Punition
Will est sceptique concernant ce rendez-vous donné aussi rapidement. Il me conseille de rester prudente et de ne pas de suite, emporter le poison. Ni, écrire à ma mère, la patience est la meilleure option.
Une fois en tenue, je demande mon chemin à des passants qui cherchent plus à me charmer en me vendant des pilules étranges que je me renseigner. Je cherche aussi à parler avec des femmes qui ne sont pas non plus d’une grande aide.
— Excusez-moi Messieurs ?
« Ne dérange jamais un garde, sinon tu finis à ses pieds comme un ver de terre ». J’ai osé ! Je n’ai pas retenu la règle d’or de Will ! Les deux hommes commencent à charger, autour de moi, la vie continue et je prends mon courage à deux mains. Le premier, grand, large d’épaules, vêtu de noir, avec un fusil d’assaut en bandoulière, ne bronche pas. Ses yeux brillent d’un éclat froid sous l’éclairage blafard des néons.
— Je… Je dois voir Marx Wood ce soir. Je cherche l’adresse du rendez-vous, c’est au six rue des Deniers.
Un silence tombe. Le garde releva la tête lentement, laissant son regard peser sur moi. Un sourire sinistre étira ses lèvres.
— Tu cherches l’adresse ? Tu te fous de notre gueule hein ?
À ses côtés, son collègue éclate de rire. Le premier crache par terre avant de s’approcher.
— C’est la première fois qu’une pute demande son chemin, ricane-t-il.
Je sers les poings.
— Je ne suis pas une…
Le coup fut si rapide que je n’eus pas le temps de le voir venir. La crosse de son arme s’abat violemment sur mon ventre. Je m’écroule à genoux, le souffle coupé.
— Mauvaise réponse, souffle le garde en m’attrapant par les cheveux pour me forcer à relever la tête.
Deux autres se rapprochent. Tous m’entourent menaçant.
— T’es qui au juste ? On ne t’a jamais vue !
— Une apprentie croque-mort, murmurai-je, le goût métallique du sang emplissant ma bouche.
— Ah ouais ? Et tu bosses pour qui ?
— Will. Je bossais, j’ai vraiment rendez-vous avec le Maitre !
Le silence se fit. Un échange de regards entre les gardes. Puis un sourire mauvais.
— Alors t’as sûrement du temps devant toi. On te déposera ensuite là-bas.
Un frisson me parcourt. Deux d’entre eux me saisissent brutalement par les bras.
— Où… où est-ce que vous m’emmenez ?!
— T’inquiète pas, on va discuter.
Je tente de me débattre, mais une gifle me fit taire. Mon cœur tambourine dans ma poitrine tandis qu’ils m’entrainent dans une ruelle sombre. Puis ils me jettent dans une cave d’une des maisons.
La lumière est faible et les trois me chargent tandis que le même s’agenouille pour tourner mon visage heureux.
— Le Maître ne s’entiche pas d’aller voir une jolie comme toi. Il faut s’inscrire.
— Appelez le et vous verrez bien !
— Tu as du caractère toi ! J’aimerais bien qu’on te tire une balle dans la tête mais on va plutôt profitez d’un bon coup, hein les gars ?
Ils rient grassement et je leur crache dessus. Une deuxième coup cette fois sur ma joue droite avant qu’il me tire la tête en arrière pour me cracher aussi :
— On s’en fiche de ton rang ma mignonne. Les femmes sont là pour nos désirs et tu vas bien être punis pour surtout oser nous déranger ! Ensuite, on t’emmènera comme tu le désires, à lui. Il décidera de ton sort suite à ton audace.
— Vous allez le payer !
Il me répond pas et pendant que deux maintiennent leurs positions, avec un autre, ils en profitent pour s’immiscer en moi en commençant par le bas. Relevant ma jupe, retirant ma culotte et sans que je puisse bouger ou hurler.
Mes yeux clos me renvoie à la chaleur des Terres Libres, aux douceurs des madeleines et au rire de Jordy pendant une partie de balle autour du lac.
— Tu es bien trop belle pour découper les morts, je pense que le Maitre donnera le feu vert pour que soit d’office à l’Académie de l’Obéissance !
Je ne peux lui répondre vu qu’on m’entrave toujours. En position à quatre pattes, on continue de m’insulter, me souiller et je repense une seconde fois à Jordy, dont on n’a jamais consommer.
— Bien, j’espère que tu as compris la leçon !
— Oui…
Le dernier se rhabille et il me force à me relever. Je n’arrive plus à marcher et je glisse sur ma culotte devenue sale.
— Que fais-tu ?!
Au moment où je me penche pour la prendre, l’un d’eux me frappe avec cette fois, une mini matraque qui me refait saigner de la bouche. La violence est -elle que je touche le mur du fond. En larmes, sans le souffle, je me sens coupable de ça autant que j’en veux à ma mère de m’avoir envoyer à la mort….
— C’est ça que tu veux ma chérie ?
