34.2
— Adoria !
Je lève les yeux. En vérité, j'ai déjà reconnu la voix criarde de Dayanara.
— Demain, Daye. J'ai des choses à faire.
— Ça n'a rien à voir avec les échecs, m'assure-t-elle.
J'entrevois mon casier, quelques mètres derrière elle.
— D'accord, fais vite.
Elle inspire un grand coup et, avec un débit de paroles presque impossible à suivre, m'explique la situation aussi clairement qu'elle le peut :
— Elles m'ont demandé de venir te voir parce que je suis ta déléguée, les filles du club de natation. Après ce que Roxane a fait à Nelly, il leur manque un membre pour le relais des Octobraises. Je leur ai dit de prendre une de leurs recrues d’option, mais elles te veulent toi, Adoria. Elles disent que tu as la carrure, que tu dois être une bonne nageuse. Elles estiment que c'est à cause de Roxane qu'elles sont en difficulté et qu'alors, étant sa sœur, tu devrais les dédommager.
— Hors de question.
— Adoria, je m'adresse à toi en tant que déléguée. Si tu refuses de considérer la proposition du club de natation, je ne peux pas te garantir que ça ne retombera pas tôt ou tard sur Roxane. C'est vrai que je ne vous apprécie pas particulièrement, et pour être honnête je trouve ta sœur un peu futile. Mais tu tiens à elle, non ? Alors essaye au moins d'en discuter avec les membres du club.
— Je ne peux pas. Je concentre déjà tous mes efforts sur la formation. Dis aux membres du club de natation que je ne compte pas les rejoindre. Inutile d'essayer de m'intimider.
Parce que je n'ai pas de temps à leur consacrer. Peut-être. Mais avant tout parce que je ne peux plus plonger dans un bassin sans me métamorphoser en monstre sous-marin. Rejoindre une équipe et partager ma passion ; l'occasion de réaliser mon rêve se présente aujourd'hui et je suis contrainte de décliner, parce que personne ne doit découvrir ce que je suis réellement.
Je plonge ma main dans la poche de mon sac où je range habituellement la clé de mon casier.
Vide.
À tout hasard, j'essaye quand même de tirer un grand coup sur la porte. Le battant métallique ne bouge pas d'un pouce, mais j'aperçois le coin d'une feuille qui dépasse entre les rainures. Je tire, elle tombe au sol. Avant même de me baisser pour la ramasser, je remarque le papier froissé, j’entrevois l’écriture. Pas celle de Teo.
Cette fois-ci, au moins, le mystérieux expéditeur s'est donné la peine d'écrire une phrase complète : « Si tu souhaites ouvrir ton casier, rends-toi à la fontaine. ».
Une fontaine, il y en a une dans le parc de l'Académie. Il ne peut s'agir que de celle-là. C'est la fin de l'après-midi et le ciel reste couvert, pourtant, malgré l'air lourd, une masse d'étudiants se prélassent sur les pelouses humides, profitant d'un des rares rayons de soleil qui ponctuent la saison des pluies. Parmi tout ce monde, je me demande comment je vais retrouver l’anonyme qui a pris mon casier pour une boîte aux lettres. Je vais peut-être enfin découvrir ce que l'inconnu attend de moi, en échange de son silence.
La fontaine se trouve au milieu des jardins, dans une cour entourée de bosquets ombragés. Des pensionnaires ont tendu des nappes sur le gazon pour entamer un pique-nique improvisé. D'autres, plus loin sur un banc, finissent aussi discrètement qu'ils le peuvent de vider une bouteille à même le goulot. Selon le règlement, il est interdit de consommer de l'alcool dans l'enceinte de l'Académie. Cela dit, d'après ce que j'ai pu voir, du moment qu'on arrive à sauver les apparences, le règlement peut gagner en souplesse.
