Chapitre 75 : Un petit pas

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Ally

Londres. Début décembre.

Nous étions arrivés la veille, Stair et moi, assez tard puisque je travaillais. Nous avions rejoint tout le groupe, Jenna et Gordon, arrivés eux depuis deux jours, pour le lancement du troisième album. Rencontre avec la presse spécialisée, une émission de radio qui s'était déroulée la veille - alors que nous étions dans le train, Stair et moi -, et séance de dédicaces. La vente de l'album commençait aujourd'hui.

Nous venions d'achever le petit déjeuner, les garçons ne s'étaient pas attardés, car la conférence de presse avait lieu ce matin, dans les locaux de la maison de disques. Ils devaient nous rejoindre à l'hôtel pour midi. Et cet après-midi aurait lieu la séance de dédicaces. Gordon était parvenu à regrouper plusieurs de ces impératifs, afin que je puisse être avec Stair ces jours-ci. A vrai dire, je ne pensais pas qu'il aurait aussi bien réussi à tout concentrer sur deux journées et demies. Demain, une autre séance de dédicaces, dans une autre grande enseigne de musique, était prévue ainsi qu'un show télévisé, le soir, en direct, avec l'interprétation de deux chansons au programme.

Jenna et moi allions donc passer la matinée toutes les deux. J'étais contente de revoir mon amie : depuis que le groupe avait terminé l'enregistrement de l'album, je n'étais pas remontée à Glasgow. Stair était revenu depuis près de trois semaines à Manchester. Si Jenna se réjouissait, comme moi, de la sortie de ce troisième disque, je sentais aussi que mon amie était un peu tendue. Mais pour de toutes autres raisons.

- Ca va, Jenna ?

- Oui...

- Ca va bien se passer, dis-je d'un ton aussi rassurant que possible.

- J'espère...

- Qu'est-ce que tu crains le plus ?

- Sincèrement, Ally, l'attitude de mon père. Même si maman m'a assuré qu'il était d'accord pour cette visite, je pense qu'elle a dû lui forcer un peu la main.

Je hochai la tête avec compréhension : c'était la première fois que mon amie allait revoir ses parents depuis qu'ils avaient découvert sa relation avec Lynn et qu'ils lui avaient coupé les vivres. Depuis, le contact s'était renoué : elle téléphonait à sa mère régulièrement et celle-ci commençait à accepter la relation de sa fille. Il était possible que la réussite du groupe, soulignant ainsi le sérieux de Lynn, y ait aussi contribué. Et aujourd'hui, Lynn serait avec Jenna. Ses parents avaient accepté de le recevoir.

- Lynn a l'air tendu aussi...

- Il est sur des charbons ardents. Il sait que c'est important pour moi de renouer des liens avec mes parents, il comprend que cette situation puisse me peser, même si j'ai fait mon choix et que je n'en changerai pas.

Elle s'appuya un peu plus au dossier du fauteuil dans lequel elle était assise, avant de soupirer :

- J'ai hâte que ce soit passé... Heureusement qu'il y a la séance de dédicaces après ! Ca nous détendra...

- Oui, ça tombe mieux que si c'était le show télévisé.

- C'est sûr.

- C'est bien organisé en tout cas, fis-je.

- Oui, renchérit Jenna. Gordon a bien fait les choses encore une fois.

- Et il a tenu compte de mes impératifs... J'avais envie d'être avec vous pour l'occasion, même si c'était juste pour deux jours. Il l'a bien compris.

- Tu arrêtes donc de travailler début janvier, Ally ? Tu ne prolonges pas ?

- Non, fis-je. La tournée va vite démarrer ensuite, il y a encore beaucoup à faire avant, je crois...

- C'est vrai. Je file un coup de main à Gordon quand je peux. Il est bien entouré, la petite équipe qui travaille avec lui est compétente et efficace. La quasi-totalité des dates en Europe est fixée, même si Gordon s'est laissé un peu de marge pour certains endroits : il ne serait pas surpris qu'il faille prévoir deux concerts à se suivre dans certaines villes, d'autant que le groupe ne pourra pas jouer dans autant de petites villes que la fois précédente.