Celui qui m’a frappé, récupère à la main mon sous-vêtement avant de me le fourrer dans la bouche. Je tente de l’empêcher mais on l’aide à le rentrer jusqu’au fond de ma gorge. Je commence à m’étouffer et le premier garde à qui j’ai parlé, sert mon cou en rage :
— Tu n’es rien, tu ne sers à rien ! Retiens ça ! Maintenant, que tu as bien fermé ta gueule, tu vas continuer à nous suivre, les mains attachées et bien sûr, on désire que les rares passants puissent t’humilier comme il se doit, suis-je clair ?!
— Hum…
Il tapote ma joue satisfait avant qu’on me penche pour lier mes mains par une corde, sans doute trouvée là. Puis, j’avance, tête baissé en retenant mes larmes. Il me faut survivre et que tout ça m’endurcisse ! Je ne sais rien de cette Académie mais si Marx m’a donné un rendez-vous, j’ai de bonne chance qu’il m’accorde une grâce.
— Elle a du retard, pourquoi était-elle dans cet état ?
Les deux frères Calvin, si je m’en rappelle, me toisent eux aussi sans émotion. On me force à me tenir droite. Un simple portail protège un manoir à l’abandon. Je ne sais combien de minutes, on a marcher mais aux alentours, aucun signe de la ville.
— Cette jeune femme prétend avoir rendez-vous avec le Maitre ! Est-ce la vérité ?
— Oui Vince. Rentrez, quelques soient ses crimes, lui seul sera le juge.
— Parfait Boris.
Le portail grince et une volée de chauvesouris annonce la couleur au-dessus de nous. La nuit ne me permet pas de détailler les lieux et pourtant, à peine la porte passée, le froid des pierres m’engloutie sans que pour autant, le feu du salon ne me réchauffe.
Et ce n’est pas les lierres sensé me faire échos à mes Terres et l’accueil du Maître qui vont aussi accomplir leurs missions. Vince me jette presque à ses pieds et il explique mon crime.
— Merci pour votre sang-froid, vous serez récompensés à votre juste valeur. Avant de me quitter, libérer sa bouche et récupérer les liens.
Il reste là, assis dans un fauteuil en cuir, un verre d’alcool à la main. Il me regarde avec une expression insondable, comme s’il jaugeait un objet brisé. Un silence pesant s’installe et ce n’est qu’au moment où il est sûr qu’ils sont partit qu’il me parle enfin :
— Tu es en retard, finit-il par dire d’une voix glaciale.
Je me relève difficilement et m’observe dans la glace, elle aussi brisée. Ses pas maitriser se déplace jusqu’à moi, il dépose le verre avant de prendre ma culotte posée sur le rebord. Aucun mot ne me permet de me défendre…il prend le dessus en jouant avec.
— Tu comptais me faire attendre encore longtemps ?
— J’ai été… retenue, balbutiai-je.
— Retenue ? Et pourquoi devrais-je te croire ?
Son ton était impassible. Il ne montrait ni colère, ni compassion. Il me scrutait simplement, comme on observe un enfant qui avoue une faute.
— Les gardes… Ils m’ont…
Il reprend son verre, avant d’ajouter d’un ton détaché :
— Tu aurais dû connaître ton chemin et savoir qu’on ne doit jamais déranger un garde pour surtout une chose si futile.
Mon cœur se serre, il a raison.
— Alors… vous ne ferez rien ?
Il me regarda un instant. Puis il haussa les épaules.
— Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Je suis le Maître, ce sont mes règles ! Et tu as déjà été bien punis pour ça !
Une larme roule sur ma joue. J’aurais dû m’y attendre. Il n’est pas un sauveur. Juste un monstre de plus dans cet Enfer. Mais alors que je me résignais à mon sort, Marx ajouta :
— Pourtant… je vais te laisser une autre chance.
— Une chance ?
Un sourire cruel joue sur ses lèvres.
— Oui. Une seule. Prouve-moi que tu peux être utile. Sinon, tu n’auras plus à te poser de questions sur ton avenir.
Un frisson me parcourt.
— En quelle honneur ?
— Ton caractère me séduit. Tu n’es pas comme les autres.
— Et si j’échoue ?
— La Fosse pour choisir les meilleurs morceaux ou le reste dans le feu ! Bien, je pensais échanger plus avec toi ce soir et je vais finalement décaler notre entrevu. La vie ou la mort ?
— La vie !
— Tu iras découvrir les joies de l’Académie de l’Obéissance. Ne te pose pas trop de questions, tu es orpheline, sous mon aile et une femme de ton rang doit s’élever pour obéir aux codes des Terres Brulées ! Au-delà bien évidemment de faire plaisir aux hommes autant que parfaire son rôle de mère, de bonne épouse. J’estimerais la durée.
Son rire me rassure toujours pas mais il me laisse en vie. C’est déjà ça, seulement, mon poison est loin et je ne pourrais sans doute pas m’échapper pour écrire à Will. Comment je ferais ? Il faudra cacher ma lourde blessure, renforcer mon masque pour séduire le Loup.
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