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Comme je m'y attendais, l'homme à l'exemplaire de la Chartreuse de Parme, mordit à l' hammeçon. Ce qu'il voulait, il ne fallait pas être tombé de la derniére pluie pour s'en rendre compte, c'était flirter.
C'était vraiment la derniére chose qui m'aurait fait plaisir, roucouler à la terasse d'un café avec un parfait inconnu, aussi charmant fût il ! alors que mon mari crevait d'une saloperie.
En rengeant les courses dans le coffre, je pleurais, je riais, je ne savais plus... oh et puis Zut quel mal y aurait il à boire un café en terrasse avec un inconnu. L'homme ne paraissait ni sot, ni inculte !
Fosciférer de la sorte que la Chartreuse de Parme était le chef d'oeuvre de Stendhal, soit il était un provocateur soit il était un blagueur. Se pouvait-il que ce soit sa façon à lui de draguer ?
De toute façon, je ne le saurais jamais, l'idiot ira sûrement m'attendre Rue Jean Jacques Rousseau !
Lorsqu'il comprendra que je lui ai donné, non pas l'adresse d'un bar, mais l'adresse de la maison Gagnon, celle qui héberge le musée dédié à l'écrivain, je serais loin .
Alors que, assise sur le siége en bakelite de mon antique tacot, la clé dans la main, j'hésitais, les yeux dans le vide, une minute de trop, il toqua à la portiére.
Alors que j'aurais dû, tourner la clé, enclancher la marche arriére et fuir, je n'en fit rien. Ma main tenant la clé du newman, toujours en suspension, je me tournais vers la source du bruit. Bien entendu, je savais que c'était lui, l'inconnu du super marché. C'est là, ou je commis ma premiére erreur, je croisais ses yeux.
Malgrés moi, je ris, il était d'un ridicule, debout à coté de mon véhicule, le livre d'une main, le majeur de l'autre qui pointait le post-it. Je voyait ses lêvres bouger, mais je n'entendais pas le son, un peu comme si je regardais la télévision alors que j'en avais oté le son pour suivre une conversation téléphonique qui m'ennuyait profondément. Il avait une belle bouche, me dis-je, une bouche à croquer des cerises juteuses pensais-je. Il avait les yeux d'un acteur de cinéma, je ne me souvenais plus lequel, mais il avait des yeux qu'il ne fallait pas croiser.
Je pris mon temps avant de répondre, un temps de dingue, le regard toujours tourné vers la vitre de gauche, j'en pris enfin conscience, j'étais toujours assise sur le siége de mon véhicule, la main droite levée, l'autre posée sur mes genoux, crispée sur la ceinture de sécuritée, tirée non encore clipsée, je devais avoir l'air bête. Que pesait il de moi à ce moment là. Je me gourmandais, j'aurais dû m'en ficher de ce qu'il pensait, mais il n'en était rien. Alors qu'il était toujours temps de m'enfuir, je baissait bêtement la vitre pour entendre ce qu'il avait à me dire. Je m'en fichait comme d'une guigne ce qu'il baragouinait, mais cette fois, je fis l'effort de l'écouter .
- Vous pensiez que vous alliez m'avoir comme celà, vous croyez que je ne connais pas cette adresse ? Et si à la place d'aller en centre ville où jamais nous trouverons de la place nous le buvions la notre café ?
Je ne sais pas s'il avait le regard d'un séducteur ou pas, je n'en étais plus là, de toute façon je les ai toujours ignorée les séducteurs, je ne sais même pas si j'en ai déjà croisés. Il faut dire qu'au bras de Mario, je n'y ai jamais fait attention.
Je n'avais aucun arguments pour refuser l'invitation, je ne sais même pas si j'avais envie de la refuser. je suivais les yeux de l'acteur, c'était le regard de Marcello Mastroiani, ça y était,je reconnaissait ce regard, à moins que ce ne soit celui du Guepard... Dans ce cas là j'étais soit Catherine Deneuve, soit Ornella Mutti. Mais non, j'étais beaucoups plus quelconque.
Je pris la main qu'il me tendit, une main grande, chaude rassurante et je le suivis. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, alors que j'aurais dû rentrer gentiment dans mon appartement pour ranger les courses dans le placard et préparer le repas pour mon mari, je suivais un inconnu quoi m'entrennait à la terasse d'un bistrot, comme une femme facile, une fille de mauvaise vie.