Je m'assieds, méfiante, sur le bord du bassin circulaire au milieu duquel une femme à queue de requin crache de l'eau en soufflant dans un coquillage – un genre de gros bigorneau, pour ce que j'en sais. Nous sommes nombreux, assis sur le rebord humide de la fontaine, mais je suis incapable de mettre un nom sur l'un de ces visages. Je balaye du regard les alentours. J'aperçois Dayanara et son frère en train de parler avec Koma, qui ajuste ses lunettes quand Armando lui ébouriffe les cheveux.
Plus loin, mes voisines de chambre, Kit et Shell, sirotent une limonade en remontant l'une des allées du parc. Elles forment un duo peu commun. La petite taille, l'allure frêle et la pâleur de Shell contrastent avec la carrure, la musculature et la peau noire de Kit. La première semble perdue, le regard plongé dans le vide derrière ses longs cheveux sombres. L'autre déborde de vivacité, les yeux pétillants et ses longues dreadlocks blondes qui se balancent dans son dos au rythme de sa marche. Le fameux Elias dont Roxie m'a tant rabattu les oreilles est dehors lui aussi, trop occupé à faire le coq devant une bande de filles pour remarquer que Diggy et ses copains se foutent de lui.
J’attends, sur le qui-vive. Mais les minutes s’étirent, et moi aussi. Je me perds un moment dans les remous du bassin. Putain, si seulement je pouvais piquer une tête sans que mon corps de mutante fasse des siennes !
C'est alors que je remarque un objet scintillant, parmi tous les autres objets scintillants coulés au fond de la fontaine. Au milieu des pièces de monnaie balancées avec le maigre espoir de réaliser un vœu, des canettes tordues jetées négligemment, d'un écran d’holo brisé et d'une cuillère dont le manche a déjà commencé à rouiller, j'aperçois des clés. Celles de mon casier, décorées de mon porte-clé en forme de planche de surf et d'un ruban rayé offert par Roxane.
C’était sûr. Mon correspondant-mystère n’a jamais eu l’intention de me rencontrer, encore moins de m’expliquer ce qu’il me veut.
Pas le temps d'y réfléchir. Pour l'instant, l’important, c'est de récupérer mes clés. Évidemment, ce voleur à la gomme pouvait pas juste les balancer au bord. Non ! Fallait qu’il les envoie pile au pied de la statue, juste sous le jet d’eau !
Il suffirait que je mette les pieds dans le bassin, que je reçoive deux-trois éclaboussures… et je me transformerais en femme-poisson devant tout le monde ? Pas possible. Je pourrais m’en aller comme si de rien n’était, revenir par nuit, à l’abri des regards. Non, ce serait trop simple. Mon maître chanteur veut précisément que je foute les pieds dans le plat. C’est clair que c’était pas assez sadique d’aller me dénoncer, moi, le monstre contre-nature. Non ! Fallait pimenter les choses et me forcer à me griller en public !
Qui que ce soit, je le hais de toutes mes putains d’écailles. En attendant, si je me débine, je peux être certaine que mon harceleur repassera après moi pour repêcher mes clés. Qui dit qu’il ne les bazardera pas dans un endroit plus difficile d’accès, encore plus plein de flotte qu’ici ?
Je pourrais déclarer la perte, faire changer mon verrou, payer une petite amende pour ma négligence. Ce serait moins risqué. Mais m’imaginer payer pour une faute que je n’ai pas commise et laisser l’autre fourbe jubiler dans l’ombre, ça a déjà l’amer goût d’une défaite. C’est pas le genre de chose que je peux digérer.
C’est là que j’ai le déclic ; une idée de génie au moins digne d’Emma. Je m’éloigne du bassin, m’accroupis dans un bosquet et guette le retour éventuel de mon correspondant-mystère. Tel sera pris qui croyait prendre…
Les minutes filent, le parc se vide, personne ne saute dans la fontaine pour repêcher mes clés.
— Drôle de cachette ! lance une voix dans mon dos. Que chasses-tu, au juste ?
Je me retourne sur Luna.
— J'attends que l’autre enflure aille chercher mes clés à la flotte.
— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Sans lâcher le bassin des yeux, je fais le topo à ma sœur.
