas le moindre signe. Elle pourrait me tromper que je serais complètement aveugle. Mais je suis parfait, alors aucune chance... Je me rassure comme je peux.
- Venez dans le petit salon, on va pas rester devant la porte.
Je la suivis et m'installai dans un fauteuil, elle fit de même en face dans la banquette. Sur la table basse se trouvait une clochette, des pinces en acier et un paddle en cuir avec écrit "punition" dessus en rouge.
- Je vous remercie pour votre invitation, j'en suis honoré. N'hésitez pas à me reprendre si je fais un faux pas.
- Détendez-vous, très chers, ce n'est qu'un jeu, tout va bien se passer. Je ne vous ai jamais vu aussi nerveux.
J'avais un peu de mal à le cacher, en effet. J'avais l'impression de revenir à mes premières scéances avec Camille, ne sachant pas trop quoi faire et réfléchissant tout le temps.
- Désolé, je dois me mettre un peu trop la pression.
- Je comprends tout à fait, les règles sont simples : amusez-vous et n'ayez pas peur d'être un peu ridicule.
Elle explosa d'un rire bruyant et surjoué qui était étonnamment rassurant.
- Très chers, bienvenue à ma mascarade. Ici, rien ne compte et tout ce qui compte, c'est de s'amuser dans le respect des règles sadomasochistes en place. Alors détendez-vous et amusez-vous. Si vous vous sentez perdu, n'ayez pas peur de le formuler, je n'en serai pas offusquée.
Elle surjoua complètement sa tirade mais avec un brio théâtral tellement réconfortant.
- Je vous remercie infiniment, maîtresse.
- Pour vous, ce sera Domina.
- Avec plaisir, Domina.
- Souhaitez-vous un patronyme ?
Là, elle me scotchait un peu pour le coup, je n'avais rien prévu du tout.
- Je trouve "très chers" fort à propos
- C'est vrai que cela vous va bien. Dernier petit point avant de faire sonner la cloche et débuter la soirée proprement parlé. Voulez-vous que je cache le sexe de mon jouet ? Je vous sais être plus hétérosexuel.
- Vous savez, Domina, je ne peux nier mon appétence pour le sexe féminin, ses formes, ses lèvres, et bien sûr ses odeurs que je ne me lasserai jamais. Mais voyez-vous, dans le contexte de cette mascarade, comme vous avez si bien dit, je vois le sexe différemment. Je ne vois pas votre jouet comme un homme mais comme un soumis, et étonnamment, cela offusque bon nombre de bannières hétéronormées
J'avoue prendre du plaisir à jouer au prétentieux et aux tournures de phrase alambiquées.
- J'ai hâte d'entendre la suite de vos propos, mais ne restons pas la gorge sèche.
Elle saisit la cloche sur la table et la fit tinter dans un geste surjoué. L'instant d'après, Camille et Raphaël débarquaient avec des plateaux à la main. La tenue de Raphaël était des plus amusantes : un veston de costume ouvert et un pantalon qui ne couvrait que les jambes. Forcément, baraqué et beau gosse, cela lui allait.
Il déposa sur la table une flûte à champagne et un verre à bière fort bien ornementé.
- Je vous sais peu adepte des bulles, très chers, j'ai pris la peine de faire venir plusieurs bières artisanales.
- Je vous en suis fort reconnaissant, Domina.
Raphaël ouvrit la bouteille de champagne et une bouteille de bière avant de les servir. Puis Camille nous donna les verres.
- Chienne, metez en place la première surprise pour votre maître.
- Bien, maîtresse.
Elle se dirigea dans un coin de la pièce et pianota sur un PC avant de le refermer. Et dans la pièce, une musique étonnante se mit à emplir la pièce. Des gémissements de Camille. Des bruits de succion, de mouille et autres doigtages.
- On a mis un peu de temps à tout enregistrer et mon jouet a fait le montage.
- Surprise fort appréciée.
Le son n'était pas très fort mais impossible de ne pas entendre les complaintes de plaisir.
- À votre anniversaire, très chers
- Merci beaucoup
Nous trinquâmes et bûmes nos breuvages. Camille était à genoux à côté de moi et Raphaël à côté d'Élodie, à genoux aussi.
- Je vous en prie, continuez votre raisonnement sur l'hétérosexualité.
- Avec grand plaisir. Comme je disais, la soumission est un jeu et je vois les participants avec le rôle et non leur genre. Je n'irais pas jouer avec le membre de votre jouet, mais sa présence ne me gêne nullement, au contraire, c'est intéressant dans cette situation. Vous dominatrice et moi dominant, et l'inverse avec nos soumis. J'aime beaucoup cet équilibre. Et il est fort difficile de nier la beauté de votre jouet.
En vrai, ce n'était pas compliqué de se la jouer cul pincé et même plutôt divertissant.
- Je vois exactement ce que vous voulez dire. Je vais vous partager une anecdote. J'étais hétéro jusqu'à tard, même dans le SM à mes débuts. Il me fallait une verge à dominer et le sexe féminin m'écœurait pour les raisons qui vous excitent, très chers. Les fluides, les odeurs, je trouvais cela dégoûtant. Mais avec le jeu, j'ai fini par voir les femmes juste comme soumises et non comme femmes, et quelque temps plus tard, une délicieuse soumise me léchait pour la première fois. Et quel temps plus tard encore, mes lèvres effleureront celles d'une autre soumise maintenue par son maître.
Le mot de mascarade me plaisait énormément, tout était ridicule : la musique qui était des gémissements, la discussion surjouée, nos tenues et nos soumis attendant sagement à genoux, mais c'était réellement plaisant.
Annotations
Versions