Chapitre 66 : En chantier
Stair
Après cette visite à Glasgow, je sentis Ally moins réticente, moins inquiète aussi devant l'installation du groupe sur les rives de la Clyde. Même si l'endroit nous plaisait bien à tous, nous avions continué à prospecter autour de Manchester, mais nous n'avions rien trouvé d'aussi grand, d'aussi modulable. Et d'aussi bon marché.
Nous signâmes donc et les travaux commencèrent dans la foulée. Gordon était sur place en permanence, Treddy aussi. Quant à nous autres, il ne se passait pas une semaine sans que l'on monte en Ecosse. J'y allais cependant moins longtemps - en général pas plus de deux jours d'affilée -, pour être le plus possible avec Ally.
Nous nous étions aussi gardé des plages de répétition, pour continuer à jouer ensemble. Et petit à petit, nous commençâmes à écrire de nouvelles chansons. La première vraiment aboutie fut Amanda's Song, une chanson inspirée par la répression au Chili, sous Pinochet. Une des musiques composées par Lynn convenait bien pour le texte, ce fut donc assez facile d'en entreprendre l'écriture finale. Puis ce fut Children of Freedom, qui allait donner son titre à l'album.
Une fois les travaux engagés dans le futur local, je décidai aussi de parler sérieusement à Ally d'un projet qui pourrait lui rendre le quotidien plus agréable. Ok, nous étions bien dans le petit appartement, mais quand même. L'espace était réduit, il n'y avait même pas de salon, de balcon... Et si le quartier était calme, il n'avait aucun charme. Lorsque je serais absent, je voulais qu'elle puisse avoir un lieu de vie où elle se sentirait bien. Et pourquoi pas envisager une location en périphérie de Manchester, pas trop loin de l'hôpital pour qu'elle puisse s'y rendre facilement.
Ce fut donc lors d'un de mes retours de Glasgow que je lui parlai de ce projet. J'étais rentré en début d'après-midi et j'étais allé la chercher à l'hôpital, à la fin de sa vacation. Une fois de retour à la maison, j'abordai le sujet :
- Ally, j'ai pensé à quelque chose, pour les prochains mois.
- Ah ? fit-elle avec attention.
- Ouaip. J'me disais qu'ici, l'appart' est vraiment petit, le quartier sans grand intérêt. Et en plus, c'est loin de l'hôpital pour toi. Pourquoi on chercherait pas un appartement plus grand, où tu te sentirais bien ?
- Je me sens bien ici, même si je reconnais que c'est un peu petit, mais...
- Et une pièce de plus ? Un vrai salon ? Ce s'rait quand même plus agréable à vivre, non ?
- C'est vrai, reconnut-elle. Un salon, pour se détendre, c'est bien.
- Et ici, t'es quand même loin de l'hôpital. Si on trouvait plus proche, ça te ferait gagner du temps de transport. Surtout que t'as un long contrat... J'dis pas si c'était un court et que le prochain était dans un autre établissement, mais là...
Ally s'était préparé un thé, à notre arrivée à l'appartement, et elle gardait les mains autour de sa tasse, comme pour les réchauffer. J'ajoutai :
- Ally, j'tiens vraiment à ce que tu sois bien. Dans un endroit qui te plaise vraiment. Un quartier agréable, pour t'y balader ou faire aisément des courses, quand je s'rais pas là.
Je prononçai ces derniers mots en posant mes mains autour des siennes. Elle me regarda alors droit dans les yeux. Bon sang ! Qu'est-ce que je ne ferais pas pour ce regard ?
Elle me sourit alors et dit :
- D'accord.
Ally
Je ne l'avais pas imaginé, mais j'embrayai très vite une fois que Stair eut lancé l'idée de changer d'appartement. J'avouais un petit attachement à celui-là, car c'était celui où nous nous étions retrouvés, où nous avions reposé les bases de notre relation. Celui qui avait aussi été un cocon pour moi, lorsqu'il était parti en tournée, ou même au cours des dernières semaines, quand il se rendait avec les autres à Glasgow pour suivre le chantier.