J'avais la gorge séche, le ventre noué, j'avais froid, j'avais chaud, j'avais les jambes molles.
Arrivé devant une table, il me lacha la main une seconde. il me contourna par la gauche et reprenant ma main tirant sur une chaise m'installa, j'étais une poupée de chiffon, je me laissais guider. Il prit place en face de moi sans me lacher du regard, sans me lacher la main.
Avais-je commandée un ristretto au garçon, comme j'aimais le faire quand Mario m'emmenais dans un estaminet, c'est drôle, je ne me rappelais pas l'avoir fait.
Le garçon s'éloigna, mon regard un court instant distrait fut à nouveau happé par celui de l'inconnu à la Chartreuse de Parme !
A brule pourpoint il me posa la question, étais-je Louise de rênal ou clélia Conti, étais-je la fille d'un geolier ou la femme d'un bourgeois ?
Je ris, il était drole, il était cultivé, il s'exprimait dans un français correct avec un petit accent méridionnal. Pour m'amuser je passais à l'italien pour voir s'il allait suivre, il m'emboitât le pas, dans la langue de Dante aussi il s'en sortait bien. Alors que je n'avais pas encore touché mon café, qui était froid, il demanda si je voulais en boire un second.
J'aurais surement dit oui si mon téléphone n'avait pas sonné.
Horrifiée, je jetais un oeil sur la fenêtre du portable, Il était midi moins cinq, Mario m'avait envoyé un SMS, il devait s'inquieter que je ne sois pas encore là.
La réalité était brutale, je redevins moi. Brutalement je lui coupais la parole et me levant beaucoup trop vite, je renverais ma tasse sur son sweet, tiens, alors qu'il était assis en face de moi depuis une éternité... avec lui, j'avais complétement perdu toute notion d'heure, je m'apperçut que son haut était couleur Parme, descidément !
j'étais désolée, je ne savais que faire pour qu'il me pardonne, il n'était pas faché du tout, il riait... je ne savais pas à ce moment là que c'était son seul polo encore propre... ce ne sera que beaucoups plus tard qu'il me l'avouera.
Il me demanda de l'attendre un court instant, qu'il allait payer, qu'il allait me raccompagner à mon véhicule, qu'il y tenait. C'était drôle, il pensait vraiment que j'avais un risque de me perdre sur ce parking ?
Mais non ! Je venais de me me rendre compte que je ne savais plus du tout où mon véhicule était garé, je ne me souvenais même pas si je l'avais fermée à clé ou pas !
Alors qu'il tardait à revenir alors que j'étais plus que préssée, que me vint à l'esprit que j'aurais du passer au pressing, sur le chemin du retour pour récupérer un costume à mon mari et une paire de couverture. J'aurais pu lui fausser compagnie.
Il était là à nouveau, docilement j'avais attendu assise sur ma chaise qu'il revienne, mais je bouillait, littérallement, Mario avait encore envoyé un SMS, suivi d'un coup de teléphone... je n'y avait pas répondu.
Comme tout à l'heure, ses yeux vissés dans les miens, il me prit la main et contourna la table pour retirer la chaise...
Je ne sais pas si ce geste fut conscient ou inconscient, alors que je me sentais glisser, je me retins à lui alors que la chaise chutait lourdement sans que je m'en inquiéte, je m'agrippas à son coude et levant le visage vers sa bouche je collais mes lêvres sur les siennes.
Je répprouvais mon geste, je me morigénais, seule une femme de mauvaise vie fait celà, j'étais Louise de rênal qui tombait dans les filets du beau Julien Sorel;
Il avait le gout du café du sucre et de je ne sais quoi d'autre qui m'incita à continuer à l'embrasser, alors que le téléphone dans ma poche hurlait, pleurait, suppliait, moi je m'en contre-foutait, il n'y avait que la bouche de Julien qui comptait !
Brusquement, prenant conscience que la situation était incongru, qu'alors que Mario fou d'inqiuiétude devait se demander où j'étais. je le plantais là !
Je lui dit, d'une voix que je ne reconnaissait pas !
- Ce serait bête de nous quitter comme ça, alors que nous avons encore tant de choses à dire, retrouvenons à 15 h place Grenette, devant la FNAC !
Puis, je m'enfuis , enfin...
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