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Bianca

J'étais triste à présent, il me fallait côute que côute chasser ces idées noires de mon front si je ne voulais pas finir vieille et ridée avant l'age !

Il ne faudrait tout de même pas que je paraisse être la mére de mon amant, car le temps n'avai aucune prises sur lui... tout juste si ses tempes blanchissaient légérement, et encore depuis peu !

Je pensais à la derniére fois où il m'avait fait décoller du sol... avant de me jeter à terre où je dû reprendre mes esprits de longues minutes avant de simplement pouvoir respirer à nouveau. Il était un lion indomptable, un colosse de Rhode, un hercule en rût, et moi j'étais ça chose et ça me plaisait

Ce devait être hier la derniére fois ou le mois dernier, ou celui d'avant je ne m'en souvenais plus trop. Je sentais encore mon corps vibrer juste à l'évocation de ces souvenirs.

Nous faisions l'amour beaucoups moins qu'avant depuis quelques temps, et , si je me souvenais comme d'une brulure de ces fois ou j'encaissais orgasme sur orgasme... c'était du passsé tout ça, du passé récent, mais du passé.

Putain de prise de sang ! putain d'analyse ! Putain de toubib, j'aimerais, celui là l'accrocher au pilori, l'écorcher comme un agneau promis au méchoui le jour de l'aïd !

Je n'aurais pas dû le récupérer ce compte rendu d'analyse, ce maudit jour de novembre, j'aurais dû l'écouter, lui , ne pas y aller, que rien nétait grâve ! aprés tout c'était son corps, il savait lui !

Moi qui suis si instinctive, si encline à la rêverie, j'aurais dû suivre mon intuition... vous savez, tant qu'on ne sais pas, les choses n'existent pas ! Qu'avais-je besoin d'ouvrir la boite à pendore ce jour là.

Pourtant je savais, ce n'est pas comme si je n'avais pas vu mes parents péricliter de cette saloperie autrefois, l'un aprés l'autre.

j'écrases les larmes les une derriéres les autres maintenant, que vais-je dire à mon homme maintenant, je lui avais pourtant promis d'être forte... j'ai l'impression de redevenir l'adolescente d'autrefois, celle qui inconsolable, faisait n'importe quoi... c'est grace à toi Mario si je m'en suis sortie

  • Tu mouille tes miroirs ma belle, ça embrûme la vision des choses de la vie, on ne voie pas loin quand il y a de la buée sur la vitre, et tu as besoin de bien voir où tu met les pieds ma belle, me dirait il s'il était là !

Mais je l'entend, il est sorti de la salle de bain, je l'entend, il tourne en rond sans donner l'impression de le faire, c'est un vrai faux calme nerveux mon Mario. Il se racle la gorge, la sentence va tomber, je sais qu'il sait que j'ai pleuré, il ne faut pas être jérémie pour le deviner

  • Viens dire adieu à ton affreux mari qui doit quitter la douceur de ce foyer, que les heures seront longues loin d'ici !

Oui, celà fait longtemps que je ne le reprend plus lorsqu'il parle, il semble toujours en représentation, come au théatre dont il est friand. Avant qu'on lui diagnostique son cancer, nous y allions deux à trois fois par semaine, parfois nous allions même à Lyon ou Annecy lorsqu'il n'y avait rien à Grenoble. Toutes les anées nous allions à la scala de Milan au théatre d'Orange, en Avignon, à Paris même ! C'est l'oncologue qui l'a forçé à se reposer, sinon il aurait continué de vivre pareillement, c'était rare lorsqu'il se plaignait comme se matin, et encore, il l'a fait avec délicatesse, et moi, comme une gourde, avec mon bas ventre en feu je l'avais emmerdé, je m'en veux maintenant !

Il rajoute, alors que pauvrement je m'avance vers lui pour l'accolade de l'au revoir, il fait mine de ne pas voir que j'ai pleuré

  • Un baiser vaut mille paroles, embrasse ton mari qui va gagner sa croute quotidienne à la sueur de son front, ciao amore !

Alors qu'il est tout contre moi, alors que j'ai fini d'écraser mes lêvres humides sur les siennes trés sêches, il s'écarte juste un peu et me glisse dans l'oreille avant de disparaitre dans le couloir !

  • Le docteur ne m'a pas condamné à mort, il a juste dit que j'avais une chance sur quatre de m'en tirer, c'est beaucoup une chance sur quatre, je suis certain que dans quelques temps tu rêveras d'embaucher un spasassin de la camora pour te débarasser de moi, car je suis comme Rome, éternel !

Je tente de le rattrapper, dans le hall, j'y renonce, s'il m'a glissé celà dans l'oreille c'est qu'il a ses raisons, c'est sa façon à lui d'essayer de me rassurer, mais il sait que je le sais, son cancre est incurable... il vivra encore, au mieux deux ans, au pire six mois.

