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Tandis que notre petite nature se remet de ses émotions reste avec le chat pour qu'il ne soit pas tout seul, Estéban m'invite à me rafraîchir sous une douche alimentée par un réservoir de pluie et installée à l'arrière de la cahute. Il me dit :
- C'est rituel. Faut frotter.
Sans plus d'explications, je m'exécute puis attrape ma serviette et ma crème solaire. Il m'interrompt :
- Viens.
Encore mouillés, nous prenons alors la planche de paddle qui va nous permettre de passer entre les roseaux pour nous emmener au milieu du lac, loin de la vase et des poules d'eau. Intriguée, je demande :
- Manu ne s'attaque pas aux oiseaux ?
- Bah... la première fois qu'on est venus, il a essayé. On l'a repêché dans la fange. Si tu avais vu ses yeux ! Je ne savais pas qu'un chat pouvait avoir l'air si vexé et humilié. Il n'a jamais recommencé.
L'eau est claire et fraiche. Estéban m'explique que le chemin de rando que j'ai vu permet de beaux points de vue sur une rivière et ses multiples cascades.
- À peine trente minutes de marche en réalité, mais comme ils font tous la queue pour faire les mêmes selfies, ça leur prend en tout cas deux heures. Il faut reconnaître que les mecs qui ont fait le tracé sont des génies. Tout est prévu pour que ces idiots prennent le même chemin et les mêmes photos aux mêmes points de vue. Le trophée, c'est un cocktail au sommet, dûment posté sur les réseaux. Les touristes sont contents, le restaurateur fait de bonnes affaires et l'eau reste immaculée vu qu'en réalité, personne ne s'en approche jamais vraiment.
Mon chevalier ajoute :
- En fait, nous, les écolos, ils nous ont cassé les burnes au début ; surtout quand ils essayaient de nous chasser. Mais maintenant qu'ils sont partis, il faut bien reconnaître que le site est devenu de plus en plus beau et que beaucoup d'oiseaux sont revenus. Du coup, pour faire notre part, on se baigne tout nus et on évite la crème solaire.
Il a dit ça en enlevant son calbute avant de se glisser dans l'eau. Maintenant, il nage en me regardant :
- À toi ! On t'avait prévenue quand tu nous as suivies ! Tu vas pas nous polluer notre lac pour quelques centimètres de tissus, quand même !, se marre-t-il en regardant dans ma direction.
Je le regarde, dubitative. Si ces mecs sont écolos, je suis le pape. Mais moi, je suis toujours à la tête d'écolo chick, alors, ce faux pas là, je ne peux pas le faire.
- Bon, tu viens !
- Retourne-toi !
Il éclate de rire et plonge sous l'eau. La voie est libre.
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