— Il ne reviendra pas, affirme-t-elle.
— Comment tu peux en être aussi sûre ?
— S'il attendait que tu te mouilles et te métamorphoses aux yeux de tous, il a dû te surveiller. Il t’a forcément vue te cacher et comprendre que son plan était tombé à l’eau. Littéralement, de fait.
— Merde… Qui serait assez tordu pour faire ça ?
— Tordu, tel est l’esprit humain. Je dirais donc, sans ironie aucune, qu’absolument n’importe qui est un candidat potentiel, voire idéal, pour le rôle du persécuteur.
— On parle de ma vie, Lun’, pas d’un putain de film.
— Oh. Je faisais plus volontiers allusion à une scène de théâtre. La vie est-elle autre chose ?
En voilà au moins une que l’Académie n’a pas fait vriller. Toujours aussi mélodramatique !
Luna se pose trop de questions et, si ce n’était pas à juste titre, j’oserais dire qu’elle voit le mal partout. En fait, elle semble avoir une idée si précise de ce qui peut se passer dans le cerveau d'un psychopathe maléfique que je me demande, souvent, si elle-même est aussi douce et innocente qu'elle en donne l'air.
— Viens, me presse-t-elle, c'est bientôt l'heure du couvre-feu.
Et comme je me résous à enjamber le bord de la fontaine pour aller récupérer mon bien, maintenant que le ciel est noir et le parc désert, Luna déploie ses grandes ailes et survole le bassin pour se saisir au vol des clés coulées au fond. Elle les essuie soigneusement avant de me les tendre.
— Je sais que tu n'apprécies pas les effets de ta métamorphose, dit-elle. Pour ma part, je suis contente de pouvoir enfin être moi-même. Alors ne te sens pas redevable, d'accord ?
Luna est ma sœur, je la connais depuis toujours, et elle demeure une énigme pour moi.
Nous sommes déjà attablées au réfectoire depuis quinze bonnes minutes quand Emmanuelle nous rejoint. Faustine était là la première, elle vient d'entamer sa deuxième assiette.
— Désolée du retard, s'excuse Emma. Je planchais sur un dossier pour le club.
— Pas de problème. T’es pas la dernière.
Je lance un coup d’œil sur la chaise vide à côté de moi.
— Où est Roxane ? demande Emma.
Je hausse les épaules.
— Aucune idée.
Roxane n'arrive pas alors, après dix minutes de patience, nous allons nous servir au buffet. Faustine prend une troisième assiette. Pendant le repas, Luna n'évoque ni notre mésaventure, ni l'existence de mon mystérieux correspondant. J'apprécie sa discrétion. Peut-être qu'après cet échec le chantage va s'arrêter. Il n'est pas encore temps d'en inquiéter les autres.
Faustine se lève de table pour aller se remplir une quatrième assiette. Nous avons pris l'habitude, plus personne ne s'en étonne. Nous autres terminons notre repas. Roxane n'est finalement pas venue.
— Roxie a bien dit qu'elle arrêtait de faire régime le mois dernier, pas vrai ? demande Emma.
— Oui, approuve Luna, mais c'était le mois dernier. Dans quel monde les résolutions tiennent-elles plus de quelques semaines ?
Pour seule réponse, Faustine finit de gober un mollusque dans un bruit d'aspiration visqueux. Je cherche une explication.
— Elle doit être contrariée à cause de ses corvées... Eh merde, j’avais promis de venir lui filer un coup de main. Je vais lui apporter quelque chose à manger au cas où. Un fruit, ce serait bien ?
— Les pommes, ça cale, lance Faustine en mordant l'une des siennes.
— Roxie n'aime pas les pommes.
— Une banane, suggère Emmanuelle.
Luna la dévisage avec un sourire en coin.
— Quoi ? se défend Emma. C'est nutritif, c'est tout ! Pour une fille qui vit plongée dans ses poèmes romantiques, t’as vraiment l'esprit mal tourné !
