Chapitre 8 –

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 Les grandes fenêtres de la pièce étaient ouvertes, laissant entrer un vent frais qui faisait doucement bouger les rideaux en lin blanc. La lumière du matin, tamisée par la brume, se déversait sur les meubles en cuir noir et les étagères remplies de livres aux reliures dorées. C’était une salle de pouvoir, sans aucun doute. Les Sorel y régnaient, une autorité glaciale imprégnant l’atmosphère.

 Katarzina était assise sur une chaise en face des deux figures imposantes. Elle avait été invitée à prendre le thé. C’était une façon délicate de convoquer un employé. Elle était là pour jouer son rôle. Ce jour-là, quelque chose dans l’air semblait plus lourd que d’habitude, plus intrusif. La maîtresse d’armes savait qu’elle allait devoir rendre des comptes aux Sorel. Aelis n’était pas rentrée au domaine familial depuis plusieurs jours ; Béryl était toujours porté disparue. Ils attendaient d’elle des résultats. Au minimum, des réponses. Monsieur et madame Sorel ne se donnaient pas la peine d'être chaleureux. Ils étaient là, distants, inaccessibles, leur regard fixant sans cligner l’ancienne militaire qui avait servi la famille pendant tant d’années. Les bras croisés, d’une voix basse et autoritaire, Cassian fut le premier à prendre la parole :

 — Comment se passent les recherches ?

 Katarzina s’assura de ne pas trahir la moindre émotion sur son visage, gardant ses mains serrées sur ses genoux. Elle avait vu grandir Aelis, elle savait qu’elle était différente, jusqu’à présent, elle n’avait pas mesuré les enjeux et les dangers. Elle était liée à eux par un contrat exigeant. D’un ton glacial, presque comme une évidence, Elowen reprit la parole face au silence un peu trop long de leur employée :

 — Nous avons besoin de savoir où en est Aelis. Comment va-t-elle ?

 Kat hocha lentement la tête. Elle cherchait les mots les plus clairs possibles pour dissiper les doutes des Sorel tout en garantissant les secrets d’Aelis.

 — Aelis poursuit son entraînement. Elle est déterminée à remplir ses responsabilités, et tout ce qu’elle entreprend est dans le but de servir votre cause.

 Les parents d’Aelis échangèrent un regard furtif. Leurs visages restaient figés dans cette expression de suffisance. Katarzina devait admettre qu’elle avait bien plus peur d’eux qu’elle ne l’aurait souhaité. Ils avaient du pouvoir, surtout du sadisme. Elle ne serait pas étonnée de savoir qu’il y avait du poison dans son verre d’eau ou une caméra dans son dortoir.

 — Nous avons mis beaucoup d’efforts dans le programme d’Aelis. Par ailleurs, vous savez qu’elle a subi une greffe et que nous la surveillons de près. Aussi, nous attendons de vous une parfaite transparence à son sujet.

 — Je comprends parfaitement, monsieur. Je maintiens : Aelis poursuit son entraînement et recherche Béryl.

 — Et les chasses ? Comment se débrouille-t-elle ? ajouta prestement Elowen.

Kat sentit la pression monter. La mention des chasses la fit frémir, elle ne laissa rien transparaître. Les parents d’Aelis avaient le droit de savoir qu’elle s’était prise une balle lors d’une traque, néanmoins Aelis ne lui pardonnerait pas de lâcher une telle information. Ils pourraient penser qu’elle est faible. Ou pire, exiger son retour chez eux.

 — Elle se débrouille très bien. Ses efforts sont payants.

Cassian se leva lentement, s'approchant de Katarzina, avec l’assurance d’un homme qui sait que tout le monde dans cette pièce lui doit quelque chose. Il la regarda de haut, un sourire imperceptible aux lèvres.

 — Tu sais ce que nous attendons de vous. Il n’y aura aucun pardon accordé.

 Katarzina déglutit difficilement. La tension était palpable. Il se tourna vers sa femme, attendant son soutien. Elowen sourit doucement, il n’y avait rien de chaleureux dans ce sourire. Elle se plaça au côté de son mari, enlaçant leur main.

 — Nous comptons sur toi, Katarzina. Veille sur elle.

 Elle se leva, inclinant légèrement la tête par signe de politesse et de soumission.

 — Je ne vous décevrai pas.

 La maîtresse d’armes les regarda quitter la pièce d’un pas léger. Dès que la porte se ferma derrière eux, elle soupira longuement. De petites respirations lui permirent de se détendre. Enfin, après quelques minutes, elle sortit de la pièce sans rien de plus, laissant la pièce aussi vide et silencieuse que les secrets qu’elle renfermait. Cette conversation éveillait en Katarzina des doutes quant à la nature d’Aelis. Sur le chemin pour se rendre au repère de Nate, elle prit la décision de converser avec le jeune homme. Peut-être pourrait-il lever certains doutes sur sa jeune protégée et dissiper certains sous-entendus qu’elle avait perçus ces dernières années passées dans la demeure des Sorel.

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