Je sais, c'est cruel, mais il ne veux pas que je m'appesantisse sur mon sort et le sien et puis, il fait toujours semblant qu'il va s'en sortir. Il me fait penser à Roberto Bégnini dans la Vie est Belle. Ce film, nous l'avons visionné une bonne vingtaine de fois.

Depuis que nous ne sortons plus en semaine nous louons des films en VO à la cinémathéque du coin de la rue, quartier Trés Cloitres à deux pas des quais c'est pourri d'italiens ! Nous visionons de vieux Visconti, De Sica, Fellini en noir et blanc.

J'adore vivre à Grenoble, cette ville est restée si proche de mon Italie natale, elle est trés française aussi bien entendu, mais par le Fréjus, nous sommes de l'autre coté des Alpes en quelques heures !

Mario à l'habitude de dire :

  • Tu peux prendre ton café le matin place Grenette, manger à midi Piazza del Duome, souper place saint Marc et être rentré le lendemain !

Sacré Mario, ce qu'il y a de bien avec sa dignité de clown triste, son bagout qui ne fait rire que lui et sa fausse nonchalance matinée de tendresse, c'est que l'on ne s'ennuie jamais avec lui. Même quand l' envie de pleurer tout mon saôul, comme aujourd'hui, me tarabuste, je me sens obligée, de sourire à ses idioties et au final j'en oublie d'être malheureuse !

Mais suis-je heureuse, vraiement ?

Jusqu'à maintenant, oui, je l'ai été, j'ai eu une chance formidable de vivre cette vie avec lui. Mais maintenant, comment vais-je faire ? comment vais-je supporter sa déchéance, sa souffrance...

Sans doute que les docteurs se sont trompés, si sa se trouve, la camarde venant le chercher, morte de rire à force de l'écouter l'oubliera sur le trottoir, pour mon plus grand bonheur !

Oui c'est ça, les docteurs sont des charlatans, une fois sur deux ils établissent un faux diagnostic. Mon Mario fort comme un taureau ne peux finir comme celà !

Comme une noyée voyant la berge se dérober, je m'accroche à cette idée... Mario, le beau Mario est éternel...J'ai lu, je ne sais où j'ai lu, les gens optimistes s'en sortent toujours

Je regarde l'heure, cet horrible super marché n'est pas encore ouvert, je peux me dégourdir les jambes au bord de l'isére un petit moment, j'irais récupérer notre voiture, une fiat 500 aussi vieille que mon mari, plus tard.

J'avais bien le temps d'aller m'enfermer dans un endroit aussi laid que ce fichu centre commercial péri-urbain môche à pleurer !

Alors que je m'étais réveillée pleine de vie et guillerette, la nostalgie et la mélancolie m'envahissait désormais. La promenade au bord de l'eau n'eut pas l'effet escompté. Le rideau d'arbre en contrebas qui cachait partiellement la riviére, le défilé des pizzéria aux noms transalpins évocateurs, tout me rappelait une vieille photo que j'avais exhumée depuis peu d'un carton où elle dormait sagement depuis de nombreuses années. Une photo jaunie d'un autre temps, prise au bord d'un autre cours d'eau, loin d'ici. Un couple s'enlaçait, sa ne se voyait pas mais la jolie fille souriante arborait un joli ventre rond, lui la tenait fiérement sérrée dans ses bras. comment je savais celà, c'était mes parents ces deux beaux jeunes gens, la protubérance, c'était moi ! Maintenant, Mario, car ce devait être probablement lui qui prenait cette photo ce jour là, allait mourir du même mal que ses deux amis.

Comme une folle je courrus me réfugier moi et mon chagrin sur le pont passerelle de Saint Laurent, l'envie soudaine et violente qui me transperçait les tripe m'ordonna de sauter dans l'eau grise qui rugissait furieusement quelques mêtres sous moi. Il me suffisait d'enjamber le gros cable d'acier qui maintenait le pilier du pont et de me laisser glisser, le courrant fort à cet endroit et en cette saison ferait le reste. fort heureusement pour moi, mes pieds refusaient de bouger, ils étaient à ce moment là comme soudés au goudron de la chaussée.

Pour conjurer le sort, car j'en étais persuadée, le démon de la riviére voulait un cadeau je jetais la photo. Elle flottat un moment puis fût happée par un remous... mes pieds alors purent bouger à nouveau, le démon qui m'avait ordonnée de venir ici me laissa partir.

Il était temps pour moi d'aller faire ces satanées courses. Sans un regard en arriére, je fuis cet endroit. Dans cinq petites minutes je serais à l'abri dans ma petite Fiat 500 .

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