- C'est la rançon d'avoir fait le choix de jouer en Amérique et en Australie... fis-je remarquer.

- Tout à fait.

- Ca va être un beau voyage, souris-je.

- Oui ! Je suis contente de pouvoir partir avec le groupe cette fois, pour toute la tournée.

- Moi aussi, même si j'en ai profité plus que toi la dernière fois...

Stair

Je pris place dans l'un des deux taxis qui nous ramenaient à l'hôtel, après la conférence de presse organisée pour lancer la sortie du troisième album. Lynn était avec moi. Il n'avait quasiment pas desserré les dents de la matinée, ne répondant qu'à quelques questions sur le disque. De toute façon, les journalistes s'adressaient principalement à Snoog et à Treddy, c'était toujours comme cela, surtout quand ils étaient très nombreux. Gordon avait pris place dans l'autre taxi, avec nos deux potes.

- T'as essayé la méthode zen de Treddy ? fis-je.

Lynn me regarda un peu par en-dessous, se demandant sans doute ce que j'entendais par-là. Mais je savais très bien pourquoi il était dans cet état, et ça n'avait rien à voir avec la sortie de l'album et une éventuelle inquiétude quant à la façon dont il serait accueilli par la presse et le public. A cet instant, j'aurais même dit que cette question était toute secondaire pour lui.

- Ouaip, poursuivis-je. Ca pourrait t'aider avant tantôt...

- M'en parle pas, grogna-t-il à moitié. C'est l'pire moment d'ma vie...

- Hum... T'exagères pas un peu, là ?

- T'as raison, c'est pas l'pire, reprit-il en fronçant des sourcils. J'espère qu'ça va l'faire...

- Jenna a l'air confiant...

- Elle a l'air seulement. J'sais qu'elle est dans l'appréhension, elle aussi.

- Dis-toi qu'ses parents doivent être dans le même état qu'vous...

Il ne dit rien, mais je vis que ma remarque l'interpellait. Il finit par lâcher :

- T'as p't-être raison... J'le fais pour Jenna, alors j'espère que son père le f'ra aussi pour elle. Et pour sa mère.

Je hochai la tête. Je ne savais pas si c'était une très bonne idée que d'avoir glissé cette visite aux parents de Jenna en plein milieu des opérations de promotion du disque. Ils avaient voulu profiter de l'opportunité d'être à Londres, sachant qu'ils n'y reviendraient pas avant longtemps, ou juste pour qu'on embarque pour le premier vol entre la capitale et Hambourg, où nous entamerions la tournée.

Ally

- Ca se passe bien.

Je venais de livrer mes impressions à Jenna, assise à mes côtés.

- Oui, il y a beaucoup de monde, répondit mon amie.

Nous étions installées toutes les deux sur une mezzanine qui dominait la vaste salle où se déroulait la deuxième séance de dédicaces pour le groupe. Nous étions donc un peu à l'écart - ce qui garantissait autant que possible notre anonymat - et surtout, nous étions tranquilles et pouvions discuter un peu toutes les deux.

- J'espère que l'émission de télé se passera aussi bien, poursuivit mon amie. C'est dommage que tu ne puisses pas y assister...

- Ce n'est pas grave, dis-je. Vous me raconterez ! Mais je suis de vacation demain matin, je n'ai pas le choix. J'aurais été d'après-midi, à la rigueur, je serais restée et j'aurais pris un train tôt demain matin.

Jenna opina. J'enchaînai :

- Ca a l'air de s'être bien passé avec tes parents aussi, hier, non ?

- Oui, finalement, soupira-t-elle. Bon, papa et Lynn n'ont pas vraiment parlé ensemble, ce qui n'a rien de surprenant. Comme je lui disais dans la voiture, c'était peut-être un peu froid, mais c'est resté courtois. Maman et moi avons cependant fait l'essentiel de la conversation.

- Ils vont bien, sinon ?

- Oui, répondit-elle. Et le reste de la famille aussi. Demain, avant que nous ne repartions, je profiterai de l'après-midi libre pour rendre visite à ma grand-mère.

