Chapitre 9 — Benjamin : visite surprise

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On sonne : pour les parents c’était tout juste. Un petit coup d’œil dans le miroir pour m’assurer de mon apparence et je file ouvrir. Zèph’ mange en faisant un peu la gueule, je l’ai attifée comme une petite bourgeoise. Pourtant, d’habitude elle adore quand je joue à la poupée, elle dans le rôle de la poupée.

Ah bé non, loupé c’est Ronny. Ronny le loupé ! Il apparaît en contre-jour : dans sa silhouette on pourrait caser deux ou trois assistantes.

— Si c’est pas mon poto Ben !

— Eh ! Ronny… Bah oui, tu sonnes chez Ben c’est Ben qui t’ouvre.

— Je peux entrer ou quoi ?

— T’as encore été foutu à la porte ?

— Je me suis foutu… à la porte moi-même.

— Je t’ai dit un million de fois de surveiller l’heure mon gros. L’heure ! L’art de la respecter, tout est là pour avoir la paix.

— Je voulais rentrer en taco volant.

— Tu sais bien qu’ils sont tous à la casse depuis longtemps. Et tu sais bien quel jour on est…

— Ah ouais l’assistante ! Elle t’a à l’œil hein la cochonne ? Je peux entrer ?

— C’est mes parents qu’elle a à l’œil. Ils se sont encore tirés !

— Je sais, je viens de croiser un drôle de bonhomme en pyjama accompagné d’une bobonne en nuisette.

— Ça finira mal cette histoire…

— Tu le dis à chaque fois, puis tout s’arrange. Je peux entrer ?

— Punaise arrête de faire ton perroquet, entre !

Tel le Petit Prince de Saint-Ex, Ronny ne renonce jamais à une question une fois qu’il l’a posée, sauf que ce sont que des questions à la con. C’est bien son seul point commun avec le personnage. On se connaît depuis la primaire, toutes ces années durant Ronny a vu défiler un paquet de psychiatres. Le copain est juste un peu simplet, ce qui le rend facile à fréquenter. Zéphir lui saute au cou puis reprend son petit dèj’ comme si de rien n’était. Ce matin, il a des cernes de clébard. On se parle à voix basse pour ne pas que la petite sœur entende.

— Vu tes yeux, toi cette nuit t’as fait du biz et du biffeton, lui dis-je.

— Non, j’étais à l’hôtel avec Cynthia Rodnan !

Et le voilà qui se fend d’un rire gras.

— Ouais, ouais, du petit deal. Rien de bien méchant. Quand je vois ce que font certains… comme Kweg… ça m’explose les neurones.

— Tu parles du tapinage ? Kweg est plus vieux que nous, il a quasiment l’âge légal. Avant c’est l’âge létal.

— Même.

— D’ailleurs il accepte que les nanas.

— Qu’il dit ! Je suis pas allé inspecter la largeur de son trou.

Nouveau rire gras.

— C’est heureux. Moi je crois que les femmes suffisent à faire son chiffre. Evidemment elles tiennent plus de la morue que de la sirène.

Cette fois il ne rit pas : Ronny n’a pas saisi. On s’assoit, je lui sers un chocolat, unique boisson qu’il consomme. C’est pas une blague, il ne boit même pas d’eau. Ronny est là pour ça, il sait qu’ici il en boit de meilleurs que n’importe où ailleurs.

— Après chacun son truc, Ro. Faut pas que tout le monde soit sur le même biz, ça serait la castagne chaque soir. C’est à cause de quoi qu’ils sont en train de préparer des nouvelles lois ? Y a trop d’embrouilles… Y finiront par nous coller des drones et des androïdes à chaque coin de rue. Tu verras un jour c’est ce qui arrivera !

— Oh oui, lance-toi dans un discours politique ! Creuse ! J’aime bien, ça va tout seul, Y a qu’à se taire et écouter.

— Je suis pas d’humeur bavarde et j’ai plein de trucs sur le feu. Eh, roule pas ton pétard ici mec !

— Où alors ?

— Dans ma chambre. Ouvre la fenêtre et sors pas avant que j’arrive : j’aime mieux que l’assistante te voit pas.

Ronny monte. Ah le biz… c’est toujours pareil. Dope, sexe, dope, sexe. On a converti l’argent en lignes de code informatique, on a rendu les profs virtuels, on a créé des vacances extrasensoriels en 3 D… Mais cul et drogue restent ancrés dans le réel.

Pour la seconde fois de la matinée, la sonnette retentit. Plus de doute, c’est elle. Comment ai-je pu oublier sa façon de laisser son doigt appuyé si longtemps, avec la force du loup soufflant sur une maison de paille… ou presque. Nos briques tiennent plus de la grange que de la forteresse.

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