Chapitre 8
Un mois. Un mois entier sans donner de nouvelles à mes chers lecteurs. Quelle tragédie pour la littérature ! Il est temps de vous raconter ce qui s'est passé.
Durant ce mois, mes amis et moi avons cherché sans relâche. Pourtant, personne ne semble connaître un prisonnier qui pourrait m’en vouloir personnellement. En réalité, rien dans cette affaire ne semble vraiment cohérent.
Il faut savoir jouer avec les gens pour obtenir ce que l’on veut. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à retrouver notre ami malade. À vrai dire, tous les autres détenus atteints de cette mystérieuse maladie ont disparu comme s’ils s’étaient volatilisés. Je pense que certains ont succombé, et que l’administration pénitentiaire fait tout pour étouffer l’affaire.
C'est compréhensible, après tout. Qui voudrait voir éclater un scandale sur une épidémie dans une prison déjà surpeuplée ? Une telle révélation ruinerait définitivement sa réputation.
Malgré tout, ce mois d’enquête avec les autres détenus nous a permis de faire quelques avancées, notamment sur le groupe d’hommes que j’avais repérés dès mon premier jour à la cafétéria.
Pour ceux qui me suivent depuis le début, vous savez que j’ai rencontré, dès mon arrivée, un homme imposant qui semblait faire régner sa loi parmi les prisonniers. Eh bien, cet homme est aujourd’hui l’un de nos principaux suspects.
Certes, il est possible que certaines personnes ici ne me portent pas dans leur cœur, et c'est leur problème. Mais avec les nouvelles informations que j’ai pu obtenir, il semble logique de le suspecter.
D’après mes sources, il a été incarcéré pour agression à main armée. Il aurait tenté de cambrioler une banque, mais ses complices l’auraient abandonné dans la salle des coffres. Lorsqu’on l’a retrouvé, il hurlait à la mort pour qu’on vienne le libérer. À l’époque, j’étais encore jeune, mais je me souviens que cette histoire avait fait la une des journaux. "Un cambrioleur piégé par ses propres complices" : voilà le titre accrocheur qui avait fait les gros titres.
Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas osé l’approcher directement. Dès qu’un détenu passe près de lui, il grogne comme un chien et fait fuir quiconque s’approche. Sa carrure imposante ajoute à son aura menaçante, et son ton grave achève d’intimider les autres.
Malheureusement pour lui, il est dans le collimateur des gardiens. Il passe donc la plupart de son temps enfermé ou mis à l’écart pour éviter tout débordement.
Mais malgré tout, j’ai préparé un plan pour l’approcher discrètement. Mon idée est simple : profiter d’un moment de récréation pour m’en approcher doucement. Puis, lorsque l’un des gardes viendra pour l’isoler, je ferai comme s’il était mon meilleur ami. Rock et Petit seront là pour m’aider à jouer le jeu. Si tout se déroule comme prévu, le garde nous laissera tranquilles, nous offrant ainsi l’occasion de discuter en privé.
Durant plusieurs jours, nous avons tenté de préparer le terrain, d’analyser ses réactions et de tester quelques approches. Mais à chaque fois, c’était trop risqué. Aujourd’hui, pourtant, j’ai la conviction que ce sera la bonne.
Je suis seul, tandis que Rock et Petit se tiennent prêts à intervenir. Lentement, je m’approche de lui. Comme prévu, un garde arrive pour l’interpeller. Cette fois, sans hésiter, je pose un bras autour de ses épaules et affiche un large sourire en direction du garde. Moi-même, je suis surpris par mon audace.
— Bonjour, monsieur l’agent. Désolé, mais j’aimerais parler à mon ami, si c’est possible.
Le garde me fixe, le regard suspicieux.
— Désolé, mais ce détenu doit me suivre, dit-il d’un ton ferme.
C’est à ce moment précis que Rock et Petit entrent en action. Ils s’installent de chaque côté de nous, créant une barrière subtile mais efficace. Pris au dépourvu, le garde hésite, puis lâche un soupir avant de s’éloigner, non sans marmonner quelques jurons que nous entendons distinctement.
À peine est-il parti que Rock et Petit reculent instinctivement, visiblement intimidés par la présence de l’homme face à moi. Ils me laissent seul avec lui, me donnant enfin l’opportunité de lui parler.
Je prends une profonde inspiration avant de me lancer :
— Bon… Je sais que toi et moi, on ne se porte pas vraiment dans le cœur, mais j’ai besoin de toi. J’essaie de découvrir qui, ici, me déteste au point de vouloir me nuire. Tu pourrais m’aider ?
L’homme me scrute avec un mélange d’amusement et de méfiance avant de répondre d’une voix grave :
— Je me présente. Coster. Et en effet, je ne t’apprécie pas… Mais vois-tu, j’aimerais malgré tout faire affaire avec toi.
Surpris par son langage et son ton calme, je le fixe intensément dans les yeux. Ce revirement de situation… je ne m’y attendais pas.
— Attends… Tu veux faire alliance avec moi sans même me connaître ?
— Oui, parce que vois-tu, je connais vaguement la personne qui t’en veut. Et je la déteste tout autant que toi. Alors, si tu arrives à la retrouver… laisse-la moi. Je veux lui faire bouffer les pissenlits par la racine.
Sa réponse me surprend toujours autant, mais elle me déçoit aussi. Il a des informations, certes, mais pas suffisamment. Il connaît cette personne, mais seulement de manière indirecte, ce qui signifie qu’il ne sait pas exactement de qui il s’agit. Cette affaire devient bien trop longue… Dans exactement deux jours, je dois repasser en procès, et ce sera ma dernière chance. Le temps joue contre moi.
— Dis-nous tout ce que tu sais, même si c’est indirect.
Il hoche la tête, semblant comprendre, puis commence son récit.
— Mon affaire est liée à ça… Un de mes complices, celui avec qui je m’entendais le mieux, a été tué. Et on a fait en sorte de m’accuser de son meurtre. Tout comme toi, j’ai essayé de me battre, mais je n’ai jamais réussi à déjouer son plan. Contrairement à toi, personne ne m’a donné d’indices sur la scène du crime. Toi, tu as toutes les cartes en main… Profites-en. Parce que je sais que je ne suis pas le seul à avoir été piégé ici.
Il désigne les autres prisonniers autour de lui d’un mouvement de tête.
— Tu vois tous ces gars ? Eux aussi se sont fait avoir par cette personne. Tout le monde a tenté de s’en sortir, mais en vain. Mais toi… Toi, t’es résistant. Alors fais attention, parce que le jour où tu cesseras de l’amuser, il fera tout pour te mettre des bâtons dans les roues.
Je savais bien que certains détenus étaient trop gentils ou tentaient d’avoir une attitude faussement menaçante. Mais réaliser que beaucoup d’entre eux ont été piégés comme moi… Ça me donne encore plus envie de démasquer celui qui tire les ficelles.
Et soudain, un nom me revient en tête. Greg. Le psychopathe assumé. Le seul qui connaît le visage et le nom de notre tueur en série. Et là, tout s’éclaire. Depuis le début, une question nous obsédait : comment ?
Comment ce tueur parvient-il à enfermer ses victimes ici, les accusant de crimes qu’ils n’ont pas commis ?
La réponse est terrifiante. Il s’amuse. Il élimine d’abord les proches de sa victime principale, puis l’enferme dans un endroit où il contrôle tout. Un piège parfaitement orchestré.Et maintenant, c’est moi qui suis au centre de son jeu.
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