Chapitre 2

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Antoine ne s’installa pas en début de soirée, préférant se rendre à l’île Vierge dès le début de l’après-midi. Pour y accéder, il devait prendre un bateau qui le déposait sur cet espace sauvage. L’île possédait deux phares : le plus petit, où l’on pouvait dormir, et le second, un géant aux yeux du monde. Celui-ci mesurait quatre-vingt-cinq mètres de hauteur et détenait près de 400 marches, promettant une vue imprenable pour ceux qui osaient s’y aventurer.

Le propriétaire du phare était un homme de stature moyenne, avec une carrure robuste qui témoignait de nombreuses années passées à affronter les éléments. Ses cheveux, d’un gris argenté, étaient en désordre, comme s’ils avaient été coiffés par le vent lui-même. Son visage, marqué par le temps, était ridé et bronzé, avec des traits durs, mais empreints d’une certaine bienveillance. Ses yeux, d’un bleu profond, brillaient d’une lueur vive, évoquant la mer qu’il chérissait tant. Il avait une barbe fournie, poivre et sel, qui s’ajoutait à son allure de marin aguerri.

Portant une veste en toile épaisse, usée par les tempêtes, qui semblait être son fidèle compagnon, ainsi qu’un pull en laine tricoté à la main, aux teintes de bleu qui rappelaient les vagues de l’océan. Ses mains étaient calleuses, témoignant du dur labeur qu’impliquait la vie dans les environs, mais elles étaient aussi habiles et précises lorsqu’il manipulait les outils du phare.

Sa démarche était assurée, presque défiant le vent qui soufflait autour de lui, et lorsqu’il parlait, sa voix était grave et rauque, comme le bruit des vagues s’écrasant contre les rochers. Il dégageait une aura de sagesse, et Antoine avait l'impression que cet homme avait vu et vécu des choses dont peu de gens pouvaient se vanter.

— C’est magnifique, n’est-ce pas ? demanda l’homme, les yeux brillants de fierté.

— C’est plutôt sauvage et majestueux, répliqua Antoine, déjà envoûté par la beauté brute du paysage.

— Vous n’êtes pas du coin ?

— Si, mais je vis actuellement à Paris. Quand j’étais enfant, je passais toujours devant ce phare. Je n’ai jamais eu le courage de poser mes pieds sur cette île.

— Et aujourd’hui, vous le faites à l’aube d’une nouvelle tempête ! Vous ne pourrez pas vous sentir plus isolé, cette nuit ! Êtes-vous sûr de vouloir dormir ici ? La météo sera loin d’être bonne.

— Je ne serais pas le dernier ni le premier à en affronter une !

— C’est vrai, acquiesça le propriétaire, légèrement inquiet.

Le temps demeurait clément, bien que le vent commençât à souffler avec un peu plus de force. Le cadre était majestueux : le bruit de la mer et les cris des mouettes formaient une mélodie naturelle. Demain, les marées allaient être impressionnantes, avec un coefficient élevé qui promettait des vagues atteignant jusqu'à quatre ou cinq mètres, suffisamment hautes pour être redoutables. Le gardien avait averti Antoine de ne pas craindre les vagues, mais cette tempête prévue n'était sans doute pas la plus opportune afin de trouver l'inspiration pour son livre. Peu l’importait ; Antoine avait besoin d'être ici pour comprendre ce qu'il s’effectuait lorsque les femmes venaient passer une nuit à l’écart de la société.

Ce soir-là, il n'eut pas le droit à un ravissant coucher de soleil. En quelques heures, le temps avait radicalement changé.

— Surtout, ne sortez pas au beau milieu de la nuit ! lui recommanda le propriétaire avant de partir.

— Je n’avais nulle intention de le faire.

— La mer semble belle, mais elle demeure dangereuse et mortelle pour ceux qui seraient trop curieux.

— Je m’en doute bien.

— Bon, eh bien, dormez bien et à demain.

— À demain.

Quelques heures plus tard, la mer s’agita avec une intensité presque palpable. Les vagues, sombres et puissantes, semblaient monter en crescendo, se préparant à une danse furieuse. Le ciel, lourd et chargé de nuages noirs, s’amassait à l’horizon, annonçant la tempête à venir. Une appréhension sourde commença à envahir Antoine. Chaque grondement du tonnerre résonnait comme un avertissement, une mise en garde de la puissance de la nature qui se déchaînait.

Les éclats de lumière occasionnels révélaient l’écume blanche qui se brisait avec force contre les parois du phare, accentuant le contraste entre l’obscurité de la mer et la clarté éphémère de l’écume. Antoine ressentait les vibrations de la tempête au plus profond de son être, comme si l'océan partageait avec lui son agitation. Le vent se renforçait, projetant des embruns salés sur la pierre du phare, qui se dressait fièrement, défiant la fureur qui se déployait. L’atmosphère était électrique, tendue, et Antoine avait l’impression que la nature retenait son souffle avant de libérer toute sa puissance.

— Est-ce que j’ai vraiment choisi le bon moment pour dormir ici ? se demanda-t-il à voix haute.

Une boule d’angoisse se forma dans son ventre. L'isolement du phare, qui avait d'abord été une source d'excitation, commençait à lui sembler écrasant. Chaque claquement de vent, chaque hurlement de la tempête semblait chuchoter des promesses de danger et d’inconnu. Il ne pouvait plus revenir sur le continent, et cette pensée l'angoissait davantage.

Pourtant, au milieu de cette tempête qui se préparait, il ressentait également une étrange montée d'adrénaline.

— Peut-être que c’est exactement ce dont j’ai besoin, se dit-il. Une expérience mémorable, un véritable roman noir en train de se dérouler autour de moi.

Il se sentait vivant, au cœur d'une tempête, tout en étant conscient de la fragilité de sa situation.

Alors que la pluie tombait, tambourinant sur le toit du phare comme une mélodie frénétique, Antoine écouta le tonnerre commencer à gronder. La fascination et la peur se mêlaient en lui, créant une tension palpable. C’est en vivant des moments comme celui-ci que l’on trouve l’inspiration, se persuada-t-il, mais une autre petite voix, plus angoissée, murmurait qu'il était peut-être imprudent de se retrouver ici, seul, sous cette tempête.

Au même instant, il entendit une porte claquer. Étant au rez-de-chaussée, il se dirigea vers la sortie, son cœur battant la chamade. Quelle porte avait-elle claquée ? La porte d’entrée semblait solidement fermée et verrouillée. Le vent s’intensifia, et il lui sembla entendre des murmures lointains, comme des voix désincarnées perdues entre les vagues et le vent. Étaient-ce les âmes des marins échoués près de ce lieu ? Étaient-ce les filles disparues que personne n’avait jamais tenté de retrouver ?

En retournant vers sa chambre, il entendit de nouveau ce même bruit.

— Cette fois, je n’ai pas rêvé ! Ça commence à devenir flippant ! Pourtant, je ne me suis pas rendu dans un manoir hanté.

Oubliant les recommandations du propriétaire, Antoine ouvrit la porte d’entrée du phare. Un vent assourdissant lui fit face, et la pluie tombait avec une telle force qu’il peinait à garder les yeux ouverts. Tant bien que mal, il essaya de scruter l’obscurité. Il n’eut pas le temps de refermer la porte qu’un coup violent le fit tomber au sol, inconscient.

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