— Les poètes ne sont pas des saints, réplique Luna. Au contraire, les plus talentueux d'entre eux sont ceux qui arrivent à révéler la beauté du vice.
— La beauté du vice, répète Faustine à voix basse. Tu crois que l'assassin de papa a lui aussi agi au nom de la beauté du vice ?
— Je crois surtout que tu devrais tenir ta langue en public, intervient Emma en se levant.
En quittant le réfectoire, je pioche une banane dans la corbeille de fruits. Alors que Faustine disparaît déjà dans les escaliers, Luna et Emmanuelle proposent de m'accompagner jusqu'à ma chambre pour prendre des nouvelles de Roxane.
— Faustine était bavarde, ce soir, se réjouit Luna.
— Vous êtes au courant ? demande Emma. Il paraît que sa camarade de chambre a demandé à être transférée. J'espère que Faust n'a pas encore fait des siennes.
— Qui vit d’espoir meurt à jeun, soupire Luna.
J'ouvre la porte de la chambre. Vide, à ma grande surprise. Non seulement Roxane n'est pas là, mais le désordre qui jonche d’habitude son lit et son bureau a lui aussi disparu. J'allume la lumière et pénètre dans la pièce. Une note a été déposée sur le bureau de ma sœur :
« Je dois partir réaliser mon rêve. Vous restez mes sœurs et je ne vous oublierai jamais, alors ne m'en voulez pas. J'essayerai de vous donner de mes nouvelles dès que j'en aurai l'occasion. Je vous aime fort. Bisous. Roxane. »
Je sens les larmes me brûler les yeux, j'inspire un grand coup pour les empêcher de couler.
— Quoi ? Elle est juste partie comme ça ?
— Il fallait s'y attendre, lance Luna.
— Non ! Roxie n'a pas pu partir sans même nous dire au revoir !
Luna vient poser sa main sur mon épaule.
— Il faut la comprendre, elle n’a sûrement pas réussi à nous le dire en face…
— Elle nous avait prévenues sur le bateau en venant, ajoute Emma. On doit respecter sa décision.
— Pourquoi elle ne m'a rien dit, à moi ?
Cette fois, malgré mes efforts pour les retenir, les larmes débordent. Luna et Emmanuelle me prennent toutes deux dans leurs bras. Ce n'est qu’une fois mes yeux à sec, mon cœur à court de pleurs, qu'elles me lâchent et me laissent en me recommandant une bonne nuit de sommeil. Mais le sommeil tarde à venir. J'ignore si je suis triste ou seulement en colère. Depuis que nous sommes à l'Académie, Roxane et moi avons partagé la même chambre, la même classe, nous nous sommes confiées l'une à l'autre et tellement rapprochées... J'avais l'impression que nous avions trouvé plus de points communs qu’on s’en était jamais soupçonné, qu’on serait toujours là l’une pour l’autre.
Et puis elle s'est sauvée sans me parler de ses projets, sans même me dire au revoir. C’est pire qu’un abandon, c’est comme un autre deuil. Les larmes refluent et giclent, semant les écailles sur mes joues. Je me sens si mal, si seule, sans personne pour être témoin de mes faiblesses.
Au milieu de la nuit, comme le sommeil me boude, j'enfile un maillot de bain, mon jogging, et me glisse par la fenêtre, le long d’une gouttière. C'est contraire au règlement, bien sûr. Mais le règlement, ce soir, c'est bien la dernière de mes préoccupations.
En traversant le parc à petites foulées, je ne suis qu'à moitié surprise de croiser Luna qui voltige au-dessus. Elle me fait signe, sans pour autant me demander où je vais, puis s’éloigne dans un looping. Je crois apercevoir Faustine, à la fenêtre d’un escalier, qui nous observe, immobile. À croire qu’aucune de nous n’est plus capable de pioncer sans somnifère ! Et dire que j’aurais pu m’endormir, peinarde, sans avoir à redouter la prochaine tempête que Roxie provoquerait dans la chambre… J’ai les nerfs. Je cours à pleine allure jusqu’au gymnase, bondis par-dessus le bras de rivière qui sépare l’Académie de la côte, saute par-dessus la grille qui clôt le périmètre.