- Lynn viendra avec toi ?

- A priori non. Je préfère la revoir sans lui une première fois.

- Histoire de tâter le terrain ?

Elle me sourit.

- Je suis moins stressée cependant qu'avant la rencontre avec mes parents.

- Il y avait de quoi aussi... fis-je compatissante. La fois précédente, ça n'avait pas été top...

- C'était terrible, tu veux dire ! reprit-elle en levant les yeux au plafond. Ils ont fait beaucoup de chemin depuis, je le reconnais. Et Lynn aussi, même si ce n'est pas facile pour lui de l'admettre. Je ne dirais pas qu'ils deviennent plus tolérants - surtout mon père -, mais ils acceptent Lynn, ils comprennent bien maintenant qu'il fait partie de ma vie, que c'est avec lui que je veux vivre. Et c'est vraiment un pas de géant.

- Vous leur avez parlé de la tournée ?

- Oui, un peu. Et je pense que le succès du groupe, ça a bien contribué aussi à changer l'image qu'ils se faisaient de Lynn. Ils étaient partis avec l'idée que c'était un pauvre type qui profitait de moi. Quand j'ai appris à maman que c'était lui qui avait payé ma réinscription à l'école, que sans lui je n'aurais pas pu finir mes études, ça lui en avait déjà bouché un coin. Et maintenant, le groupe sort son troisième album, les deux autres ont bien marché et ils se lancent dans une tournée mondiale. Même si ce n'est pas du tout le style de musique qu'ils écoutent - ce serait plus qu'une révolution ! -, au moins ils admettent qu'ils réussissent. Et c'est beaucoup.

- C'est vrai et c'est bien, dis-je. C'est encourageant pour la suite. Je veux dire, pour renouer des relations plus normales avec eux.

- Tout à fait. Et c'est ce que j'ai en tête.

- Tu penses que vous les reverrez avant qu'on parte en tournée ?

- Je ne sais pas. Moi peut-être, car Lynn sera sans doute bien occupé avec le groupe, surtout s'ils mettent la main sur un deuxième guitariste. Il faudra qu'ils répètent beaucoup.

Je hochai la tête.

- C'est bien que tu reviennes un peu sur Glasgow après les Fêtes, Ally, poursuivit-elle. Car Stair y sera forcément sur la durée. Il ne pourra pas rester à Manchester avec toi comme il l'a fait ces dernières semaines, depuis qu'ils en avaient terminé avec le travail en studio.

- Je le sais bien, répondis-je. C'est aussi pour cela que je n'ai pas voulu prolonger mon contrat. J'ai pu me faire une bonne idée du travail à fournir pour seconder Gordon, lorsque j'étais avec vous, l'été dernier.

- C'est vrai. Et là, tout commence à s'accélérer. Tu ne seras pas de trop pour nous aider.

Je souris et mon amie aussi.

- Je me réjouis aussi à la perspective de passer les prochains mois avec toi, Jenna. Pas seulement avec Stair et les garçons. Ca va être chouette.

- Moi aussi, je suis contente que tu sois là. Je m'attends à ce qu'on vive de beaux moments. Et nous ferons certainement de belles visites et découvertes ! J'ai échangé avec Speedy l'autre jour, il est très enthousiaste ! Il m'a parlé de plusieurs villes qui l'ont marqué, où le groupe va se produire à nouveau. La seule chose qui lui déplaît, c'est de devoir se faire vacciner contre plusieurs maladies pour pouvoir voyager en Amérique centrale et du Sud, notamment !

Jenna éclata de rire sur cette dernière phrase et moi aussi. Speedy détestait les piqûres, ce qui lui avait d'ailleurs fait dire, une fois, qu'il ne se droguerait jamais à l'héroïne à cause de cela. Ce à quoi, Jenna avait ajouté qu'elle espérait qu'il ne se droguerait jamais à rien du tout ! Il avait alors pris un petit air innocent dont nous n'avions pas été dupes : il avait certainement déjà fait quelques expériences...

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