Chapitre 2 : Aliénor

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La semaine reprend sans trop d’embuches et les jours s’enchainent mais se maudit rhume ne veut toujours pas me quitter. J’évite donc la BU car mes reniflements intempestifs et mes mouchages risquerait de perturber le silence séculaire qui y règne. Je révise donc un maximum chez moi et mes déplacements ne me servent qu’à rejoindre les salles de classes pour assister au cours et aux séances du tutorat. Si on doit remercier l’administration de la fac pour quelque chose, c’est bien pour avoir mis en place un service de tutorat dans presque toutes les filières. Les élèves des années supérieures aident les premières années par petits groupes, mais également tous les étudiants de n’importe quelle année qui le demanderaient. Au programme : séances de révisions, explications supplémentaires, ou nouvelles pour ceux qui ne viennent pas aux cours magistraux et entrainement sur des annales. La particularité du tutorat de la fac de médecine réside dans l’élaboration de nouvelles questions en rapport avec le cours qui pourraient tomber au concours, ou qui se rapproche de celles déjà tombés. Ainsi en plus des concours blancs, nous avons des séances qui expliquent les pièges, les nuances et les possibles erreurs dans les QCM. J’aime beaucoup le tutorat. D’abord parce qu’il me permet d’échanger avec d’autres étudiants dans la même situation que moi ; les CM ne se prêtant aux discussions, ce qui me permet de garder un semblant de vie sociale en plus de la natation. De plus le tutorat m’a vraiment aidé pour le premier semestre. Je ne pense pas que j’aurais réussi sans.

Jeudi matin, je n’ai que quatre heures de cours. Dans un esprit de lycéen, quatre heures dans une journée paraitrait une bénédiction mais pour un étudiant à la fac, c’est une tout autre musique. Enchainer 240 minutes avec une attention constante, c’est quasiment mission impossible. J’adore les cours d’anatomie. A la fin du cours, lorsqu’on découvre le tableau à craie rempli de dessins colorés, j’ai toujours une petite pensée philosophique sur les talents artistiques. Talent que je ne possède visiblement au passage Il faut bien le reconnaitre, mes schémas sont parfois très loin de la réalité du corps humain. J’ai tendance à toujours les faire trop petits, avec des cercles plus proches de la patate qu’autre chose. Au final, l’ensemble est très souvent illisible, tout comme mes prises de notes entre deux coups de crayons. C’est quatre heures auraient pu néanmoins être surmonté si je n’avais pas oublié ma trousse de crayons de couleur. Le résultat de cette sombre histoire est un tas de feuilles avec des schémas réalisés au stylo « 4 couleurs » ou il est difficile de distinguer les nerfs des fascias, des muscles des artères et ou le cœur à une forme de pomme de terre. Je n’en ai pas particulièrement envie, mais je crois que je vais passer l’après midi plonger dans des livres d’anatomie pour comprendre ces gribouillages sans sens.

Au vu des prix des atlas du corps humains, j’ai décidé d’aller retravailler ses cours d’anat’ à la BU, où de nombreux ouvrages sont à dispositions. Je mange donc en vitesse mon sandwich acheté à la cafétéria puis marche d’un pas déterminé vers la fameuse bibliothèque. Dans ma malchance, j’ai tout de même réussi à trouver un point positif : mon rhume appartient enfin au passé. Je pourrais donc étudier sans déranger la moitié de la faculté par des mouchages intempestifs. Sur mon chemin, un obstacle de taille se dresse : une foule de cinquièmes années. Ils sont regroupés devant l’amphithéâtre qui leur est attitré, dont les portes n’ont pas été ouvertes à l’heure. Du haut de mon mètre cinquante-cinq, traverser un regroupement de personne n’est pas une mince affaire. Être collé à des inconnus est une réelle angoisse, surtout quand je ne parviens pas à voir une échappatoire par-dessus toutes ses épaules et ses dos. Cette phobie est un réel problème dans ma vie, surtout dans les endroits attractifs comme les grands centres commerciaux ou les lieux très touristiques. J’éprouve parfois une impression d’étouffer, de ne plus savoir ou je suis, ou bien de me noyer dans cette masse d’individus, avec leurs milliers d’yeux rivés sur moi. Le pire d’entre tous est sans aucun doute la fosse des salles de concert. J’ai renoncé il y a bien longtemps à me rendre à ses festivités musicales. Surtout que ma petite taille n’améliorant pas les choses. Mais aujourd’hui je n’ai pas le choix, si je veux aller à la BU : je dois traverser cette foule, tel Orphée traversant le Styx pour rejoindre sa bien-aimée. Sauf que ma destinée à moi se résume à des livres d’anatomie. Ça donne un peu moins envie.

