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Claudio

Liste en main, j'arpentais toutes les allées au pas de charge, évitant le rayon alcool, mon mal de tête me rappelait ma cuite d'hier soir ! Les guitares d’ AC/DC tournaient en boucle sous ma boite crânienne, ils étaient accompagnés par la basse de Deep Purple et la batterie de Mettalicca. Ne me demandez pas qui s’était collé a la sono, je ne reconnaissais aucune parole.

J'avais fait le plein de fruits et légumes de fromage et de produit frais, bien descidé que j'étais à reprendre ma vie en main.

Je fis un dernier tour du magasin et descidais d'aller faire un saut au rayon librairie. Je me rappelais ma derniére promesse, adherer à une bibliothéque, j’adorais les livres, je ne pouvais pas vivre sans eux.
En tête de gondole régnait les best sellers, le dernier Musso, le nouveau Larousse, un guide du vin et du fromage et le dernier polar à la mode !

je garais mon bolide dans l'allée centrale et m'aventurait dans cette librairie de grande surface, feuilletant des livres au hasard. oh, je le savais bien, ici, ce nétait pas la Mecque de la grande littérature, mais l'écrivain en herbe que j'étais aimait découvrir les tendances du moment. Il n'était pas rare que je sorte d'ici avec trois ou quatres bouquins.

Non, aujourd'hui aucuns auteurs m'inspiraient, il me faudra tout de même dévaliser une librairie, je n'avais plus rien à lire ! J'entamais un dernier tour des lieux , prenais des livres au hasard...

Une maison d’édition que je ne connaissais pas avait réédité toute une ribambelle d’auteurs classiques, cela sentait la rentrée des classes. Tous mes chouchous y étaient, Zola, Maupassant, Hugo, Tourgueniev, Tolstoï, Troyat...

J'avais en main la derniére édition du célébre chef d'oeuvre de Stendhal, non pas le Rouge et le Noir comme aurait dit mon ancienne compagne, encore elle, mais la Chartreuse de Parme que je connaissait presque par coeur à force de l'avoir lu. Je savourais enfin ma revanche, je criais haut et fort

-Non ce n'est pas le Rouge et le Noir le meilleurs livre de Stendhal...

Une jeune femme qui passait par là, étais-ce seulement le hasard ? me sourit . Elle me demanda alors, les yeux plein de malice !

-Ah oui, alors lequel est-ce ?

Je brandissais victorieusement l'exemplaire que j'avais en main et cria, presque !

-Mais c'est la Chartreuse, la Chartreuse de Parme, le personnage de Fabrice est bien plus abouti que celui de Julien ! ne trouvez-vous pas ?

-ça se discute !

-Bien sûr, autour d'un café !

Elle me sourit, me tendit une petite main fine et ne se présenta pas !

- Signoré Deldongo, je range mes courses dans ma caléche et je vous attend en terrasse.

Elle se moquait de moi, j’en étais à peu près certain, mais, le sourire qu’elle m’offrit n’était pas qu’un sourire moqueur, j’en mettrais ma main au feu, ou plutôt devrais-je dire la main à son feu. Je rougissais déjà à ces pensées impudiques qui tournaient dans ma tête et avaient enfin remplacé le tumulte du hard rock. Elle n’était pas belle elle était, une fleur d’été dans un grand champ de foin odorant, un coucher de soleil sur la mer Adriatique au mois de mai, un lac de montagne balayé par les premiers frimas de l’automne. Parvenant a surmonter mon trouble, qui, je l’espérais, n’était pas perceptible, j’osais lui demander :

— Votre prénom, puis-je connaître votre prénom ?

Tout en continuant de se moquer de moi, elle répondit :

— Clélia, bien entendu, Signoré Deldongo, vous êtes Fabrice, je suppose, je n’aime pas cette histoire elle se termine mal fuyez, Clélia risque de vous être fatale, frottez vous à une madame de Raynal plutôt !

La bouche sêche, je jubilais, elle était d'une beauté rayonnante avec ses longs cheveux chatains clair qu'elle coiffait dérierre l'oreille.Un visage angevin posé sur un cou gracile terminait un corp petit mais bien proportionné qu'elle cachait sous un long manteau de feutre bleu roi style commandant de marine j'immaginait... de ces trucs, j'en rougissait !

Je choisis la même caisse qu'elle et attendit sagement derrière ! Mon esprit dansait une farandole mâtinée de tarentelle, j’avais un mal de chien à contrôler mes mains qui tremblaient comme des feuilles bercées par un petit vent marin.

Alors que je n’y croyais plus, que le benêt que j’étais la laissait filer..

Elle adressa un gentil sourire à l'hotesse de caisse tout en rangeant ses marchandises dans des cabats. Elle Payat, pris la note qu'on lui tendit et...

Elle sortit enfin de son sac à main grenat un post-it. Elle griffona rapidement quelques mots et le collat sur mon exemplaire de Stendhal !

Vous avez tort ! ... dans une heure, 14 rue Jean-Jaques Rousseau*...je prendrai tout de même un expresso ...Suis-Je plutôt Louise ou plutôt Clélia ?

Son écriture était Ronde féminine et moi, médusé je la regardais s'éloigner et j'imaginais déjà une scéne digne de Claude Lelouche.

  • Je serais vous je préférerais Louise de Raynal, elle etait douce et naïve me dit la caissiére. Enfin, ce sont mes souvenirs de lycée qui remontent à la surface !
  • Alors que Clélia...
  • Oui, prisonier de son amour pour Clélia il finira de mourir rongé pae les remords... ce n'est pas moi qui vous le dit, mais le quatiéme de couverture de votre bouquin. Croyez-moi, prenez donc une madame de Renal, même plus vieille que vous... ça vaut mieux que de mourir de remords !

C'est avec un sourire complice et un merci que je m'évadais de la caisse et que je faussais compagnie à la jolie caissiére de Carrefour... peut être un chouia trop vieille, mais encore fringante. Je n'avais pas l'intention d'écouter ses conseils, j'avais l'intention de savoir qui se cachait derriére ce grand manteau de commandant de marine, Louise ou Clélia, la douce ou la passionée !

* Cette adresse n'est pas donnée au hasard, c'est la maison natale de Stendhal !

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