Un présent
Les jours passèrent, et la date de cette fameuse soirée se rapprochait. Une tension sourde s’installait dans l’air, un mélange d’appréhension et d’excitation.
Un après-midi, alors qu’elle s’affairait dans l’écurie, caressant doucement l’encolure d’un cheval, le bruit de pas précipités la fit sursauter. Elle se retourna et aperçut Hans, arrivé plus tôt que d’habitude. Il semblait animé d’une énergie particulière, une lueur inhabituelle dans le regard.
Sans un mot, il s’approcha, attrapa délicatement sa main et l’entraîna hors de l’écurie.
— Venez avec moi, dit-il simplement.
Intriguée, le cœur battant, Louise le suivit jusqu’à la cuisine. Là, sur la table de bois, trônait une boîte élégante, soigneusement entourée d’un ruban rouge. Hans se tenait à ses côtés, un sourire impatient éclairant son visage.
— Ouvrez ! lança-t-il d’une voix vibrante d’enthousiasme.
Elle hésita, son regard oscillant entre lui et la mystérieuse boîte.
— C’est pour moi ? Mon Dieu, Hans… Qu’avez-vous fait ? murmura-t-elle, troublée.
— Ouvrez, je vous dis… répondit-il doucement, amusé par son étonnement.
D’une main tremblante, elle tira sur le ruban, qui glissa lentement, libérant le couvercle. Lorsqu’elle l’ouvrit enfin, un souffle lui échappa.
Sous ses yeux reposait une robe d’une beauté inouïe. Le tissu, d’un bleu profond aux reflets subtils, semblait capturer la lumière. Les manches courtes, et le col délicatement arrondi lui donnaient une élégance intemporelle. Une fine ceinture de satin marquait la taille avant que la jupe ne s’évase en une cascade de plis gracieux, promettant de virevolter au moindre mouvement. De délicates broderies ornaient l’ourlet, un détail raffiné qui achevait de sublimer l’ensemble.
Jamais elle n’avait eu pareille merveille entre les mains. Les doigts légèrement tremblants, elle effleura l’étoffe, sentant sa douceur contre sa peau. Un instant, elle crut rêver. Comment pouvait-elle accepter un tel présent ? Et surtout… pourquoi Hans tenait-il tant à lui offrir cela ?
— Hans, c’est beaucoup trop ! Cette robe est magnifique, elle a dû vous coûter...
Elle ne put finir sa phrase, submergée par l’émotion.
— Rien n’est trop beau pour vous... Louise. Et ce n’est pas tout...
Il sortit une boîte plus petite de sa poche et la posa devant elle avec un sourire énigmatique.
Louise écarquilla les yeux, partagée entre la stupeur et une pointe d’appréhension.
— Mais Hans… souffla-t-elle, décontenancée.
— Ouvrez ceci, s’il vous plaît... J’aime vous gâter, Louise, murmura-t-il. Je n’en aurai peut-être jamais plus l’occasion.
Son cœur se serra à ces mots. Elle leva les yeux vers lui. Ces prunelles d’un bleu glacial, qu’elle trouvait si dures au début, avaient perdu toute la sévérité qu’elle leur prêtait autrefois. Aujourd’hui, elles lui semblaient empreintes d’une tendresse troublante.
Lentement, elle tendit la main, ses doigts fins et délicats effleurant la surface de la boîte avant de l’ouvrir avec précaution.
À l’intérieur reposait un collier d’une exquise délicatesse. Une fine chaîne d’or blanc soutenait un pendentif en camée, sculpté avec une précision remarquable, représentant le profil gracieux d’une femme. Autour, de minuscules diamants étincelaient à la lumière, conférant à l’ensemble une élégance rare. C’était une pièce d’un raffinement inouï, bien trop somptueuse pour une femme de sa condition.
— Non, Hans… Je ne peux pas accepter… murmura-t-elle, bouleversée.
Il lui sourit, d’un sourire chaleureux et sincère.
— Vous n’avez pas le choix, Louise. Je vous ordonne d’accepter ce cadeau, dit-il avec une légèreté taquine.
Elle baissa les yeux, troublée, avant de lui adresser un sourire gêné.
— Je n’ai jamais possédé de choses aussi belles... Je vais ressembler à ces dames parisiennes ! plaisanta-t-elle, tentant d’alléger l’atmosphère.
Hans la contempla un instant avant de répondre, d’une voix douce mais assurée :
— Vous serez bien plus belle.
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