Je prends donc mon courage à deux mains ainsi qu’une grande inspiration puis démarre d’un pas assuré mon périple. Au bout de cinq mètres, j’aperçois enfin la lumière mais mon aventure n’est pas encore terminée. Je dois à présent rejoindre ma place, en passant devant le bureau de l’accueil d’un côté et les canapés de l’autre. Par chance, ma place était encore disponible à la réservation, je peux donc l’occuper sans craindre de me faire gentiment dégagé par un inconnu. Tête baissée sur mon téléphone, je me dirige d’abord vers les étagères de livres d’anatomie. Une fois ma petite sélection effectuée, je peux enfin aller vers ma place fétiche et m’y installer. Une fois ma veste et mon sac posés, je sors mes affaires distraitement puis range enfin mon téléphone. Sans même un coup d’œil vers les étudiants qui m’entoure, je me mets à la correction, et à la compréhension de ses maudits schémas. Je ne vois même pas le temps passé. Il est presque 18 heures quand je décide de ranger mes affaires et de rentrer chez moi. Je range mes stylos, mes feuilles et mon ordinateur dans mon sac, j’empile ensuite les livres que j’avais emprunter pour aller les rangés. Etant donné que j’ai passé une bonne partie de la journée penchée sur divers cahiers livres et feuilles, je commence à avoir des tensions dans le cou. Je prends donc quelques instants pour redresser ma tête et contempler ce qui m’entoure.

Et là, en face de moi, depuis probablement un long, voir très long moment, je vois Noé. Et il me voie aussi puisque nos regards se croisent. Le gars qui m’a payé un café. Que j’avais trouvé plutôt mignon, que j’avais fuis en prétextant devoir aller à la piscine puis que j’ai oublié une fois sortie de la piscine. Il est assis en face de moi sûrement depuis que je me suis installé à la BU après avoir mangé. Je ne lui ai même pas adressé un sourire ou un bonjour. Alors qu’il avait été si gentil avec moi l’autre jour. Si la gêne et l’embarras étaient des personnes, je serais très certainement leur descendante. J’essaie de compenser mon impolitesse en lui adressant un « salut » d’un ton bas, pour ne pas déranger mes autres voisins. Je brise notre contact visuel en prenant lâchement la fuite. Le regard dans le vague et mes écouteurs enfoncés dans les oreilles, je sors de la faculté et vais attendre le bus en bas de la rue.

Une fois chez moi, je n’ai plus le courage de réviser. Je n’ai pas non plus le courage de me faire à manger. Pourtant quand je m’y mets, je cuisine très bien. Mais ce soir, l’envie me manque. Je fais donc bouillir de l’eau pour me préparer des nouilles instantanées que je mangerais dans mon canapé devant une vidéo youtube. Je n’arrive pas à suivre le sujet de la vidéo car mes pensées voyages entre Noé, dont la beauté est confirmée par cette deuxième rencontre et ma honte de ne pas l’avoir vu. Alors qu’il était en face de moi. Je revoie mentalement cet étrange moment ou Noé et moi nous observons. J’espère ne pas l’avoir vexé en ne lui parlant pas. Soudain j’ai une idée. Je vais chercher son compte Instagram, pour regarder s’il a posté de photos de lui. Je suis plutôt doué pour retrouver des gens sur les réseaux sociaux. Inconnus de la gare beau gosse, anciens profs ou copine de primaire à retrouver : n’hésitez pas à me contacter. Pour Noé, je n’ai pas trop de mal : il me suffit d’aller dans chercher dans les abonnements du compte des sixièmes années et de marquer on nom. Il n’y a que trois résultats : le premier compte s’appelle NoéHGT, mais je découvre vite qu’il s’agit d’une fille prénommé Noelia : mauvaise cible. Le deuxième compte appartient à un certain Noé Wratrevitch, petit blond à lunettes selon la photo de profil. Je ne prends pas trop de risque en affirmant que le troisième compte est le bond : Noé03 et une photo de lui dans un champ avec une bière à la main, probablement à un festival. Ce qui me confirme son identité de manière certaine est ça biographie : « n’aller pas vous assoir dans le canapé gris à la BU, j’ai pété dessus lors de ma dernière sieste ». Apparemment monsieur est un petit rigolo en plus d’être un grand dormeur. J’espère qu’il ment, j’aime ce canapé, je le trouve très confortable. J’espère pouvoir m’asseoir dessus sans contamination. Même si je ne le suis pas sur ses réseaux, j’avoue avoir jeter quelques coups d’œil régulier sur son profil, sans vraiment savoir pourquoi ni ce que je cherchais. A part peut être sa mâchoire si bien dessinée, ou alors ses cheveux qui paraissent si doux.

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