Durant ses absences, je prospectai. Et je trouvai très vite plusieurs appartements qui pourraient nous convenir. Deux d'entre eux, notamment, étaient bien situés par rapport à l'hôpital, je pouvais y aller directement par le bus, sans correspondance. Stair m'avait dit de ne pas me limiter pour le budget, mais il n'était pas question d'abuser non plus. Je gagnais un salaire correct, je voulais participer à ces frais quotidiens. Mes parents m'avaient aidée, ils n'avaient maintenant plus que ma sœur à charge, puisque mon frère avait obtenu un contrat de son côté et avait pris un petit appartement.
Stair avait même suggéré de louer une petite maison, mais je ne me voyais pas aussi isolée. Et puis, je n'aurais pas trop le temps de m'occuper d'un jardin, même petit. Je préférais avoir un balcon assez grand pour y installer une table et pourquoi pas un fauteuil, pour profiter du temps quand il ferait beau.
Nous fîmes donc notre choix pour un appartement situé dans un bel immeuble, assez récent. Nous y emménageâmes au tout début du printemps. Ce fut rondement mené. Stair avait fait les cartons en même pas deux jours, j'avais passé un après-midi chez mes parents à trier et récupérer quelques affaires que je voulais conserver. Les garçons vinrent nous aider, Jenna nous rejoignit en fin d'après-midi, une fois ses devoirs terminés. Quand elle arriva, tout était en place ou presque. Ca faisait très vide, mais nous attendions une livraison de meubles dans la semaine, notamment un canapé, une table basse, une table à rallonge pour manger, des chaises et un buffet. Stair se demandait bien ce qu'on allait mettre dans le buffet, moi aussi, d'ailleurs. Mais il allait avec la table et on achèterait sans doute plus de vaisselle dans les prochains mois. Ni lui, ni moi n'avions encore le réflexe de nous dire qu'on avait de l'argent de côté, qu'on pouvait se lâcher un peu et se faire vraiment plaisir.
Nous avions gardé son lit, la table de nuit - cette dernière était de la récupération, un joli petit meuble un peu ancien que Ruggy lui avait dégoté. Il tenait à le garder, ce que je comprenais bien. Comme Jenna n'avait pas voulu se séparer du bureau que leur ami lui avait trouvé, quand elle s'était réfugiée chez Lynn. Il y avait ainsi certaines petites choses que Ruggy avait fournies aux uns et aux autres et dont aucun n'aurait voulu se séparer.
Ce nouvel appartement était donc bien situé pour moi, pour me rendre au travail. Il était aussi à la périphérie de la ville, dans un quartier très tranquille. Les immeubles faisaient au maximum quatre étages, il y avait des espaces verts, des commerces à proximité. Sans être des résidences grand luxe, il était clair que les habitants avaient les moyens. Que ce soit pour être propriétaires ou locataires.
Lorsque j'avais fait les repérages, ce n'était pas à cet appartement que j'avais pensé, mais à un autre, situé dans un immeuble voisin. Il ne comptait que trois pièces (une chambre, un beau salon living et une belle cuisine, plus la salle de bain), mais il nous passa sous le nez à deux jours près. L'agent immobilier nous proposa alors celui sur lequel se porta notre choix. Sauf qu'il était un peu plus cher, car plus grand et disposant d'une place de parking en sous-sol, ce qui n'était pas le cas du précédent qui offrait juste un stationnement dans une cour.
Lorsque l'agent nous fit la proposition, Stair n'hésita pas un instant - visiblement le prix n'était pas un souci. Et nous nous retrouvâmes donc non au deuxième étage d'un immeuble, mais au troisième, avec une chambre en plus. Il m'avait dit que ça pourrait être pratique pour héberger un des gars quand ils viendraient de Glasgow. Cette chambre supplémentaire demeura vide pour le moment, nous avions décidé de prendre le temps de trouver lit et armoire pour la meubler.
Le samedi qui suivit le déménagement nous donnâmes une belle fête pour marquer l'événement. Les Dark étaient là, bien sûr, ainsi que Nora et deux autres amies de promotion, quelques copains et copines de l'entourage du groupe, mes propres amis. Ca faisait du monde, mais la salle était grande et avec le balcon, tout le monde trouva à s'installer. Ce fut un moment festif et joyeux et je me sentis tout à fait bien dans notre choix.
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