Quand les dunes me retiennent, je chasse le sable à grands coups de pied. Je fonce le long de la plage jusqu’à Carcaracosta. Là, je m'arrête et souffle. Je me fige dans l'obscurité et j'écoute le bruit des vagues charriées contre les rochers, j'entends le grondement lointain d'un orage qui se prépare. Petit à petit, les bruits des clapotis et de l'écume se font plus proches, plus intenses, comme un appel qui se répète, qui insiste. L'appel de l'océan.
— Si Roxane est partie réaliser son rêve, pourquoi moi je devrais me retenir ?
Aussi vite que les vieux réflexes refont surface, j'ôte mes habits de sport et me jette tête première dans la mer. Illico, ma peau se coagule en une épaisse couche d’écailles gluantes. Les branchies s'ouvrent sur mes joues et, ainsi transformée, je plonge sans même penser à prendre ma respiration. C’est naturel. C’est moi. Putain, ça fait du bien ! Même mon mucus d’œil n’est plus une gêne : tant que je garde la tête sous l’eau, il ne dégouline plus.
L'eau glisse sur mes écailles, je fends les vagues sans retenue, plus vite que jamais. Libérée de la contrainte de reprendre mon souffle, je plonge plus profondément qu'autrefois dans l’océan immense, bercée et exaltée par ses courants capricieux. Plus je m'enfonce, plus les eaux deviennent froides. Alors, d'instinct, mes membres se mettent à battre à une allure folle. Mon sang se réchauffe et mon allure augmente encore. Peu à peu, les profondeurs obscures m'apparaissent plus nettes, et j'ai même la sensation de ne jamais avoir été aussi alerte de toute mon existence.
Obligée d'accélérer pour faire face aux eaux de plus en plus glaciales, je me laisse rattraper par la fatigue. Mieux vaut regagner la surface. Je reste allongée sur le dos à regarder le ciel se couvrir et la pluie s'abattre sur moi. Ni ma peau écailleuse, ni mes yeux vitreux ne sont indisposés par les cordes qui tombent. Je reste là, impassible. Je pourrais rester là toute l'éternité, je crois. À la dérive, je commence à divaguer.
— T’es content papa ? C'est ce que tu voulais, pas vrai ? Je suis comme un poisson dans l'eau. Comme l'une de ces bestioles que tu aimais disséquer. Tu es content, j'espère, de ton putain de cobaye ! Tu as dû te marrer, toutes ces années passées à élever tes monstres, à nous laisser croire qu’on était comme tout le monde. J'espère que tu me vois. J'espère que tu me regardes et que tu es content d'avoir réussi ça. Parce que moi, je ne te pardonnerai pas. Je ne te pardonnerai pas de m'avoir encouragée, de m’avoir laissée adorer l’océan. Toi tu savais, hein, que c’était dans mes gênes ? J’ai pas eu le choix, pas vrai ? Parce que je suis un putain de poisson !
« Et toi, maman ? T’es un poisson toi aussi ? Est-ce que ma mère est un foutu tas d’arêtes qu'on a fait frire à la poêle ? Est-ce qu'un tas d'arêtes pourra encore être fier de moi ? Est-ce que toi, au moins, tu m'aurais aimée, et pas comme un cobaye ? Est-ce que tu nages quelque part là-dessous, maman ?
Ce sont les premières lueurs du jour qui me rappellent à l'ordre. Je regagne l'Académie trempée, en même temps que les élèves qui vivent à l'extérieur franchissent la grille principale. Degory m’interpelle mais je ne lui réponds pas. Je regagne le dortoir, exténuée, et m'écroule sur mon lit, la peau pleine d'eau et de sel, les cheveux en bataille encore tout gluants d'algues et la joue parsemée de boue visqueuse. Et pour la première fois, je m'en contrefiche.
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