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Arrivés sur le rivage, nous nous rinçons à nouveau sous le réservoir d'eau de pluie. Elle a été chauffée écologiquement par les soins de dame nature. Même si j'ai pris des vacances d'écolo-chick, j'admets que cette simplicité me remplit de joie.
La cabane est posée sur pilotis, avec une petite terrasse à l'avant. Estéban sort une petite table et quatre chaises de camping, tandis que Kader allume le barbecue. Le désormais auto-proclamé chef cuisto demande qu'une bière lui soit servie.
- Je préfère ne pas quitter mon poste ! C'est délicat, la cuisson des brochettes ! Il faut les retourner régulièrement. J'ai une méthode de précision ! Tu veux venir admirer, Heidi ?
La technique en question est assez rigolote. Chaque brochette fait office de mini-rôtisserie. Notre artiste, à qui il ne manque que la toque, les fait tourner sur elles-mêmes en actionnant une manivelle, laquelle entraîne une chaîne de vélo qui emporte dans son sillage des roulettes à crémaillère, dans lesquelles sont plantées les brochettes.
- Regarde Heidi : ni trop vite, ni trop doucement ! C'est tout une expertise ! Tu m'en diras des nouvelles ! Et de l'autre main, je peux retourner les légumes. Regarde. Comme ça !
Estéban lui tend une bière sans alcool en lui disant :
- Avec la chaleur et le coup de tout à l'heure. On va y aller mollo.
Dès que le serveur repart, le chef me chuchote :
- Il est un peu jaloux. Ne va jamais manger chez lui ! Il ne sait faire que des croque-monsieur, et encore. Une fois sur deux, il les oublie dans le grille-pain et ils sont cramés.
La réponse, lancée du fond de la cabane, ne se fait pas attendre :
- Dis, Kader. C'est qui qui te l'a construite ta rôtisserie ?
Piqué, le maître du grill répond :
- OK, c'est toi. Mais c'était intéressé ! Avoue que tu adores quand c'est moi qui te fait à manger ! Et puis, tu ne peux pas t'en empêcher de bricoler des trucs.
Plus bas, le cordon-bleu ajoute :
- Moi, si j'étais une fille, je ne voudrais pas dormir avec ce mec. Je suis sûr que même la nuit, il ne peut pas s'empêcher de bricoler. Tu te couches dans un lit, tu te réveilles dans un bateau.
Tandis que les deux rivaux se chamaillent, j'entame ma bibine sans alcool. Par cette chaleur, c'est exactement ce qu'il me fallait pour me désaltérer. Je regarde Estéban de loin ; il ne fait plus vraiment attention à moi. Au moment de passer à table, je tente de m'assoir à côté de lui. Il me stoppe net :
- Cette chaise est prise. Va plutôt en face !
Le vent. Bref. Un peu vexée, je m'exécute, tandis que la boule de poil vient gentiment prendre sa place près de son homme. Si c'est pareil avec le hamac, je suis bonne pour dormir seule, moi. À moins que…
Je tourne la tête en direction du cuisto qui chantonne du Francis Cabrel à tue-tête en actionnant sa petite manivelle d'une main, et sa pince à légumes de l'autre. Il a passe pour un imbécile, mais il a surtout l'air heureux. Une voix dans ma tête me rappelle mes grandes idées de "beauté intérieure" et de "ne pas se fier aux apparences". Et puis, un peu de légèreté, n'est pas ça que je suis venue chercher ?
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